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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:07

 

         Jean Louis Roger LAFAURIE

 

Je suis né le 30 novembre 1923 à Cajarc (Lot 46). J’ai  rejoint l’0.S en décembre 1940, puis les F.T.P.F (Francs Tireurs et Partisans Français) en 1942 dans le Maquis Guy Môquet situé en Corrèze. Arrêté pour fait de résistance le 14 juillet 1943, j’ai été emprisonné à la prison de Tulles puis de Limoges où je suis passé devant une section spéciale qui m’a condamné à 5ans de travaux forcés.

Muté à la centrale d’Eysses en octobre 1943, je participe aux diverses manifestations résistantes et à la tentative d’évasion avortée du 19 février 1944. 12 de mes camarades résistants sont alors condamnés à mort par une cour martiale présidée par Joseph Darnand chef de la Milice, ils sont passés par les armes le 23 février 1944.

Le 30 mai 1944, livrés aux SS par le gouvernement présidé par Philippe Pétain, nous partons pour le camp de Compiègne, le 18 juin vers le camp de concentration de Dachau puis dispersés dans divers camps ou commandos. Nous sommes libérés le 29 avril 1945.

Mis à la retraite en 1983, je rejoins l’association d’anciens déportés U.N.A.D.I.F (Union Nationale des Associations de Déportés Internés et Familles) de Côte d’Or pour participer au devoir de mémoire.

En 1996, je pars en Seine et Marne et je rejoins la F.N.D.I.R.P (Fédération Nationale des Déportés et Internés Résistants et Patriotes) et son antenne Seine et Marnaise l’A.D.I.R.P (Association des Déportés, Internés, Résistants et Patriotes où je suis nommé président de la section de Provins-Nangis (77).

En 1998 je suis nommé secrétaire départemental et rédacteur du journal « Le Patriote de Seine et Marne ».

En 2005, je suis membre du bureau National et Vérificateur aux comptes de la section des Anciens Combattants de Nangis (77). A ces diverses fonctions, je dois ajouter 20 conférences par an en milieu scolaire : Collèges, Lycées et Centres d’apprentissages.

Pour cette activité qui entre dans la mission de transmission de la mémoire de l’époque 39/45, certains chefs d’établissements, reconnaissant l’importance de ces conférences m’ont proposé pour les Palmes Académiques (propositions non abouties).

 

Pourquoi témoigner ?

Si je me sens aujourd’hui obligé de témoigner, c’est que je constate que les idées de progrès  incarnées par la Résistance et figurant dans le programme du Conseil National de la Résistance ont  toutes disparues, que les valeurs essentielles comme le respect que nous devons à nos martyrs morts pour avoir défendu les libertés dont nous jouissons aujourd’hui sont pratiquement oubliées par les médias.

Aujourd’hui les jeunes gens ne savent même plus à quoi correspond le 11 novembre, le 8 mai. Un ami, Colonel instructeur a demandé à l’un de ses élèves, qui était de Gaulle, le jeune homme n’a pas su répondre. 

En 1945, le commandant suprême des forces armées alliées : le Général Dwight Eisenhower, en découvrant l’horreur des camps de la mort d’Europe, ordonna de prendre toutes les photographies possibles, que l’on aille chercher les allemands des villages voisins, qu’ils soient guidés à travers les camps, qu’ils enterrent eux-mêmes les morts. Il le fit parce que comme il le dit lui-même : « Que tout soit enregistré – Obtenez des films – trouvez des témoins, parce qu’au cours de l’histoire, il se trouvera un enfant de salaud qui se lèvera et proclamera que cela n’a jamais existé » (*) (voir site « MEMORY OF THE CAMPS »).

Ce que ce général avait prévu existe bel et bien, Pour un homme politique Français l’holocauste ne serait qu’un « détail de l’histoire de la deuxième guerre mondiale », pour le nouveau maître de l’Iran, » l’Holocauste ne serait qu’un mythe ».  

Témoigner, c'est lutter contre la banalisation des propos négationnistes des falsificateurs de l’histoire toujours actifs, 65 ans après la découverte de l’horreur : «Si aujourd’hui on laisse dire, demain on laissera faire ».

Témoigner c’est croire profondément aux droits de l’homme, droits de l’enfant, dénoncer et lutter contre tout ce qui y portent atteintes.

Témoigner c’est dire les horreurs vécues et connues au nom d’idéologies inacceptables et monstrueuses.

Témoigner c’est rappeler la nécessité du rassemblement des énergies pour lutter au-delà de toutes nos individualités contre l’inacceptable.

Témoigner c’est reconnaître l’exigence quotidienne de faire de tout cela Notre affaire, de ne jamais se laisser contaminer par cela même que l’on veut combattre : le mépris, la haine de l’autre. 

Témoigner c’est : hélas ! surtout dire : ce n’est pas fini … le nazisme a été vaincu, mais  sous d’autres oripeaux les droits les plus élémentaires de l’humanité sont à peu près partout bafoués. C’est notre devoir d’être humain, au delà de l’ignorance et de l’indifférence, de trouver le chemin de résistance et d’efficacité pour construire et consolider sans cesse un monde de paix.

(*) Le Général Eisenhower s'adressant à ses correspondants de guerre

 

Aux manifestations du 8 mai rappelant la capitulation sans conditions des armées de l’Allemagne Nazie, il est question de la victoire des armées alliées, de celle de l’armée des Forces Françaises Libre ( F.F.L.) mais très peu ou pas du tout des Forces Françaises de l’Intérieur ( F.F.I ) : la Résistance. J’ai même surpris lors d’une d’entre elle, une discussion entre deux hommes, l’un d’eux disait « que la Résistance n’était rien d’autre que du folklore et qu’elle avait fait plus de mal que de bien ».

Ces propos m’ont fait l’effet d’une gifle. Je les considère comme une insulte à l’encontre de Jean Moulin mort des tortures infligées par les barbares nazis, insulte au général Delestraint assassiné par les nazis à Dachau, insulte à tous ceux qui n’ont pas eu peur malgré les risques encourus de s’engager, tant sont morts pour défendre les valeurs fondamentales de la France d’avant l’occupation.

La Résistance n’était pas du folklore, ce genre de propos ne peut être tenu que par une méconnaissance grave de la réalité historique ou d’un ex-collaborateur regrettant cette période où  se sont réglées certaines vengeances personnelles et qui a permis à certains de réaliser profits et affaires, comme le marché noir. 

La Résistance a été un élément essentiel dans la réussite du débarquement et de la libération de notre Pays. Ce n’est pas moi qui le dis mais le chef suprême des armées alliées : le Général Eisenhower. Je le cite : « La valeur de l’aide apportée par les Forces Françaises de l’Intérieur représente l’équivalent de quinze divisions, grâce à leur assistance, la rapidité de notre avance en France fut largement facilitée.

Dans son ordre du jour du 19 mars 1946, le Général Marshall rend hommage à la Résistance :  « La Résistance en retardant l’arrivée des renforts allemands, a assuré le succès de nos débarquements de Normandie et de Méditerranée ; sans cette aide des maquis, tout aurait été compromis ».

Le premier juillet 1944, Winston Churchill déclarait que quelques mois seraient nécessaires pour que la jonction entre les forces débarquées en Normandie et celles débarquées dans le Sud se fasse. Grâce aux actions de harcèlement lancées par les maquis (Forces Françaises de l’Intérieur), cette jonction s’est faite en 28 jours. 

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:06

HISTORIQUE DE MON ENGAGEMENT

ET REPONSES A VOS QUESTIONS

 

Mon entrée en décembre 1940 , dans l’Organisation Spéciale d’obédience Communiste qui avait le courage de dénoncer par tracts cette collaboration hors nature n’a pas été le fait d’un coup de tête, mais bien d’une envie viscérale de refuser et de dénoncer avec ses autres membres,  cette collaboration avec l’occupant nazi prônée par un gouvernement à sa botte présidé par Philippe PETAIN et ses ministres, et l’ensemble de la presse inféodée, elle aussi, à l’occupant.

J’avais une autre motivation, l’arrestation pour raison politique de mon oncle Charles MEYNEN responsable syndical des PTT du Lot, et sa déportation à la prison de Maison Carré en Algérie avec bien d’autres responsables syndicaux et membres du parti communiste devenus les boucs émissaires de ce gouvernement de trahison.

J’avais aussi en mémoire les histoire que me racontaient mes deux grand-pères qui avaient fait la première guerre qu’ils pensaient être la Der des Der.

Le plus décisif de mon engagement est l’appel du 18 juin 1940, lancé par le général de Gaulle de la BBC de Londres. Comme la grande majorité des gens, je n’avais pas entendu cet appel lancé sur une radio Britannique. La radio que nous appelions à l’époque la T.S.F n’était pas dans tous les foyers, un poste coûtait très cher, seuls les gens fortunés ou aisés pouvaient s’offrir ce luxe.

 J’ai appris cette information quelques jours après  par un camarade de travail Lorrain qui lui-même l’avait appris par téléphone d’un ami Marseillais. Seuls les journaux de Marseille avaient publié cet appel dans leur première édition.
Cet appel venant d’un général complètement inconnu  m’a semblé d’une importance capitale. J’ai donc demandé à mon copain qui ne rêvait que de rejoindre de Gaulle à Londres, d’avoir par son ami  le texte de cet appel. Il le reçut deux jours plus tard et me le donna. Le soir même après avoir demandé à deux anciens camarades d’école de bien vouloir m’aider, nous avons réécrit, à la main, sur des feuilles de cahier cet appel, soit une cinquantaine de feuilles que nous avons ensuite glissées dans les boîtes aux lettres ou sous les portes d’habitation avec l’espoir qu’elles passeraient de main en main et toucheraient ainsi toute la petite ville de Souillac.

Il faut savoir qu’à cette époque, appartenir à une organisation clandestine n’était pas de tout repos : travailler le jour, distribuer les tracts ou la presse clandestine la nuit, et c'était risqué. La délation était chose courante. Les pouvoirs publics considéraient même la délation comme un acte de civisme et l’encourageaient.

Par deux fois, j’ai été convoqué à la gendarmerie. La première fois en novembre 1941, sur dénonciation sous forme de lettre anonyme, « ON » m’avait vu distribuer des tracts. C’était sans doute vrai, mais il m’a été facile de nier le fait reproché. Je ne pense pas me tromper en disant que les gendarmes n’aimaient pas ce genre de dénonciations anonymes.

En 1942, notre groupe rejoint  l’Organisation F.T.P (Franc Tireur Partisan) organisation militaire créée par  Charles Tillon. Je reste à la diffusion de la propagande dénonçant les arrestations et les crimes commis par l’occupant et par les policiers français collaborateurs, mais aussi les informations concernant les combats et les victoires alliés, et les déboires des troupes hitlériennes que la presse officielle minimisait pour ne pas déplaire aux nazis et aux tenants du pouvoir.

Une nuit glacée et noire de février 1942, alors que je distribuais des exemplaires de l’Humanité évoquant le procès de Riom, avec un camarade Jean Vincent , je me suis trouvé à l’angle d’une rue, un journal dans la main, nez à nez et complètement ébloui par la lampe torche de l’un des deux gendarmes. D’autres exemplaires étaient cachés sous mon pull. A l’interrogation du gendarme, j’ai répondu que je venais de le ramasser. Je ne suis pas certain qu’il m’ait cru, mais mon camarade qui distribuait de l’autre coté de la route me voyant aux prises avec les agents de la maréchaussée s’est mis à courir ce qui a fait  penser aux gendarmes que c’était lui qui distribuait le journal clandestin. Ils m’abandonnèrent  pour courir après lui ce qui me sauva encore une fois, sans nuire à mon copain qui leur échappa. Mon expérience ne me laisse pas penser que les gendarmes, parmi les polices de l’époque, aient fait acte de zèle pour servir le pouvoir

En juin 1943, c’est un gendarme qui m’a fait prévenir de mon arrestation imminente, me permettant de prendre le large et de rejoindre le groupe auquel j’étais affecté si mon action clandestine devenait dangereuse. Ce groupe avait pris le nom de Guy Môquet en hommage au jeune Communiste de 17 ans, fusillé le 22 octobre 1941 avec 50 autres otages pour la plupart Communistes et Syndicalistes.

  

QUESTIONS-REPONSES A PARTIR DE CET ARTICLE

En 1940 vous aviez 16/17 ans, il n’y avait pas tous les médias d’aujourd’hui, quel a été le déclic  comment vous êtes-vous senti directement et personnellement concerné ?

J’étais rentré en 1938 dans les Jeunesses Communistes, j’avais 15 ans. J’étais responsable de notre journal « l’Avant-Garde ». J’ai vivement ressenti l’interdiction décrétée au mois d’août 1939 du Parti Communiste Français (PCF) et de la Jeunesse Communiste (JC). La saisie de nos journaux et l’arrestation des dirigeants communistes et cégétistes, puis le13 octobre l’arrestation du jeune Communiste Guy Môquet révélée par un numéro clandestin de l’humanité me concernaient directement et intégralement.  

 

Quelles étaient les réactions de vos proches, de vos copains, de votre famille, des adultes autour de vous ? Vous ont-ils pris au sérieux de suite ?

Ma famille était très marquée par l’arrestation de mon oncle Charles qui n’avait rien fait de mal, bien au contraire, responsable Cégétiste des PTT du  Département du Lot, il avait aidé des  familles de réfugiés espagnols fuyant le régime Franquiste à trouver un toit ou une famille d’accueil, rien ne nous semblait plus normal, du plus ancien au plus jeune, nous nous sentions complètement impliqués. 

 

Avez-vous pu prendre contact avec des adultes déjà organisés ? Quelles ont été les premières consignes et conseils ?

C’est un camarade des JC qui est venu me trouver et m’a demandé si j’accepterais de lui donner un coup de main pour la distribution de tracts ou de journaux clandestins. J’’ai dit oui immédiatement sans poser de question sur le responsable de l’organisation. J’ai appris peu à peu,  que je faisais partie d’une organisation « triangulaire », que je ne devais connaître que les deux autres camarades du triangle : celui qui m’avait contacté Jean (dit Renard) et Florentin. C’est seulement à Eysses que j’ai vu arrivé un Monsieur qui s’appelait Edouard Laval, je le connaissais de vue, j’ai appris qu’il était notre responsable à l’échelon supérieur.  

 

Avez-vous senti dans votre entourage que des clans se formaient : ceux qui voulaient faire quelque chose, ceux qui ne voulaient pas d’histoire « rien voir, rien entendre, rien dire », ceux convaincus du bien fondé des décisions de Pétain, et aussi des nazis racistes, antisémites, anti-opposants ?

Oui. nous avions souvent des discussions très animées sur les évènements. Les anciens combattants, par exemple, ont au début approuvé toutes les décisions prises par celui qu’ils considéraient leur chef, Pétain, seul capable de sauver le Pays. Au fil du temps ils ont changé d’opinion. Il y avait les gens de la droite traditionnelle qui accusaient les gens de gauche PC-PS et les syndicats d’être les responsables des malheurs du Pays. Certains disaient que la France n’avait que ce qu’elle méritait car ils n’acceptaient pas la victoire du Front Populaire de 1936.

Les actes de barbarie commis par les nazis changèrent les attitudes, certains sont même devenus d’actifs Résistants dans les groupes Gaullistes.

A mon passage aux francs-tireurs et Partisans Français (FTPF) fin 1942, nous avions été chargés de faire une collecte parmi nos anciens camarades syndicalistes ou politiques. Nous n’étions pas toujours bien reçus, même parmi eux. Certains nous traitaient de fous.

Dans notre ancien groupe de douze membres des JC, quatre se sont tournés résolument vers la résistance active, sept se sont fait oublier (ce qui ne veut pas dire qu’ils étaient insensibles aux mouvements de résistances, ils refusaient simplement de s’engager). Un, est parti vers la collaboration se mettant même au service de la Gestapo, Il fut arrêté par la Résistance en 1944. Mon frère aîné, André, qui avait été un de ses camarades d’école et des JC, a été chargé de le garder et il se rappelait comme il l’avait supplié de le laisser filer, ce qui n’était pas envisageable. Un jour les maquis ont arrêté une jeune fille que nous connaissions bien, accusée de transmettre des noms de Résistants à la Gestapo, elle a tenté d’avaler une liste de noms qu’ils l’ont obligé à cracher, mon frère m’a dit que mon nom figurait sur le bout de papier.  Mais je ne risquais plus grand-chose, j’étais déjà arrêté.

 

En vous présentant vous nous avez dit que vous étiez témoin et acteur de cette période, vous étiez aussi une victime ?

Je n’ai pas prononcé le mot victime pour la bonne raison que je n’en étais pas une. Les victimes ce sont ceux qui ont été arrêtés sans raison, dans des rafles  comme il y en avait souvent à Paris et dans les grandes villes.  Nous, nous avions fait un choix en acceptant les risques, nous nous étions engagés. Même sans uniforme nous étions des soldats volontaires, le mot victime ne peut donc pas s’adresser à nous.

 

Aviez-vous une idée des risques encourus quand vous êtes entré dans une « triangulaire » ?

A 17 ans, on est tous un peu téméraires, et si j’étais sûr de défendre une cause qui me paraissait juste, les risques paraissaient secondaires. De plus, nous étions dans la zone dite « libre » de la France, les dangers étaient moindres. Nous prenions quand même quelques précautions, car nous pensions qu’une dénonciation anonyme  était plus à craindre que les gendarmes.

 

Un maquis c'était quoi ? :

Un groupe de 25 à 30 hommes vivant dans les bois, ne mangeant pas toujours à leur faim, couchant dehors par tous les temps. Notre groupe avait trouvé un grand parachute dont nous avions fait un marabout, (une tente ronde à toit conique). De leur point d’ancrage, les « maquisards » opéraient des actions contre tout ce qui d’une façon ou d’une autre, volontaire ou pas, servait l’occupant ou le gouvernement à sa botte : faire sauter un pylône électrique, une ligne téléphonique servant à alimenter une usine travaillant pour l’ennemi. Aujourd’hui, ce genre d’action peut paraître ridicule car dans l’heure qui suit la ligne serait réparée, ce n’était pas le cas à l’époque où tout se faisait à la force des bras, ce que l’on fait aujourd’hui en quelques heures réclamait alors plusieurs jours. C’était également une préparation des groupes à participer aux combats libérateurs. Le groupe Guy Môquet était composé de communistes et de syndicalistes menacés d’arrestation et  contraints à la clandestinité, de requis pour le STO qui pour échapper à cette réquisition avaient rejoint la Résistance, de deux jeunes Lorrains qui avaient fuit leur région pour ne pas être incorporés dans l’armée nazie. Je ne suis resté que très peu de temps dans ce groupe et je n’ai  participé qu’à une seule opération : il fallait empêcher une petite usine qui travaillait sur des pièces d’armement pour l’armée allemande de fournir ce matériel, pour cela il a été décidé de faire sauter le transformateur électrique qui alimentait l’usine, ce qui a été fait avec succès.

Le 13 juillet 1943, une unité allemande est rentrée dans une pâture à la lisière du bois où nous étions, par mesure de sécurité le Responsable jugeant qu’il y avait danger, nous a fait démonter notre marabout, après l’avoir caché, il nous a demandé de nous disperser en nous donnant comme mission d’aller organiser un groupe dans notre propre département le LOT.

La malchance a voulu que l’on se fasse arrêter le lendemain 14 juillet 1943, dans le village de Marcillac-la-Croisille, par une unité de G.M.R (Garde Mobile de Région) de Périgueux.


Qu’est-il arrivé à vos deux camarades, quand vous avez été pris ?

Celui qui m’avait enrôlé Jean Delbos (dit Renard) ne m’a pratiquement jamais quitté, nous avons été arrêtés ensemble, emprisonnés, jugés, déportés ensemble, mais à Allach nous étions dans des Kommandos différents, ce qui ne nous empêchait pas de nous voir. Il m’a même apporté plusieurs fois des bouts de pain.

Le troisième pilier du triangle, Florentin était caché dans une planque par un ami fermier, qui offrait aux résistants en plus  du gîte, le couvert. La fille du fermier l’a retrouvé  pendu à une poutre de la planque, Nous n’avons jamais su le motif de son suicide. 

 

Avez -vous tué des allemands ?

Lorsque la Résistance est entrée dans la phase offensive contre l'occupant, je me trouvais dans le camp de concentration. Je suis de nature pacifique, je n'aime pas les armes et encore moins m'en servir.  Cependant, si les circonstances m'avaient placé au coeur de l'action, je n'aurais pas laissé tomber les amis, je pouvais compter sur eux, eux  comptaient  sur moi.

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:06

 

Appel du 18 juin 1940 - Armistice du 22 juin 1940

- Gouvernement de Vichy - les chantiers de jeunesse - le STO - le rationnement

 

 

                          Appel du                                  
     GÉNÉRAL DE GAULLE
       à la radio de Londres
             le 18 JUIN 1940

"Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres".

On a dit que 90% des français avaient applaudi en apprenant que Philippe Pétain avait demandé et signé à Montoire, le 22 juin 1940, le traité d’armistice. Auraient-ils applaudi s’ils en avaient connu le contenu ? Ce n’est pas sûr. Voilà ce qui a été paraphé par Pétain et Hitler :

La démobilisation de l’armée française,

La remise immédiate de l’armement collectif de celle-ci, de la flotte et de tous les appareils de  l’aviation 

L’occupation du territoire français entre les Alpes et le Rhône, ainsi que les têtes de pont

rive droite de Lyon, Valence, Avignon et l’occupation de la corse,

L’occupation de la Tunisie et de la côte de Somalie, l’occupation des bases navales d’Alger,

de Mers El-Kébir et de Casablanca,

La neutralisation de Beyrouth et la faculté pour L'’Italie d’occuper le port,

La faculté d’occuper n’importe quel point de métropole ou de l’Empire nécessaire à la

conduite des opérations, au maintien de la paix ou au rétablissement de l’ordre,

L’interdiction de procéder à aucune destruction, ni aucune évaluation de matériel ferroviaire dans la zone destinée à l’occupation Italienne,

La dénonciation de l’alliance avec l’Angleterre,

L’éloignement des forces britanniques se trouvant en métropole ou dans l’Empire,

Le désarmement et le licenciement des forces polonaises, belges… se trouvant en France

La France devait prendre en charge les frais d’occupation fixés à 400 millions de francs par jour, somme calculée pour une occupation par 8.000.000 de soldats. Après de nombreuses négociations la somme a été ramenée à 300 millions par jour soit 100 milliards par an (pour mémoire les recettes budgétaires de l'Etat n’avaient atteint que 54 milliards en 1938).

A la fin de l’année 1940 la France avait déjà versé 80 milliards;

LA FRANCE SOUS L'OCCUPATION

Pourquoi parle-t-on du Gouvernement de Vichy alors que l’Assemblée Nationale est à Paris, Capitale de la France ? Quel rôle va-t-il jouer ?

  A la demande d’Hitler, l’armistice voulue par Pétain, est signée à Rethondes en forêt de Compiègne, là où fut signer l’armistice du 11 novembre 1918. la France est découpée en plusieurs zones. Paris se trouve en zone occupée et administrée par les nazis. Après avoir cherché refuge dans diverses villes de la zone dite libre, les différents ministères ont enfin trouvé  à Vichy, le moyen de se regrouper : le Gouvernement de Vichy durera de 1940 à 1945.

Ce gouvernement efface des circulaires officielles les trois mots symbolisant notre République : Liberté, Egalité, Fraternité gravés dans la pierre des édifices publics et très profondément dans nos esprits de bons Républicains. Il les remplace par Travail, Famille, Patrie.

Pour les Français, de la zone dite libre comme pour ceux de la de zone occupée, le même cas de conscience se pose : faut-il  accepter sans réagir cette occupation ? Montrer l’hostilité  à cette occupation et  à cette collaboration hors nature par diverses actions, comme nous y invite l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, suivi de bien d’autres appels d’hommes politiques ?

Habitant la zone dite libre, je n’avais pas la honte de voir nos avenues souillées par les bottes nazies, ni à subir l’arrogance de l’occupant, mais pour moi voir la France  une et indivisible amputée des deux tiers est inadmissible, comme la politique de ce nouveau régime instauré par Pétain et ses ministres qui s’alignent de plus en plus sur le régime nazi, avec la restriction des libertés, la création des chantiers de jeunesse (1), l’arrestation d’élus du peuple sous le prétexte qu’ils sont de gauche ou qu’ils s’opposent à Pétain. Restrictions aussi du régime alimentaire (2), avec l’arrivée des tickets pour le pain, pour toutes les denrées alimentaires, mais aussi pour les chaussures, les vêtements, les pneus de vélo, le charbon, pour le chauffage et les ustensiles de cuisine. Les métaux, le cuir et le charbon, eux, sont réservés aux fabrications de guerre.

En mars 1942, Fritz Sauckel responsable du recrutement et de l’emploi de la Main d’œuvre réclame à la France et à la Belgique de lui fournir des ouvriers qualifiés. En juin 1942, il demande à Laval de lui fournir 350.000 travailleurs, en échange, il annonce que pour trois travailleurs volontaires, un prisonnier de guerre serait libéré.

240.000 répondront  à l’appel, mais le nombre de prisonniers rapatriés est en dessous des promesses, ceux qui reviennent sont malades ou blessés.

Le 8 Novembre 1942, les alliés lancent l’0pération « Torch » et débarquent en Afrique du Nord à Casablanca et à Oran (*) créant de nouveaux fronts. Pour répondre à cette attaque Hitler mobilise tous les hommes aptes à se battre. Il déclenche l’Opération Attila et envahit la partie de la France dite Zone libre. Puis,  le 27 novembre c’est l’Opération « Lilas » qui a pour but de s’emparer de la base maritime de Toulon en violation des accords d’Armistice signés à Rethondes. 90 bâtiments Français pour la plupart des bâtiments de Haute Mer, se sabordent pour ne pas tomber aux mains des nazis. C’est un tournant de la guerre.

L’Allemagne nazie a de plus en plus besoin de main d’œuvre pour remplacer les ouvriers allemands mobilisés, car les usines de guerre doivent fonctionner à plein régime.

A la fin de l’année 1942, Sauckel lance le Travail Obligatoire pour la zone occupée. Cette mesure est suivie d’un décret de Laval pour la zone libre, stipulant que les ouvriers Français ne travaillant pas directement pour les Allemands pouvaient être recrutés par les autorités préfectorales et envoyés par trains spéciaux en Allemagne.
Cette décision prise par Laval et datée du 1er février 1943 va encore plus loin, elle complète par « toutes les femmes sans enfant de 18 à 45 ans, et tous les hommes de 16 à 60 ans ». Le 16 février 1943, un texte de loi impose le Service du Travail Obligatoire (STO) (3).

La France de Pétain et Laval est le pays qui a fourni le plus de main d’œuvre à l’industrie de guerre de l’Allemagne nazie.

(*)  Des généraux Français de la base de Mers El Kébir, plus carriéristes que patriotes font ouvrir les feu sur les Américains qui ripostent, il y a eu 1.200 morts coté Américain et 3.100 coté Français. Mais la raison l’emporte et Français et Américains feront la paix. 30.000 soldats Français et Arabes rejoindront les forces Américaines pour l’offensive lancée contre les nazis Allemands  et les fascistes Italiens.

 

(1) Les chantiers de jeunesse :

Après la signature de l'armistice, il n’y a plus d'armée. Le gouvernement tient à contrôler  la jeunesse. Il crée pour la zone dite « libre » et pour l'Afrique du Nord dont il garde le contrôle, les « Chantiers de Jeunesse » qui vont remplacer le service militaire.

Les jeunes nés en 1920 - 1921 - 1922 (classes 40 - 41 – 42), sont dès la création de ces chantiers le 30 juin 1940, appelés à faire un temps de stage, qui de six mois passe à huit mois en 1941. Les appelés vivent en camps, à la manière des scouts, à la différence qu'ils ne sont pas volontaires. Ils doivent accomplir des travaux d'intérêt général, encadrés par des officiers de réserve ou d'active démobilisés, avec à leur tête le général Joseph de la porte du Theil.

Le but principal de ces chantiers est d'inculquer aux jeunes les valeurs de la Révolution Nationale prônée par Pétain et le gouvernement de Vichy, à savoir le culte de la discipline et de la hiérarchie et surtout la vénération du soi-disant sauveur de la France : Pétain, dont la  photo est sur tous les journaux, sur tous les murs, sur les timbres postes, sur les cahiers d'écolier et obligatoirement affichée dans les écoles où les enfants doivent chaque matin chanter l'hymne à Pétain " Maréchal nous voilà ».
La radio est interdite ainsi que tous les moyens qui auraient permis aux jeunes de suivre l'évolution de la guerre et de la politique menée par le gouvernement : tout était censuré.
Il faut savoir qu'a la création du STO (voir article suivant ) 16.000 jeunes de ces chantiers ont été envoyés en Allemagne, pendant que 9.000 furent astreints au travail obligatoire en France. Un grand nombre s'enfuit pour rejoindre la Résistance, d'autres partent pour l'Afrique du Nord.
Les stocks de vivres et de vêtements des chantiers devinrent une proie facile pour les maquis qui manquaient de tout.

Quand je suis arrivé au groupe Guy Môquet je n’avais sur moi que des habits de ville  pas très commodes pour vivre dans les bois. La première action a été d’aller dans un chantier de jeunesse récupérer des vêtements plus appropriés. Le jeune qui était affecté à l’habillement nous a donné un coup de main pour emporter tout ce dont nous avions besoin : pantalons, blousons, chaussures, et couvertures. Pour ne pas avoir à subir les reproches de sa hiérarchie il a même décidé de partir avec nous. Arrêté avec nous le 14 juillet, il passe au tribunal en même temps que nous, mais comme nous disons que nous l’avons pris en otage, il est libéré.

Les chantiers ouverts initialement aux jeunes juifs français en France, leur furent interdit en Afrique du Nord, puis à partir de 1942, en France. Certains chefs de ces Chantiers, tout en restant fidèles à Pétain contrecarreront la propagande  extrémiste de la collaboration en dissuadant certains jeunes de s’engager dans la Waffen SS. Un certain jeune chef du nom de Georges Toupet, basé en Silésie participa à une filière d’évasion de prisonniers de guerre et à un réseau de renseignement allié, auquel il communiqua des informations sur le camp de la mort voisin. Une trentaine de chefs de chantiers de jeunesse sur 200 envoyés en  Allemagne avec leurs hommes paieront de leur vie des actes avérés de résistance, autant subiront une arrestation prolongée ou seront envoyés dans les camps de concentration.

Mon frère André né en 1920, classe 40, fait partie des premiers appelés, dès 1941,  pour les chantiers de jeunesse. Il rejoint d’abord le camp situé près de Saint-Gaudens, puis en 1942, Felletin dans la Creuse. Il y occupe les fonctions de maître bottier.

Comme il est marié et père d’un petit garçon,  il ne loge pas au camp mais en ville. Jeanne la sœur de sa femme qui deviendra mon épouse en janvier 1946, les rejoint. Un soir alors qu’ils vont se mettre à table, des coups sont frappés à leur porte. Un couple et ses deux enfants se précipitent à l’intérieur avant même d’y être invités. Ils font signe de fermer la porte, le chef de famille explique qu’ils sont juifs et poursuivis par les SS. Ils cherchent une cache. Mon frère  n’a qu’une cave à leur offrir qui se trouve sous leurs pieds.

Jeanne l’aide à déplacer la table, sous une sorte de tapis se cache une trappe, le couple et les deux enfants y descendent sans plus d’explication. Le tapis et table sont vite remis en place, le repas est servi. A peine le temps de s’asseoir, que des coups violents sont frappés contre la porte qui s’ouvre. Deux soldats allemands pénétrent dans la pièce en vociférant et en les menaçant de mort s’ils cachaient des juifs, tout en visitant les deux chambres avant de repartir. Par la porte qu’ils laissent grande ouverte ils entendent le rapport lancé à leur chef SS par les soldats qui fouillent le secteur,  et les aboiements de chiens. Avec un chien, la cache eut été découverte, ils ont eu chaud !

Les camions repartis et le calme revenu, ils firent sortir le couple et les enfants de leur cachette. L’homme prit dans sa poche deux cigares qu’il offrit à mon frère. Mon frère fit un petit tour dehors pour s’assurer que tout danger était écarté, et la famille disparut dans la nuit.

Le lendemain mon frère ne se rendit pas au chantier de jeunesse, ils quittèrent Felletin pour rejoindre Souillac dans le Lot  où ils habitaient avant la guerre. Mon frère confia son épouse enceinte et son fils aux religieuses  avant de rejoindre un réseau de résistance F.T.P situé dans le Lot sous les ordres du capitaine Philippe, alias  Jean-Jacques Chapou.

En évoquant ce souvenir, ma femme Jeanne se rappelle la terreur de sa sœur qui tremblait de peur, tandis qu’avec André ils étaient pris d’un fou rire nerveux irrépressible … et toujours ils espéreront que les inconnus de cette nuit  auront échappé et survécu à la guerre.

 

(2) Le rationnement en France pendant la 2e guerre mondiale
tickets-de-rationnement665.jpg

Le dimanche 10 mars 1940, un décret et un arrête interministériel paraissent au Journal Officiel, fixant la date du recensement et les conditions d’établissement des cartes de rationnement : chaque personne doit remplir une déclaration le 3 avril au plus tard, afin d’être classée dans une des catégories prévues pour l’alimentation et le charbon.

Les premières cartes de  rationnement sont distribuées dès octobre 1940 pour les produits de base : pain, viande, pâtes, sucre : le rationnement s’est mis en place par le biais de cartes d’alimentation et de tickets.

La population Française (à l’exception des militaires) était partagée à l’origine en sept catégories. A chacune correspondait une carte spécifique :

Arrêté du 20 octobre 1940, publié au J.Q du 23 octobre, page 5395.

Catégorie E : Enfants des deux sexes âgés de moins de 3ans.

tickets-de-rationnement666.jpgCatégorie J1 : Enfants des deux sexes âgés de 3 à 6 ans révolus

Catégorie J2 : Enfants des deux sexes âgés de 6 à 12 ans révolus

Catégorie A : Consommateurs de 12 à 70 ans ne se livrant pas à des travaux de force

Catégorie T : Consommateur de 14 à 70 ans se livrant à des travaux nécessitant une grande   dépense musculaire.

Un arrêté du 11 décembre 1940 publié au J.O. du 12 décembre, page 6103, fixe les travaux, professions, emplois et situations spéciales dont les consommateurs peuvent se prévaloir d’être classés en catégorie T.

tickets-de-rationnement667.jpgCatégorie C : Consommateur de 12  ans sans limite d’âge se livrant aux travaux agricoles.

Catégorie V : Consommateurs de plus de 70 ans sans occupation réelle

Plusieurs changements interviendront ultérieurement dont la création de la catégorie J3.

Les rations journalières oscillaient entre 100 et 300 grammes de pain par jour, 180 grammes de viande par semaine, 500grammes de sucre par mois, le lait était réservé pour les catégories E, J et V, le vin à la catégorie T  des travailleurs de forces.

Exprimée en ration journalière individuelle, la moyenne est de 250 grammes de Pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matière grasse, 6 grammes de fromage. Avec un tel rationnement, la nourriture d’un homme ne dépasse pas les 1200 calories par jour alors qu’il est généralement admis qu’il en faut 2400 par jour. 

En janvier 1941, la vente du café et succédanés purs  est interdite. Seuls les mélanges agréés peuvent être vendus. C’est également le mois de la mise en place du rationnement du charbon, en trois couleurs différentes correspondant aux critères suivants (Rouge prioritaire pour les foyers ne disposant pas de gaz ou d’électricité pour cuisiner), violette prioritaire pour les foyers sans gaz ni électricité et ayant des enfants de moins de 6ans ou des vieillards de plus de 70 ans, jaune : attribuée à tous les foyers, mais ne pouvant être servi que s’il restait un tonnage de charbon disponible après avoir servi les catégories Rouges et Violettes.

Mi-février 1941 : le rationnement pour les vêtements et autres articles textiles est institué, avec mise en place de bons d’achats et autorisations spéciales. Il y a 3 catégorie ; 1) enfants de moins de 3 ans, (E) : délivrance de droit pour les besoins normaux. 2) enfants de 3 à 17 ans (J1 + J2 +J3 partiel) délivrance de bons en cas de besoins urgents justifiés.3) toutes personnes de 17 ans : Aucun bon d’achat, sauf en cas de mariage, grossesse, deuil, et pour les prisonniers en retour de captivité.

Mars 1941 voit la création de bons d’achats spécifiques pour les femmes enceintes, regroupant les besoins d’un enfant de moins d’un an. Une liste très précise est établie comportant entre autre : 3 langes de coton, 24 couches, 2 langes en laine, 6 brassières de laine premier âge, 100 grammes de laine à tricoter, etc.

En 1942, la ration journalière maximale de pain descendra à 275 grammes. Le pain était constitué de farine de maïs, de fèves, ou d’orge à laquelle était ajouté des brisures de riz.

Les carnets de tickets avaient une validité de six mois et devaient obligatoirement porter le tampon de la ville de sa résidence . Tous les achats particuliers étaient notés au dos des carnets de tickets

Pour les périodes 1943/1944 le manque de produits était tel que de nombreux coupons de rationnement ne furent pas utilisés ! Il fallait se débrouiller pour survivre.

Le marché noir (marché parallèle) était de plus en plus florissant pour les trafiquants, ceux qui avait de l’argent trouvaient toujours à se ravitailler, pour les autres c’était beaucoup plus dur.

tickets-rationnement-710.jpgLa carte de pain supprimée en mai 1945, puis rétablie en décembre 1945, n'a disparu que le 1er février 1949. Pour le sucre, l'essence, le café et diverses denrées, il a fallu attendre le 1er décembre 1949 pour voir la fin des derniers tickets de rationnement.

Avant mon arrestation avec un camarade de travail, nous avions loué un terrain en friche que nous avions du  mettre en état (après nos journées de travail qui étaient de 10 heures par jour) pour y planter des pommes de terre (très recherchées à cette époque) Tous les soirs nous allions voir notre plantation. Nous les avions traitées contre les doryphores, nous les avions buttées, surveillées régulièrement. Nous nous régalions à l’avance de ce complément de nourriture. Mais le jour J, nos pommes de terres avaient disparu, volées. Plus d’un mois de travail, l ‘achat des plans et du traitement anti-doryphore :  tout cela pour rien, nous en aurions pleuré de rage.

 

Pour avoir du ravitaillement nous allions proposer nos bras aux villageois, aux fermiers pour travailler les jardins ou pour faire divers travaux d’entretien dans les fermes, aider même les femmes pour faire les lessives, en échange de produits : pomme de terre haricots, farine, œufs, beurre, du blé que nous portions au meunier qui, lui, nous donnait  de la farine. ou du tabac.

Nous étions dans une région productrice de tabac qui  était une bonne monnaie d’échange. Avec du tabac,  on pouvait se procurer des pneus pour la bicyclette ou des chaussures pas faciles à trouver même avec des tickets.

 

 

(3)Le Service du Travail Obligatoire (S.T.O) :

96-7-142Jusqu’en 1942, les usines allemandes fonctionnaient avec un personnel allemand et des travailleurs volontaires d’origines étrangères venus de Pologne, de Russie, d’Italie et de France. 200.000 Français se seraient portés volontaires dont 70.000 femmes..

En automne 1940, les nazis procédèrent à des rafles arbitraires de main-d’œuvre dans les départements du Nord et du Pas de Calais, rattachés à Bruxelles.

En 1942  suite à la multiplicité des zones de combat ou d’occupation, la demande devenait de plus en plus pressante avec la mobilisation de tous les Allemands aptes à porter une arme.

Le 21 mars 1942, le gauleiter Fritz Sauckel, surnommé “le négrier de l’Europe “ fut chargé d’amener la main-d’œuvre de toute l’Europe, par tous les moyens. Il trouva à la tête du régime de Vichy des hommes prêts, en particulier Pierre Laval, à lui donner satisfaction en utilisant la législation française et des forces de l’ordre au profit du recrutement forcé.

En juin 1942, l’Allemagne exige 350.000 travailleurs. Pierre Laval pour maquiller cette sommation, annonce la “relève“ qui consiste à rapatrier un prisonnier de guerre contre trois travailleurs volontaires, mais seuls les ouvriers spécialistes sont pris en compte pour cet échange et les prisonniers rapatriés sont bien souvent des malades, des personnes déjà âgées ou des paysans. Seulement 17.000 travailleurs se porteront volontaires fin août 1942.

Face à cet échec, le 4 septembre 1942, la loi de réquisition est promulguée, cette loi permet l’envoi de  250.000 travailleurs forcés en six mois.

Le 16 février 1943, pour satisfaire ses maîtres, Pierre Laval instaure le Service Obligatoire du Travail, le « STO ». Ce recrutement concerne les jeunes nés en 1920 – 1921 –1922, les exemptions ou sursis initialement promis aux agriculteurs et étudiants disparaissent très vite. Les filles étaient aussi théoriquement concernées, mais à part quelques unes, elles ne furent jamais envoyées.

Né en 1923, j'ai été appelé en 1943. Dès mars 1943, nous avions avec Jean Vincent mon voisin du même âge que moi, édité un tract, rédigé à la main, demandant aux jeunes de notre classe de ne pas répondre à la convocation de la commission de recensement. Nous avons distribué ce tract au rassemblement des  jeunes du Canton qui attendaient leurs passages devant cette commission. Le résultat n'a pas été à la mesure de nos espérances : nous n’avons été que 4 jeunes sur une trentaine à sortir des rangs. Même en sachant que j'aurais pu être affecté dans le même groupe que mon frère aîné André, à Felletin dans la creuse, où il était  second du maître bottier, ce qui n’était pas une mauvaise place, il était hors de question pour moi de répondre à cet appel.

A partir de fin 1942, des négociations sont menées entre l’épiscopat français représenté par le cardinal Suhard et le Dr Brandt pour officialiser la présence d’aumôniers parmi les STO. En mai 1943, Brandt oppose un refus définitif. Les aumôniers déjà partis n’auront pas le statut d’aumônier mais celui de travailleur. A la suite du père Bousquet, pionnier, 25 prêtres sélectionnés par le père Jean Rodhain aumônier National des prisonniers de guerre et futur fondateur du secours catholique, sont envoyés clandestinement en Allemagne. D’autres partiront de leur propre initiative, parfois même contre l’avis de leur évêque. 273 prêtres prisonniers de guerre deviennent « travailleurs libres ». Avec les 3.200 séminaristes et les militants de l’Action catholique, partis contraints ou volontaires cela représente un effectif de quelques 10.000 militants.

Le 3 décembre 1943, le chef de la sécurité du Reich Ernst Kaltenbrunner adresse une note à tous les fonctionnaires de la Gestapo : la consigne de rechercher tous les prêtres camouflés en civils, de les expulser ou de les emprisonner, de dissoudre les groupes actifs de JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique) sous peine d’emprisonnement. 12 prêtres sur les 25 des prêtres envoyés clandestinement se retrouveront au camp de Dachau. 

99-2-19Jacques Doriot, chef du Parti Populaire Français (PPF) extrême droite et ultra-collaborationniste, mit sur pied en 1944, des groupes d’action pour la justice sociale, chargés de traquer les réfractaires.

Entre 600.000  à 650.000 travailleurs français seront envoyés de force vers l’Allemagne nazie, la France fut le 3e fournisseur de main-d’œuvre, derrière la Russie et la Pologne, c’est elle qui fournit le plus d’ouvriers qualifiés.

Selon la Fédération Nationale des Victimes et Rescapés des camps nazis du Travail Forcé, 60.000  seraient morts en Allemagne dont 15.000 fusillés, pendus ou décapités pour « actes de résistance ». Les historiens jugent ces chiffres excessifs, mais ils estiment qu’entre 25.000 et 35.000 ont néanmoins perdu la vie en Allemagne.

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:05

RESISTER :

Les débuts de la Résistance - Les options - Histoires d'hommes, de femmes  - Charles de Gaulle - Jean Moulin - le Général Delestraint -Rol-Tanguy

Les débuts de la Résistance :

Dés l’appel  de Pétain à l’acceptation de la défaite, avant même celui du Général de Gaulle, il se trouve des hommes et des femmes pour dire non. Des militaires et des civils : de Gaulle, qui s’envole pour Londres, mais aussi le jeune lieutenant Jean Simon (futur général et futur grand chancelier de l’Ordre de la Libération) qui avec son ami Pierre Messner, décide de continuer, coûte que coûte tandis qu’à Chartres, le Préfet Jean Moulin refuse de signer l’acte infamant que l’ennemi veut lui faire avaliser.

C’est ce même jour 17 juin 1940, à Bordeaux le communiste Charles Tillon, et à Brive, le chrétien-démocrate Edmond Michelet, l’un en se référant à la lutte des classes, l’autre citant Péguy, qui appellent à la poursuite du combat contre la Barbarie nazie. Le 18 juin, de Gaulle lance l’appel qui faute d’être largement entendu prend néanmoins valeur de symbole.

Dans les jours qui suivent, tous les hommes valides de l’île de Sein prennent la mer pour rejoindre le général. Le 21 juin, ce sont 31 parlementaires qui s’embarquent sur le Massilia, dans l’espoir de pouvoir, à partir de l’Afrique du Nord, continuer la lutte. Ce sont aussi de multiples gestes d’anonymes, sabotages de câbles téléphoniques allemands, aide apportée aux prisonniers de guerre évadés … Et des tracts, des appels.

Dés les premiers jours, il y a de multiples actes qui attestent que quelque chose est en train de naître, qui deviendra la Résistance…

Et lorsque le 11 novembre 1940, anniversaire de la victoire de 1918 sur l’Allemagne, les étudiants et lycéens manifesteront à Paris, devant l’Arc de Triomphe, contre l’occupation, la Résistance intérieure aura apporté la preuve qu’il faut compter avec elle, comme il faut compter avec la Résistance extérieure des Forces Française Libres (F.F.L.), qui sous la conduite du colonel Leclerc, bientôt, vont s’emparer de l’Oasis de Koufra en Libye et prêter le serment de ne s’arrêter qu’à Strasbourg. La résistance devient réalité. Article paru dans le Patriote Résistant N°837 sous la signature  M.V

 

Les options :

Extraits du Spécial Concours national de la Résistance et de la Déportation 2010 du Patriote Résistant de décembre 2009.

L’appel à la résignation, lancé par Pétain le 17 juin 1940

« En ces heures douloureuses, je pense aux malheureux réfugiés, qui dans un dénouement extrême sillonnent nos routes. Je leur exprime toute ma compassion et ma sollicitude. C’est le cœur serré que je vous dis aujourd’hui qu’il faut cesser le combat. Je me suis adressé cette nuit à l’adversaire pour lui demander s’il est prêt à rechercher avec nous, entre soldats, après la lutte et dans l’honneur les moyens de mettre un terme aux hostilités. Que tous les Français se groupent autour du Gouvernement que je préside pendant ces dures épreuves et fassent taire leur angoisse pour n’écouter que leur foi dans le destin de la Patrie ». Maréchal Pétain, le 17 juin 1940.

 

L’appel à la lutte … lancé par de Gaulle le 18 juin 1940

« Mais le dernier mot est-il dit ? L’espérance doit elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! croyez -moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n’est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. (…) Quoi qu’il arrive, la flamme de la résistance Française ne doit pas s’éteindre et ne s’éteindra pas. »

Par cet appel de Gaulle entend signifier qu’il existe une autre politique, que la France n’est pas seule, il fustige les chefs qui sont à la tête des armées française donc responsables de la défaite, il sait de quoi il parle, lui ex-professeur d’histoire militaire à Saint–Cyr, puis admis à l’Ecole supérieure de guerre, lui, qui a toujours voulu que la France se dote de moyens modernes

 

Pétain, lui, rejette la responsabilité de la défaite, non pas sur les militaires dont il est le chef, mais sur « la classe politique française » et sur « l’esprit de jouissance » du peuple français, les 40 heures, les congés payés, etc. C’est pourquoi divers groupements de la droite la plus réactionnaire qui n’ont pas digéré la victoire du front populaire et les grandes avancées sociales se rallieront très vite à lui et feront du régime de Vichy une dictature répressive.

 

Charles de Gaulle - Jean Moulin - Le Général Delestraint - Rol Tanguy ...

Ils ont organisé, rassemblé, ceux qui d'horizons les plus divers refusaient l'armistice demandée et signée par Pétain, luttaient contre la propagation de  l'idéologie nazie, du fascisme, ceux qui ont choisi de Résister avec eux, quel qu'en soit le prix  :  Charles de Gaulle, Jean Moulin, le Général Delestraint ...

Les paroles du Chant des Partisans sont de Maurice Druon et Joseph  Kessel, la musique d'Anna Marly.

 


CHARLES DE GAULLE :

Il est né le 22 novembre 1890.

En 1908 il entre à Saint Cyr d’où il sort diplômé en 1912. Lieutenant il choisit d’être affecté au 33ème régiment d’infanterie d’Arras sous les ordres du colonel Philippe Pétain.

Sa conduite pendant la guerre de 1914/1918 lui vaudra le 23 juillet 1919, la croix de chevalier de la Légion d’Honneur, et la croix de guerre 1914/1918 avec étoile de bronze.

Lors de la déclaration de la 2e guerre mondiale,  il est nommé commandant des chars de la 5e armée. En janvier 1940, il envoie à quatre-vingts personnalités, dont Léon Blum et Paul Reynaud, ainsi qu’au généraux Maurice Gamelin et Maxime Weygand, un mémorandum fondé sur les opérations en Pologne intitulé « l’Avènement de la force mécanique », le texte insiste sur la nécessité d’allier le char et l’aviation.

Le 15 mai 1940, il reçoit la mission de retarder l’ennemi dans la région de Laon, mais n’ayant  reçu qu’une partie des unités de la 4e DCR, il est contraint de se replier. Le 1er juin 1940, il fait fonction de général de brigade.

Le 6 juin 1940, convoqué à Paris par le Président du Conseil Paul Reynaud il est élevé au grade de général, mais sort de la hiérarchie militaire pour occuper un poste ministériel dans le gouvernement, celui de sous secrétaire d’Etat à la Guerre et à la Défense Nationale. Il a pour mission de coordonner l’action avec le Royaume-Uni pour poursuivre le combat.

Le 9 juin1940, il rencontre Churchill qu’il tente en vain de convaincre d’engager davantage de forces y compris aériennes. Le même jour les troupes nazies franchissent l’Oise et occupe Rouen.

Le 10 juin 1940, Mussolini déclare la guerre à la France et à la grande Bretagne. Le même jour le gouvernement après avoir déclaré Paris Ville ouverte  quitte la Capitale pour la Touraine, de Gaulle est partisan d’un repli vers la Bretagne.

Le 11 juin 1940, le comité suprême interallié se réunit et charge de Gaulle d’étudier la possibilité de poursuivre la lutte, mais le haut Etat Major n’y croit pas et repousse l’idée de guérilla lancée par Churchill, Pétain a déjà choisi la capitulation, il s’écrie  « ce serait la destruction du pays ! »

Le 12 juin 1940, de Gaulle se rend à Rennes où il préside une réunion avec le général Altmeyer où l’on étudie la possibilité de transférer les troupes en Afrique du Nord, mais quand il revient en Touraine, il apprend que les chefs militaires suivent Pétain et optent pour l’armistice.

Le 14 juin 1940, le Gouvernement quitte la Touraine pour Bordeaux..

Le 16 juin 1940, de Gaulle dicte par téléphone la note Anglo-French Unity Projet d’Union franco-britannique à Paul Reynaud. qui adhère avec enthousiasme au projet. Mais il doit convaincre ses ministres. Malgré les deux lectures du projet, Paul Reynaud reçoit un accueil réfrigérant. Face a cet état de fait, Paul Reynaud profite d’une interruption de séance pour présenter sa démission au Président de la République Albert Lebrun.

De retour de mission le même jour, à Bordeaux, de Gaulle apprend la démission de Paul Reynaud, son remplacement par Philippe Pétain et la demande d’Armistice. De Gaulle est évincé du gouvernement.

Dans la nuit du 16 au 17 juin 1940, le cargo Broompark, quitte le port de Bassens en Gironde avec Vingt-six bidons contenant les cent-quatre-vingts kilos d’eau lourde que Frédéric Joliot-Curie s’est procuré en Norvège par l’intermédiaire de Jacques Allier du deuxième Bureau de l’Armée Française.

Le 17 juin 1940, de Gaulle qui est contre cette armistice, quitte la France avec le général Anglais Spears  et le lieutenant de Courcel. Après un arrêt à Jersey pour prendre de l’essence ils repartent pour Londres où ils arrivent en début d’après-midi.

Le 18 juin 1940, il lance son appel et ce texte reste l’une des plus célèbres allocutions de l’Histoire de France. (voir archives INA ses discours du 18 et 22 juin 1940 et article précédent).

On sait aujourd’hui que tout au long de la journée du 18 juin, le Conseil des ministres britannique a discuté du texte de de Gaulle, car lord Halifax ministre des Affaires étrangères et les ministres qui ont approuvé les accords de Munich, veulent ménager le gouvernement de Pétain et attendre de voir s’il va signer l’armistice.

Churchill vieux partisan de la fermeté contre Hitler, soutient de Gaulle  et la poursuite de la guerre, il doit mettre son autorité dans la balance pour que de Gaulle puisse prononcer son sonttexte à la B.B.C .

Le but de de Gaulle n’est pas de former une légion de volontaires qui continueraient la lutte aux côtés des Anglais. Il veut remettre la France en tant que telle, dans la guerre contre Hitler, en formant une armée et un contre Etat doté de tous les attributs de souveraineté et de légitimité, qui se donne une base territoriale en ralliant les territoires français de l’Empire colonial, future plate-forme de la reconquête.

Dés le début de l’été de 1940, à partir de presque rien et assisté de quelques volontaires, il jette les bases d’une marine (FNFL), d’une aviation (FAFL), de forces terrestres (FFL) d’un service de renseignements (le BCRA). La Croix de Lorraine proposée par l’amiral Muselier devient son emblème. Les statuts juridiques de la France Libre et ses rapports avec le gouvernement anglais sont fixés par le juriste René Cassin.

La France libre a bientôt sa banque, son journal officiel, ses décorations, Le général fonde l’Ordre de la Libération en Octobre 1940, pour honorer ses compagnons. Des comités actifs dans le monde entier se constituent et tentent de rallier de Gaulle.

En France, de Gaulle est condamné par contumace à quatre ans de prison et à la perte de la Nationalité Française, puis le 2 août 1940 il est condamné à mort avec dégradation militaire et confiscation de ses biens par le Tribunal militaire de Clermont-Ferrant  pour « Trahison, atteinte à la sécurité de l’Etat, désertion à l’étranger ».

En revanche il a le soutien de Winston Churchill, du Parlement, de la Presse et de l’Opinion publique britannique. Cet appui, comme celui de l’opinion Américaine, se révèlera un atout précieux lors des tensions avec Londres et Washington. De Gaulle se veut l’incarnation de la France.

Le 7 août 1940 il obtient de Churchill la signature de l’accord des Chequers, par lequel le Royaume-Uni s’engage à sauvegarder l’intégrité de toutes les possessions française et à la restauration intégrale de l’indépendance et de la grandeur de la France. De plus le gouvernement britannique s’engage à financer toutes les dépenses de la France libre.

Un jour Churchill à court d’arguments, lance à de Gaulle : « Vous n’êtes pas la France ! nous avons consigné tout cela par écrit ». De Gaulle réplique immédiatement ; « j’agis au nom de la France. Je combats aux côtés de l’Angleterre mais non pour le compte de l’Angleterre. Je parle au nom de la France et je suis responsable devant elle. S’il y a un homme dont les Anglais n’ont pas à se plaindre, c’est bien moi ». Churchill avait surnommé de Gaulle« Jeanne d’Arc »

Le 27 mai 1943, le Conseil National de la Résistance réunit sous la Présidence de Jean Moulin représentant en France occupée le général de Gaulle, rassemble :

huit mouvements de la Résistance Intérieure à savoir : Combat, Libération Zone Nord, Libération Sud, Franc Tireur et Partisans (FTP), Front National (rien à voir avec le front national actuel), Organisation Civile et Militaire (OCM), ceux de la Résistance(CDLR), Ceux de la Libération (CDLL),

2 grandes centrales syndicales : la Confédération Générale du Travail (CGT réunifiée), la Confédération des Travailleurs Chrétiens.

5 partis politiques : Le Parti Communiste, le Parti Socialiste, les Radicaux, la Droite Républicaine et les Démocrates Chrétiens.

Le Conseil National de la Résistance légitime le rôle du général de Gaulle comme représentant de la France.

Les relations avec Franklin Roosevelt sont des plus tendues, et plus problématiques, Roosevelt n’aime pas de Gaulle et les anti-gaullistes  sont nombreux en Amérique. Il faut dire que le Président est aussi très mal informé  sur la situation en France, par l’ambassadeur américain en poste à Vichy (jusqu’au mois de mai 1942).

De Gaulle mise beaucoup sur l’Empire français, le président américain est, lui, profondément hostile au système colonial et envisage de confier après la guerre, les colonies françaises à une institution internationale qui préparerait leur évolution vers l’indépendance.

Roosevelt projetait de faire de la France un Etat faible, et le projet d’Allied Military Government of Occupied Territories (AMGOT) allait même très loin dans cette direction, en traitant la France comme un pays vaincu, plutôt que comme une des puissances victorieuses.

La haine de Roosevelt  pour de Gaulle était très forte, car il le considérait (comme un futur tyran ou au mieux comme un opportuniste) au point que ses adjoints finirent par en prendre ombrage, y compris le très pusillanime secrétaire des Affaires étrangères Condell Hull qui, finalement, se rangea aux cotés de la France libre et de son chef : de Gaulle.

Oui après l’occupation Allemande, nous aurions pu subir une nouvelle occupation : Américaine. Nous devons à la pugnacité du général de Gaulle de n’avoir pas connu cette nouvelle occupation.

Malgré son exclusion par Roosevelt du débarquement américano-britannique en Afrique du Nord (Voir affaire Mers-el-Kebir Opération Torch), de Gaulle réussit à prendre pied à Alger en mai 1943 où il créa avec Henri Giraud le Comité Français de la Libération nationale (CFLN).

Après le débarquement de Normandie, le 6 juin 1944, le général de Gaulle qui avait su imposer l’image de la France Combattante, fit son entrée en territoire français en vainqueur au même titre que les représentants des armées alliées.

On peut être d’accord ou pas avec de Gaulle homme politique, mais pour la période 1940/1945, je pense qu’il y a l’unanimité pour reconnaître qu’il a été un grand homme, et que la France et les Français lui doivent beaucoup.

 

JEAN MOULIN :

Il est né le 20 juin 1899. En 1936, il soutiendra  la jeune République Espagnole. Mobilisé pour la première guerre mondiale en avril 1918, la signature de l’armistice lui vaudra de finir cette guerre sans avoir combattu. Reprenant ses études après sa démobilisation, il obtiendra une licence de droit en 1921.

En 1922, il est nommé chef de cabinet du préfet de la Savoie, en 1925 à Alberville : il est le plus jeune sous préfet de France. En 1932, il est appelé au cabinet de Pierre Cot au secrétariat aux Affaires Etrangères, puis deux fois chef de cabinet au Ministère de l’Air en 1933 puis en 1936 dans le gouvernement du Front Populaire. Sa principale réalisation fut la Nationalisation de la compagnie aérienne qui deviendra Air France. En 1937, il est le plus jeune Préfet de France, en Aveyron.

En 1939, au début du conflit, le sergent de réserve Jean Moulin, Préfet de l’Eure et Loire à Chartres, veut aller au combat. L’administration l’estime plus utile à la préfecture et lui refuse de quitter son poste.

Le 10 mai 1940, de nombreux réfugiés arrivent à Chartres et Jean Moulin organise le mieux qu’il peut leur installation.

Du 18 juin 1940 au 02 novembre 1940, toujours Préfet de l’Eure et Loire sous la direction du Maréchal Philippe Pétain, il s’oppose très vite à ses choix. Il est révoqué le 2 novembre 1940, et fait le choix de la Résistance. Il prend contact avec les mouvements de Résistance en Zone libre où il vit ; il distribue des tracts et des journaux clandestins, il est très vite persuadé de la nécessité d’unir tous les mouvements de la résistance intérieure et extérieure. Il rédige un rapport dans ce sens et décide d’être l’homme qui établira ce lien. C’est dans cet esprit qu’il rejoint le général de Gaulle à Londres en octobre 1941 sous le nom de Joseph Jean Mercier.

Il est parachuté dans la nuit du premier au deux janvier 1942, dans les Alpines à proximité d’Avignon, avec le titre de délégué du Comité National nommé par de Gaulle lui-même.

Dans une première période, il prend contact avec les chefs des divers mouvements de Résistance. Vers la mi 1942, il regroupe les effectifs des divers mouvements dans l’A.S

(Armée Secrète ) sous le haut commandement du Général  (Vidal) Delestraint..

Le Comité Directeur de coordination en janvier 1943, après quelques modifications devient,  Mouvements Unis de le Résistance ( M.U.R.)

En février 1943, Jean Moulin repart à Londres pour rencontrer de Gaulle, il revient le 21 mars avec pour mission de créer le Comité National de la Résistance (C.N.R.) dont il est le représentant pour l’ensemble du territoire. Sa création est difficile,  mais la première réunion du CNR à lieu le 27 mai 1943 à Paris, le programme du CNR est établi (voir Internet).

Le 21 juin 1943, Jean Moulin est arrêté à Caluire dans la banlieue de Lyon au cours d’une réunion qui avait pour but, le remplacement du Général Delestraint qui venait d’être arrêté à Paris. Il est arrêté sous l’identité de Martel alors que la Gestapo recherche un dénommé « Max » , aussi ignore-t-elle qu’il est jean Moulin.

Il est interné au Fort Montluc à Lyon. Tous les jours, il est transféré à l’école de santé pour y être torturé par Klaus Barbie. Jean Moulin ne dévoila rien. Il fut ensuite transféré à Neuilly puis envoyé à Berlin où il n’arrivera jamais car il est mort en gare de Metz des suites des tortures endurées, officiellement d’une défaillance cardiaque.

Jean Moulin victime de la barbarie nazie est mort en héros, il reste un exemple de la Résistance Française à l’ennemi, son souvenir  comme celui des milliers de victimes anonymes ne doit jamais s’éteindre. (voir site de l'INA : Jean Moulin, discours de Malraux,

qui reprend l'historique de la Résistance et le rôle de Jean Moulin : durée 20 minutes environ)

 

LE GENERAL DELESTRAINT :

Le 8 juillet 1940 le Général Delestraint mis à la retraite suite à la décision d’armistice voulue par Pétain, saluait ainsi ses soldats en leur disant adieu.

« Il dépend de nous, de vous surtout, les jeunes, que la France ne meure pas… je répète à tous : confiance, confiance encore, confiance toujours ».

Malgré son âge avancé, sexagénaire, il se lance dans le combat pour la libération sous le pseudonyme de Vidal. Premier commandant de l’Armée Secrète, il est arrêté le 6 juin 1943 à Paris sur dénonciation, suite à l’arrestation de Jean Moulin mais demeure ferme et irréprochable aux mains de l’ennemi.  Il refuse de répondre lors des interrogatoires.

Déporté au camp de Natzwiller (Struthof) pour y être jugé par un tribunal Allemand, il y restera jusqu’en septembre 1944, au moment de l’avance alliée, il est transféré au camp de Dachau où il devient le représentant Français au Comité clandestin du Comité International du camp.

Il ne fut jamais jugé, donc jamais condamné, mais il fut assassiné dix jours avant la libération du camp.

 

COLONEL HENRI ROL-TANGUY :

Henri TANGUY, officiellement Rol-Tanguy, dit Colonel Rol-Tanguy est né le 12 juin 1908 à Morlaix, dans une famille de marins Bretons, fils d’un officier marinier et d’une blanchisseuse.

En 1922, il est ouvrier métallurgiste, en 1925, il devient tôlier en carrosserie aux usines Renault de Boulogne-billancourt, où il adhère aux jeunesses communistes et devient responsable de cellule. Il est licencié quelques mois plus tard  pour fait de grèves. Dès lors, les portes des grandes usines lui sont interdites.

En 1929, il fait son service militaire en Algérie au 8ème régiment des zouaves par mesure disciplinaire pour ne pas s’être inscrit à temps sur les listes de recensement. Il quitte l’armée soldat de 1ère classe, combattant d’élite avec une formation de mitrailleur mécanicien, de télémétreur et d’armurier.

Embauché à l’entreprise Nessi à Montrouge puis aux usines Breguet en septembre 1930, il suit des cours de perfectionnements et devient tôlier-formeur, chaudronnier en cuivre, tuyauteur et soudeur.

En 1934, il revient au militantisme communiste et crée chez Breguet une cellule communiste et un syndicat C.G.T.U. Licencié en 1935 suite à une action revendicative, même les petites entreprises lui sont fermées.

En octobre 1936, il devient secrétaire du syndicat des travailleurs de la métallurgie C.G.T. de la région parisienne. Lorsque la guerre d’Espagne éclate en 1936, il anime la campagne de solidarité avec les Républicains de la Fédération des Métaux. En 1937 il rejoint les Brigades Internationales. Officier, il occupe le poste de commissaire politique dans la 3ème Brigade ( La Marseillaise). En février 1938, il participe aux combats de l’offensive de l’Ellèze. Le 18 juin 1938, il est blessé d’une balle dans la poitrine sur le front de l’Ebre. Il rentre en France en novembre 1938n et le 19 avril 1939 épouse Cécile Le Bihan sa marraine de guerre, militante communiste comme lui. Ils auront quatre enfants.  

Deuxième guerre Mondiale :

Henri Rol-Tanguy est mobilisé en septembre 1939, affecté comme soldat de 1ère classe au 37ème régiment d’infanterie coloniale (57ème RIC) en Lorraine. En mai 1940, il est affecté comme armurier au 38ème R.I.G mixte sénégalais ; il y prend part aux combats de la 28ème Division du 5 au 24 juin 1940.

Il est démobilisé en Août 1940 après avoir été cité à l’ordre du régiment. Le 5 octobre, il entre dans la clandestinité en apprenant qu’une vague d’arrestations frappe les militants communistes, il participe à la mise sur pied de l’Organisation Spéciale (O.S), le PCF lui confie la responsabilité du secteur Sud de Paris et de sa banlieue.

En août 1941, il est chargé avec Raymond Losserand et Gaston Carré de l’organisation, dans la région parisienne, de groupes armés, qui en février 1942 deviendront F.T.P. Tanguy exerce dans ce « triangle de direction » la fonction de responsable militaire. Losserand et Carré arrêtés en mai 1942 seront fusillés. Tanguy reforme un triangle de direction avec Roger Linet et Raymond Colin.

Tanguy change de zone pour raison de sécurité et devient chef des FTP pour la région Poitou-Anjou,  puis revient en région parisienne en mai 1943 pour réorganiser, avec Joseph Epstein et Edouard Vallerand les Francs-tireurs de la région parisienne  et rédige avec sa femme Cécile le journal clandestin : Le franc-tireur Parisien.

En septembre 1943, il est nommé représentant FTP au Comité d’Action contre la Déportation, chargé de saboter les départs au STO. En octobre 1943,  de représentant FTP, il passe à l’état-major des FFI de la région parisienne qui regroupe onze départements autour de Paris.

D’abord sous-chef de l’état-major, puis chef régional en mai, en juin il est nommé colonel chef de la région P1, (Seine, Seine et Oise, Seine et Marne, Oise), qu’il baptise « Ile de France ». C’est alors qu’il prend son dernier pseudonyme Rol, nom d’un combattant des brigades Internationales, Théo Rol tué en 1938 pendant la bataille de l’Ebre.

Il se consacre alors entièrement à la préparation de la libération de la capitale en liaison étroite avec le Comité d’action militaire du Conseil National de la Résistance, le COMAC et le délégué militaire National du général de Gaulle, Jacques Chaban-Delmas.

Le 10 août 1944, l’avance des armées alliées en Normandie donne le signal de l’insurrection : des grèves éclatent dans les administrations parisiennes : Poste, Police ; le 18 août, c’est la grève générale des parisiens. Dès le lendemain, les barricades commencent à fleurir dans tous les arrondissements.

Le 20 août 1944, l’état-major FFI est installé en sous-sol place Denfert-Rochereau et la préfecture de police est prise. Le colonel Rol-Tanguy réalise dans les journées du 20 au 24 août, une manœuvre générale libérant les 9/10ème de la capitale. Le 25 avec l’appui de la 2ème DB du général Leclerc, le colonel Rol-Tanguy reçoit et signe l’acte de redditions sans condition des forces allemandes du général Von Choltitz.

Dans le courant du mois de septembre, il est désigné auprès du colonel Billotte pour contribuer à mettre sur pied une nouvelle unité, la 10ème division d’infanterie, mais il ne sera pas nommé à sa tête.

En janvier 1945, il effectue un stage de perfectionnement à Provins. Il est ensuite affecté au PC de la 1ère Armée Française du général de Lattre De Tassigny, il participe aux combats en Allemagne entre le 8 et le 25 avril 1945, de Tübingen à Sigmaringen. Le 18 juin 1945, il est décoré de la Croix de la Libération par le général Charles de Gaulle et devient militaire d’active avec le grade de Lieutenant-colonel.. Il restera en Allemagne jusqu’au 2 octobre 1945, comme adjoint au colonel gouverneur militaire de Coblence.

Après la guerre :

En avril 1947, il est affecté au cabinet militaire de la Défense Nationale. De 1948 à 1951, il est chef du 3ème bureau de l’état-major de la subdivision du Mans, puis prend sa retraite en 1962.

Le 8 septembre 2002, il décède à Paris. Le 13 septembre 2002, un hommage national présidé par Jacques Chirac lui est rendu  aux Invalides. Il repose à Monceaux dans le Loir et Cher.

Reconnaissance et Décorations :

Le 23 août 2004, à l’occasion du 60ème anniversaire de la Libération de Paris, une « Avenue du Colonel Henri Rol-Tanguy » est inaugurée dans le XIVème  arrondissement de Paris.

- Compagnon de la Libération : décret du 18 janvier 1946

- Grands-croix de la Légion d’Honneur

- Croix de guerre 39/45 (3 citations)

- Médaille de la Résistance

- Croix du Combattant Volontaire

- Croix du Combattant Volontaire de la Résistance

- Medal for Freedom (USA)

- Médaille de l’Amitié des Peuples (URSS)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:05

Les prisons

Prisons de Tulle - de Limoges : été 1943 - Réponses à vos questions.

 

"Me voilà arrêté et jeté en cellule,

Traité comme un voyou, une sombre crapule !

Qui aurait pu penser que d'aimer son Pays,

Serait considéré un jour comme un délit !"

 

- Prison de Tulle :
 Le 14 juillet 1943 à 19h30 , je faisais mon entrée dans ce milieu carcéral habituellement réservé aux délinquants, voleurs, violeurs ou criminels. Pour le gouvernement de Pétain, les Résistants et  Opposants qui n’avaient comme but que de libérer la France des hordes nazies, étaient devenus de dangereux  terroristes criminels et devaient être traités comme tels.

On parle  beaucoup de l’état de délabrement  des prisons  françaises, rien n’est pourtant  comparable à ce qu’elles étaient en 1943, particulièrement dans les petites unités comme celles de Tulle en Corrèze. La vermine : puces, punaises, poux avaient depuis très longtemps pris possession des lieux. Les paillasses avaient tellement servi que la paille était devenue poussière.
La soupe, sorte de liquide insipide, dans nos gamelles en fer blanc rouillé, avait un goût de lessive. Heureux celui qui pouvait compter 10 haricots dans le fond de sa gamelle.

Le soir de notre arrivée,  le gardien qui nous reçut, nous avoua que son fils était lui-même dans un groupe de maquisards de la région d’Argentat, pas loin du nôtre. Puis il nous sépara en nous mettant dans des cellules occupées par des condamnés de droit commun.

Je me suis retrouvé avec un assassin qui avait tué sa femme. Le gardien me l’avait dit avant de me mettre dans sa cellule, inutile de vous dire que je n’ai pas dormi de la nuit tellement j’avais peur. J’ai dû partager cette cellule pendant trois jours, avant que nous soyons regroupés dans une cellule à part. Nous étions heureux de nous retrouver à nouveau.

Il y avait cinq jours que nous étions enfermés, cinq jours que nous mourions de faim quand le sixième jour nous avons eu une surprise de taille. Le midi au lieu de la gamelle traditionnelle, nous eûmes des plateaux avec un vrai repas comme peu de gens pouvaient en savourer en ces temps de restrictions. J’apprendrai en 1945, après mon retour du camp de concentration, que nous devions cette bonne surprise à l'une de mes tantes et à des amis travaillant aux ateliers des Armes et du Cycle de Tulle, qu’elle avait contactés. Ils avaient fait une collecte pour nous faire apporter ces repas.

Nous aurions pu profiter tranquillement de cette bonne aubaine, mais notre désir premier était de retrouver la liberté, nous avons tenté une évasion deux jours plus tard. Evasion échouée, nous sommes passés devant le conseil de discipline de la prison qui nous condamna à 15 jours de cachot, au pain et à l’eau, avec interdiction de recevoir des visites et des colis de l’extérieur. Cette sanction est tombée hélas ! juste le jour où ma mère et ma tante étaient venues m'apporter du linge propre et des vivres.

Il y a huit jours que nous sommes au régime sec quand un gardien vient nous apprendre que nous partions le lendemain pour la prison de Limoges.

 

---- Prison de Limoges

Dans cette prison, nous étions mieux nourris qu’à Tulle et nous avons eu la surprise de partager la même cellule avec trois jeunes universitaires de Limoges qui avaient formé à l'intérieur de
l'Université un réseau de Résistance qu’ils avaient baptisé « Armée Secrète ». Comme ils étaient tous de très bonnes familles, ils recevaient deux fois par semaine des colis de vivres qu’ils ont spontanément partagé avec nous. Le plus curieux est que le père de l’un d’eux Avocat avait été décoré de la Francisque par Pétain lui-même. Père collabo, fils Résistant, ce n’était pas un cas unique.

Pourquoi la prison de Limoges ? Parce qu’il y avait au tribunal de cette ville, une Section Spéciale sorte de Cour Martiale créée pour juger les Opposants au régime de Vichy et les Résistants. Tous les juristes de ces Cours Spéciales avaient prêté serment à Pétain, ce qui leur permettait d’arborer la distinction suprême de l’époque : la Francisque. Chaque jour, de nouveaux résistants venaient grossir le nombre de prisonniers et dans une cellule faite pour trois, nous nous sommes retrouvés douze. La prison était divisée en trois secteurs, le secteur le plus important était celui occupé par la Gestapo. Comme le mur de ce secteur donnait sur la cour où nous faisions nos promenades quotidiennes, nous entendions les cris des suppliciés et parfois, ils se mettaient contre les barreaux des fenêtres pour lancer des messages, pour leurs familles je pense, le gardien qui nous gardait les ramassait. Les faisait-il suivre ?.

Début septembre, un avocat commis d’office s’est présenté à moi en me disant qu’il était chargé d’assurer ma défense, comme il arborait fièrement l’ordre Pétainiste : la Francisque, je n’avais pas beaucoup d’illusions à me faire. Il me donna d’ailleurs très peu d’espoir en me disant d’emblée qu’il ferait son travail d’avocat mais qu’il souhaitait pour nous tous la peine de mort.

Huit jours plus tard, nous nous retrouvions devant cette Section Spéciale. Je fus condamné à cinq ans de travaux forcés pour appartenance à un groupe terroriste d’obédience étrangère (?).

Dans le prétoire, je vis qu’il y avait ma mère, une de mes tantes, les parents de mon ami Jean Delbos (Renard) et d’autres personnes que je ne connaissais pas. A l’annonce du verdict, nous nous sommes levés pour entonner la Marseillaise. Les Gardes Mobiles nous ont roués de coups et comme nos parents protestaient, ils eurent droit au même traitement. Ma mère est sortie du tribunal les lèvres fendues par un coup de crosse. Pour nous ramener à la prison, il y avait des gendarmes, des G.M.R. et des Gardes Mobiles tout le long de la route. De mémoire de Limougeauds, ils n’avaient jamais vu autant de policiers dans leur ville.

C’est dans cette prison que je ferai la connaissance de Louis Giral qui sera l'un des12 fusillés d’Eysses et d’André Edouin qui aura la main déchiquetée au départ du convoi  de Pennes.

Là aussi, nous préparons une évasion collective. Je n’en profiterai pas, car ma mutation pour la prison centrale d’Eysses intervient avant la réalisation de ce projet. J’appendrai plus tard que huit de mes compagnons de cellule ont pu retrouver la liberté, que l’un s’est cassé une jambe en sautant et qu’avec celui qui lui a porté secours, ils ont été repris.

 

REPONSES AUX QUESTIONS CONCERNANT CET ARTICLE

A l’époque la majorité pénale était à 21 ans, votre jeune âge permettait-il un traitement particulier moins dur que celui subi par les adultes dans les prisons françaises ?

Au cours de cette période, les opposants au régime de Vichy qu’ils soient jeunes ou vieux, hommes ou femmes étaient traités de la même façon. Malgré son jeune âge, Guy Môquet qui  n’avait que 17 ans a été désigné par Pucheu pour être fusillé. Pour les condamnés de droits communs, voleurs ou assassins, les régimes étaient moins sévères pour les jeunes et les femmes. Pas pour ceux qui même pour une simple distribution de tracts devenaient de dangereux "terroristes". Le pouvoir en place comme l’occupant nazi pensaient que par la terreur il freinerait l’élan patriotique. En fait ce fut tout à fait le contraire. 

 

Quel était votre état d’esprit quand vous avez été pris dans l’enchaînement de la captivité ? Pouviez-vous imaginer l’ampleur de l’horreur vers la quelle vous alliez ?

Comme je l'explique dans cet article, la première nuit passée avec un criminel n’avait rien de rassurant, je n’ai pas peur de dire que je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. C’était la première fois que j’affrontais une telle situation. Et puis cette nourriture qui avait un goût de lessive, et ces paillasses pleines de vermines ! Oui c’était dur particulièrement à la prison de Tulle.

Cela dit mon état d’esprit n’a jamais changé car j’étais certain d’avoir pris la bonne voie, et puis je n’étais pas seul.  Nous avions demandé en vain des livres et même un jeu de cartes, le gardien  qui nous avait dit que son fils était lui aussi dans un maquis nous a passé des plaques de  carton pour que nous puissions fabriquer nos cartes à jouer. D’autres camarades résistants nous ont rejoints. Il y avait une très bonne ambiance. Notre seul souci était comment sortir de là ? Nous passions beaucoup de temps à imaginer des scénarios d’évasion.Pour nous le danger en prison : ce pouvait être l’arrivée d’un "mouton".

Un jour un gardien nous a présenté un homme très bien habillé et nous a demandé si nous accepterions d’avoir ce prisonnier avec nous, qu’il était instituteur et avait du mal à s’intégrer avec les autres délinquants. Il nous a semblé très bien et nous avons dit oui. Ce type pour nous mettre en confiance nous avait prêté des vêtements pour que nous soyons plus présentables pour passer devant la Section-Spéciale, il recevait des colis qu’il partageait avec nous.

Nous apprendrons plus tard, trop tard même, que c’était un mouton que l’on avait introduit parmi nous pour nous espionner.

Un jour, nous avons vu arrivé un nouveau prisonnier, un homme qui nous a dit avoir été parachuté pour apprendre aux maquisards la lutte sans arme et les gestes à faire pour tenter de se sortir d’une arrestation, des trucs simples mais vraiment efficaces. Ce garçon voulait retrouver un ami travaillant à l’hôpital de Tulle, il nous a averti qu’il allait faire le malade pour atteindre son but. Le jour dit, il se roula par terre en poussant des cris affreux. Nous avons tous cogné contre la porte pour alerter un gardien, qui en voyant notre ami a vite appelé une ambulance où nous avons installé notre camarade. L’ambulance est bien partie mais en arrivant à l’hôpital, l’ambulancier a reçu l’ordre de ramener le soi-disant malade. Nous pensons qu’il a été dénoncé par le soi-disant instituteur qui a disparu le même jour.

Nous ne pouvions en aucun cas imaginer à ce moment l'ampleur de l'horreur programmée de l'univers nazi.

 

 

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:04

EYSSES, UNE PRISON DANS LA RESISTANCE

La prison Centrale d'Eysses - les 3 Glorieuses - la fête de la jeunesse et des sports - les changements de direction - l'Insurrection pour la Liberté est déclenchée - la Cour Martiale - Questions-Réponses- Villeneuve-sur-Lot - Portrait d'un collaborateur.
 

--- Prison Centrale d’Eysses

C’est aux premiers jours d’octobre que nous entrons dans ce qui a été pendant de nombreuses années un bagne pour enfants. Sans notre pugnacité, notre solidarité et notre volonté commune il le serait devenu pour nous. Nous sommes 1.200 condamnés à des peines plus ou moins lourdes. En additionnant nos peines nous arrivons au chiffre de 7.300 années.

Je précise qu’à cette époque les condamnés pour opposition au gouvernement collaborateur de Vichy ou pour activité de Résistance devaient être particulièrement brimés. Pour le pouvoir en place nous étions bien plus dangereux que les assassins, les violeurs, les voleurs et les condamnés pour grand banditisme. Il fallait trouver en zone sud  un lieu susceptible de nous accueillir. Trois centrales pouvaient y prétendre : la centrale de Riom dans le Puy de Dôme, celle de Nîmes dans le Gard  et celle d’Eysses dans le Lot et Garonne. Seul M. A.Lassalle, directeur de la Centrale d’Eysse, accepte de nous recevoir.

En l’absence du Directeur de la centrale, c’est le Gardien chef  Dupin qui nous a reçus sans le moindre ménagement. Nous avons été tondus, puis désinfectés sur la tête et les parties génitales avec un liquide qui nous a littéralement brûlés. Une chemise, un caleçon, une tenue de bure, une paire de sabots de bois qui nous blessent les pieds composent notre tenue. Nous sommes ensuite conduits dans les différentes cours (préaux), il y en a quatre.

Je passe les premières nuits dans une cellule « sorte de cages à poules » dont la partie couloir est grillagée pour que les gardiens ne nous perdent pas de l’œil. Les dortoirs que nous rejoindrons plus tard sont équipés de châlits à deux étages.

Dans la journée nous sommes assis sur des bancs de pierre. Au coup de sifflet du gardien, nous devons nous mettre en cercle et au rythme de gauche, droite, gauche nous tournons les bras croisés avec interdiction de parler entre nous. Au bout d’un quart d’heure nous devons nous retourner pour aller dans l’autre sens. Ces rondes infernales rythment nos journées. Les repas pris aux réfectoires ne sont pas meilleurs que dans les autres prisons, mais plus abondants. 

Heureusement dès que la raison de notre incarcération est connue, certains gardiens prennent fait et cause pour nous. A l’atelier de menuiserie, le gardien Dumas est un authentique Résistant.
Nos délégués réclament que les divers services administratifs, ateliers et infirmerie toujours tenus par des condamnés de droit commun, soient assurés par nous-mêmes. Avec l’approbation de la direction il fut facile de trouver des volontaires pour occuper ces divers postes, car tous les corps de métier étaient présents dans le collectif.

Je me porte volontaire avec deux autres camarades pour la lingerie. Je n’y resterai qu’une journée, car le soir au moment de quitter l’atelier le gardien a voulu nous fouiller. Mes deux camarades se sont laissés fouiller à corps, j’ai refusé prétextant que je n’étais pas un droit commun. Comme le gardien insistait j’ai pris un banc en le menaçant. Le gardien a appelé à l’aide déclenchant un vrai scandale. Le gardien chef arrivé à la rescousse ne m’a pas fait céder. C’est seulement en présence de nos représentants que j’ai accepté d’être fouillé. Le lendemain je n’y suis pas retourné, le gardien du service ne voulait plus de moi.

Parmi les 1.200 condamnés, il y a des hommes de toutes origines sociales, de tous horizons politiques, de toutes options religieuses ou athée, tous unis pour la même cause : la libération nationale. Tous sont tombé dans les mailles de la répression pour avoir  lutter contre l’occupation nazie, qu’ils soient distributeurs, imprimeurs de tracts ou de journaux clandestins.

Sur proposition  de M. A.Lassalle directeur de la Centrale, nous élisons   dans chaque préau, des porte-parole chargés de discuter avec l’administration du pénitencier pour apporter des améliorations à notre internement. C’est ainsi que les rondes sont supprimées, que nous récupérons nos effets civils, que nous prenons l’administration intérieure de la prison : l’infirmerie, la lingerie et les ateliers. Les nouveaux arrivants n’auront plus la tête rasée, ils pourront garder leurs effets civils Nous pouvons écrire autant de fois que nous le souhaitons, notre courrier n’est plus ouvert.

Comme il se trouve parmi nous des enseignants, des artistes, des comédiens et des sportifs, nos responsables les invitent à créer des groupes d’études pour maintenir l’esprit de chacun en éveil.
Cette requête présentée au Directeur fut acceptée. Quelques jours plus tard, dans chacun des préaux des groupes d’études entrent en action. Le sport particulièrement car il nous faut garder la forme pour reprendre le combat libérateur.

Je m’inscris pour des cours de philosophie Marxiste dirigés par  Victor Michaut et au cours de comédie. Nous avons présenté avec mon camarade Robert Camp habillé en femme un semblant de comédie musicale, sur le thème « Etoile de Rio ». Je dois avouer  qu’avec nos voix de fausset, nous n’avons pas eu le succès escompté. Mais nous avons bien ri et fait rire, là était l’essentiel.

Nos amis de l’extérieur améliorent notre ordinaire en organisant des collectes, chaque jour un camion de vivres arrive à la Centrale.

 

Cette photo a été prise clandestinement par un appareil rentré grâce à la complicité d'un gardien patriote comme nous en avons eu beaucoup dans cette centrale où nous étions 1.200 résistants condamnés à des peines plus ou moins lourdes voir à perpétuité.

photo-de-groupe.jpg

Je suis à genoux à gauche sur la photo, les 3 camarades debout sont décédés depuis longtemps. Celui du centre Jean Delbos a été mon chef de groupe. Celui qui est à ma droite genou à terre Robert Camp est toujours vivant et nous entretenons toujours une correspondance.
 

Les trois glorieuses : Ces trois journées d’actions ont été baptisées ainsi en référence aux 27, 28 et 29  juillet 1830 qui mirent fin au règne de Charles X.

Début décembre 1943, le collectif d’Eysses a grossi de 156 internés administratifs, des camarades qui n’avaient rien à faire en prison puisqu’ils n’avaient jamais été jugés.

Dés l’arrivée  au pouvoir de Pétain et  de ses acolytes, toutes les  administrations furent  purgées : les responsables syndicaux, les  communistes  et les socialistes jugés aptes à contaminer les autres fonctionnaires furent arrêtés et mis dans des camps administratifs, pas vraiment en la prison, mais ils étaient quand même privés de liberté.

Ces internés qualifiés d’irréductibles par Vichy, s’élevaient contre le système inique qui les maintenait dans un bagne alors qu’ils n’étaient ni condamnés, ni même inculpés.

En réponse à leurs protestations, 109 internés sont désignés pour partir. Départ fixé pour le 8 décembre. Dans la matinée des délégués de ce collectif, se mettent en rapport avec nos représentants pour les prévenir de ce départ. Quatre heures plus tard la colonne quitte la centrale pour rejoindre la gare. Ils y déploient un drapeau tricolore et chantent la Marseillaise. Le train arrive, ils prennent place dans les wagons tout en chantant des airs patriotiques. Ils apprennent à  23 heures que leur départ est remis et qu’ils reviennent à la centrale.

Alors qu’ils ont regagné leur dortoir, le bruit court qu’ils vont être envoyés près du camp de Voves en zone Nord sous contrôle Allemand. Avec l’assentiment de l’ensemble de notre collectif, les délégués décident de s’opposer au départ des administratifs.

Le vendredi 10 décembre, alors qu’il fait encore noir des G.M.R investissent la centrale et tentent en se servant de grenades lacrymogènes de faire sortir les internés. Mais l’ensemble du collectif veille. De dortoir à dortoir  l’alerte se déclenche, les portes sont défoncées. En quelques minutes plus d’un millier de détenus se portent au secours de leurs amis.

La tactique adoptée est celle de l’affrontement de masse, le collectif s’érige en Bataillon de la Résistance. Au coude à coude,  se tenant par le bras et chantant la Marseillaise le millier d’hommes progressent face au peloton de policiers en armes.

Plus que cinquante mètres nous séparent du peloton de G.M.R, armes braquées sur nous. Au premier rang se trouvent nos délégués. Alors qu’il ne reste plus que vingt mètres, Victor Michaut interpelle les G.M.R. : « Oserez-vous tirer sur des Français ? Marchez plutôt avec nous contre les Allemands. Conduisez vous en Français ».

Plus que quinze mètres : un incident se produit qui déconcerte les G.M.R.. Un des détenus, le savoyard René Rouet sort du 2ème rang et appelle par son nom le Capitaine des G.M.R. le salue militairement, se place face à lui au moment où semble t’il, il allait donner l’ordre de tirer. Le regard du Capitaine croise celui de René Rouet qu’il reconnaît à son tour (il a été son capitaine au 28ème R.I..L ) :

  "Toi ici, Rouet ?"

" Oui mon capitaine. Nous étions ensemble au printemps 40 sur le même front contre les Fritz. Vous me connaissez, vous ne pouvez pas tirer sur nous".

Le capitaine ne dit mot et les G.M.R. sont sidérés. Nos deux principaux délégués Fuchs, Gaulliste, et Auzias, Communiste, s’avancent d’un pas ferme et disent au capitaine : « Maintenant faites sortir vos hommes de la prison et faites venir votre chef ».

L’intendant régional de la police Hornus arrive, accompagné du chef de cabinet de la sous préfecture de Villeneuve-sur-Lot et tente d’amener le capitaine des G.M.R. au geste fatal.  Auzias toise le policier  et lui dit « Sachez que nous ne permettrons pas la déportation de nos amis internés administratifs en zone occupée.

« Faites retournez vos camarades dans les dortoirs ».

Stéphane Fuchs réplique : « Il ne serait en être question, que vos hommes se retirent d’abord, nous resterons jusqu’à se que vous ayez fait évacuer toutes forces de police hors de la prison ». Une vibrante Marseillaise s’élève du Bataillon et Hornus à contre cœur ordonne aux policiers de quitter la cour. Il assure que les internés resteront  dans un camp en zone libre. Ce qui désormais devient le Bataillon d’Eysses vient de remporter une nouvelle victoire. ( Hornus arrêté à la libération et accusé d’intelligence avec l’ennemi fut condamné à mort et exécuté à Toulouse le 16 décembre 1944.)        

Parmi nous le commandant Bernard, deux sous-officiers et un groupe d’une cinquantaine de camarades préparent dans la plus grande discrétion les conditions d’une évasion collective.

Dans les sacs de denrées collectés, sous les vestes des gardiens patriotes, dans une caisse de biscuits à double fond, les résistants le l’extérieur nous font parvenir des mitraillettes Sten en pièces détachées, des grenades, des revolvers. Une réunion autour de l’économe réunit Auzias représentant le Bataillon et Maurange un envoyé de la branche Front National de Libération : il ne suffit pas de préparer une évasion collective, il faut organiser les placements dans les divers secteurs de combat.

 

La fête de la jeunesse et des sports : Le 16 janvier 1944, sous la direction des camarades Etienne Laval responsable des jeunes et Henri Entine responsable des sports, s’organise dans une certaine euphorie, la fête de la jeunesse et des sports.

Avec les châlits nous formons des tribunes, au centre du préau 2 un mât se dresse et la cérémonie commence par le lever des couleurs et une vibrante Marseillaise. Un beau drapeau Bleu Blanc Rouge va flotter toute la journée au-dessus des compétiteurs. Les compétitions inter préaux vont se dérouler toute la journée. Notre préau remporte la coupe  Les personnels du pénitencier ne sont pas les derniers à applaudir les athlètes

 

Les changements de directions : Fin janvier le directeur M. Lassalle fait appeler nos délégués et leur annonce qu’il quitte la centrale sur ordre de l’autorité. Il est accusé d’avoir transgressé les règles disciplinaires de la prison. (Il n’est pas exclus que se soit le gardien chef  Dupin Vichyste et collaborateur qui ait dénoncé son directeur auprès des autorités, car il ne se cachait pas pour dire que la centrale n’était pas comme il l’aurait souhaité). Nos camarades lui font comprendre que cette mesure de disgrâce  peut être dangereuse pour lui, qu’il devrait nous ouvrir les portes et se mettre sous notre garde. Bien sûr, il refuse.

 Le Directeur suivant  Chartroul ne reste que deux jours à son poste. Le lendemain de son arrivée avec des intentions très nettes de rétablir la discipline carcérale, il trouve un petit cercueil sur son bureau, prend peur et demande sa mutation.

Après le départ de Chartroul, un ami personnel de Darnand chef de la milice cette police supplétive réclamé par Hitler pour seconder la gestapo dans ses basses besognes est nommé. Il est colonel dans la milice, s’appelle Schivo et compte bien rétablir la discipline du bagne. La venue de ce directeur-Führer qui salue à l’hitlérienne, s’accompagne de sévères mesures et un retour à la discipline carcérale, avec lui arrivent d’autres miliciens des tueurs : Robert dit « Alexandre » et Latapie, deux spécimens du milieu, condamnés de droit commun qui seront ses gardes du corps. Il y a aussi son épouse Elisabeth Schneiderborn, ancienne membre de la jeunesse hitlérienne.

Schivo n’est pas le fonctionnaire d’une vieillotte administration, mais le vrai fasciste prêt à sortir le révolver. En circulant dans une cour il entend  les strophes d’un chant patriotique il se précipite arme au poing : « taisez-vous ! » ordonne-t-il « taisez-vous ou je tire ! » mais le chant continue, ceux qui chantent sont de nouveaux arrivants qui portent une cocarde bleu blanc rouge accrochée au veston. Le milicien furieux arrache une cocarde qu’il trépigne avec rage mais la Marseillaise couplet après couplet continue et  est  reprise par les autres détenus, elle gagne toute la centrale.

Nos tenues civiles sont à nouveau interdites. Nous devons remettre la tenue infamante de bagnard. Notre courrier comme nos colis sont ouverts et délestés de certains produits. Les portes de séparation des préaux sont murées. Des détenus de droit commun sont introduits parmi nous pour rapporter ce qu’ils entendent. Dans les miradors les gardiens sont remplacés par des miliciens. Des mirador en acier et orientables sont ajoutés à ceux existants car ils craignent une attaque de l’extérieur. Nous n’allons au réfectoire que par petits groupes. Les vivres venant de l’extérieur sont refoulés.

Heureusement certain gardiens refusent l’application des anciennes mesures disciplinaires comme la marche en cercles au pas cadencés Cela m’empêche pas les détenus de cacher deux gros madriers destinés à servir de béliers en cas de nécessité.

Face à cette situation qui se dégrade de jour en jour, aux nouvelles qui nous arrivent et annonce les combats pour la libérations du pays, combats auquel nous souhaitons tous participer nos camarades responsables ont une volonté commune de précipiter le mouvement. Ils tombent d’accord pour l’application du plan soumis par Bernard le responsable militaire. Ce plan consiste à utiliser la première occasion qui se présentera.

Pour tromper Schivo les camarades semblent se plier de bonne grâce à la nouvelle discipline. Schivo pense avoir gagné et fier de son succès  fait venir une commission spéciale de contrôle pour constater la fermeté de l’actuelle direction du pénitencier.

L’inspection tarde et les hommes de choc prêts à l’action, seuls avertis de ce qui se prépare s’impatientent. Vers 14h 45 un ordre leur parvient :  « Soyez sur vos gardes ! »

 

L’insurrection  pour la liberté est déclenchée : Par la terrasse de la cour d’honneur le groupe de gens de Vichy mené par Schivo gagne la porte blindée, celle-ci se referme lentement. Un mot fuse « attention Schivo arrive au préau N° 1 ».  En silence dans un ordre hiérarchique, pénètrent l’inspecteur, Schivo, Latapie, le sous-directeur Ludacher, l’économe ferme la marche. Toujours précédés du gardien, les visiteurs s’engouffrent dans le foyer-chauffoir du préau 1. Latapie hurle dés l’entrée  « Garde à vous ! ». Deux cent détenus se figent dans un  garde à vous règlementaire. Schivo avise sur le mur une fresque peinte par des patriotes représentant un coq gaulois au milieu d’une carte de France éclairée de rayons d’un soleil levant . Il s’empourpre et veut des explications. Pascal au premier rang répond calmement au milicien. « Cette fresque ?  Elle représente le soleil qui luira demain sur la France Libérée ».

Schivo ne souffle mot et de sa large carrure prétend écarter les patriotes qui l’entourent. Au seuil de la porte le mouchoir du capitaine Heyries  vient de toucher le sol , il est 15heures, l’heure de l’insurrection a sonné. Les patriotes se rapprochent du directeur qui soudain inquiet dégaine son revolver. Il n’a pas le temps de tirer une main lui saisit le poignet, deux autres le cou. En moins de deux minutes il est bâillonné, saucissonné et mis hors d’état de nuire ? Même notre ami l’économe est attaché pour ne pas le compromettre.

L’opération se déroule d’une seule traite avec un tel sang froid que nul ne connaît à l’exception d’un petit groupe d’initiés réunis au préau N°2. Quand Léopold Roques nous demande de le suivre jusqu’à la chapelle nous ne savons rien et les gardiens dans les miradors nous voit prendre l’allée sans broncher car eux non plus ne savent pas ce qui se passe alors que toute l’administration est déjà en cellule et que notre Commandant militaire Bernard a déjà revêtu l’uniforme et la casquette à étoile d’un gardien et que d’autres camarades sortent des cachettes les pièces de mitraillettes pour les remonter. 12 mitraillettes : c’est peu comparées aux armes entre les mains des policiers.

Des groupes de chocs prennent possession des services auxiliaires où les gardiens sont à leur tour arrêtés et mis en cellule une fois déshabillés. Lors de cette évasion nous devons quitter la Prison Centrale en formation, entourés de gardiens, comme si nous étions mutés sur un autre site. Un gardien ami est envoyé vers le brigadier Delpet  gardien milicien borné. « Monsieur Delpet le Directeur vous demande ». Le zélé gardien court presque pour aller trouver son directeur, mais quand il pousse la porte il est arrêté et à son tour mis en cellule.

Il faut maintenant selon un plan préparé : occuper le poste de garde des surveillants, occuper le central téléphonique, empêcher d’agir le poste de commandement des gardes mobiles et des G.M.R.. C’est là, qu’un incident qui peut paraître bénin, va tout remettre en question.

Une corvée de droits communs, venant du camp est venue chercher des paillasses. Ils voient au détour d’un couloir le groupe désigné pour aller prendre le poste de commandement, ils crient et donnent l’alerte. Tenant son révolver braqué le capitaine des G.M.R. Guillevic apparaît escorté d’un milicien armé d’un pistolet mitrailleur.

« Rentrez dans vos préau ! » dit Guillevic. Il s’approche de nouveau et se trouve nez à nez avec la mitraillette que tient  Jean Chauvet. « Ah les salaud ! »hurle-t-il en se sauvant. Jean appuie sur la gâchette mais le coup ne part pas, la porte blindée se referme sur lui.

Le sort en est jeté, il faut passer du soulèvement silencieux à l’insurrection armée.

Des camarades tentent de rattraper  Guillevic mais une mitraillette ouvre le feu et notre commandant Bernard reçoit une balle au genou.

Un camarade lance une grenade pour faire taire la mitraillette G.M.R. Son action paye car il y a un aie de douleur et la mitraillette ne tire plus. D’un peu partout des fusils mitrailleurs entrent en action.

Un camarade me demande d’aller voir vers le parloir s’il n’y a pas une issue possible, je pars accompagné par deux copains. Au moment où je vais ouvrir la porte un des copains me tire en arrière,  il prend un bout de bois et pose son béret dessus puis le glisse par la porte entrouverte, le béret est percé par une balle. Cette partie est occupée par les G.M.R.

Le groupe de Pelouze veut tenter une sortie en démolissant un mur de briques qui cache une porte au pied d’un mirador. Les premiers coups de pioches alertent les miliciens du mirador qui ripostent en lançant sur nous des grenades. 

Pelouze nous demande d’aller chercher des paillasses pour nous garantir des éclats de grenade. En montant au dortoir je vois Léopold Roques qui de sa voix rocailleuse de catalan interpelle les occupants du mirador, en leur disant de ne pas tirer sur des Français qui se battent pour libérer le Pays. Les miliciens répondent par des tirs nourris Pour se garantir des éclats nous avançons vers la porte recouverts de paillasse. Soudain une grenade roule sous celle d’Aulagne il veut la reprendre pour la relancer vers les miliciens, mais elle éclate au moment où il  la ramasse. Criblé d’éclats, il a la main et le bras gauche en lambeaux. Il est amené à l’infirmerie où le Docteur Weil tente l’amputation. « Ce n’est pas la peine » dit Aulagne… « Ne vous occupez plus de moi… pensez à la porte aux copains ». Avant de mourir il dira : « j’aurais tant aimé réussir », et dans un dernier souffle « Adieu les gars !... heureux…pour la France je meurs ».

Les tentatives continuent mais la fin des combats s’annonce inévitable car nous n’avons plus de munitions et de nombreux blessés.

Tout à coup le téléphone sonne. Auzias demande à parler au Sous- Préfet mais le dialogue tourne court quand il apprend que les SS sont autour de la Centrale avec leur artillerie. Il explique aux copains ce qu’il vient d’entendre. La sonnerie retentit de nouveau. Auzias décroche . C’est le Capitaine des G.M.R. qui lui annonce que les Allemands sont prêts à bombarder les parties de la prison tenues par les insurgés dés 4 heures si d’ici là les armes ne sont pas déposées, les otages libérés et si nous n’avons pas rejoint nos dortoirs.

Les copains amène Schivo les yeux bandés prés du téléphone. « Vos maîtres les Allemands menacent de bombarder la prison dans quelques minutes. Vous imaginez ce qu’il adviendra de vous dans ces conditions ? nous avons décidés de ne plus prolonger le combat. Mais nous entendons qu’aucune représailles ne soit exercée contre nous ».

« Allo, Allo !…c’est le capitaine des G.M.R. ». Le téléphone est tendu à Schivo

« Allo ! Vous reconnaissez ma voix. Ici le directeur Schivo. Oui ça va bien. Ces messieurs ont été corrects. Ils se sont conduits en soldats. Je leur ai donné ma parole d’officier qu’il n’y aurait pas de représailles. D’accord ? faîtes cesser le feu ».

« Oui ! Ils demandent un délai d’une heure ».

Nous savions pour en avoir fait les frais ce que la parole d’honneur d’un milicien valait même celle d’un officier. Nous n’avions pas le choix.

Il est 5 heures, quand nous regagnons nos dortoirs respectifs la rage au cœur, nous venions de perdre la plus importante des batailles en jurant de rester unis en vue d’autres combats.

 

La Cour Martiale : « Ceux qui vivent ce sont ceux qui luttent » (Victor Hugo)

Pendant les deux jours qui suivent, nous sommes tous consignés dans nos dortoirs. Mais ces quarante–huit heures passées, le 20 février 1944, à l’aube, les gendarmes et les miliciens investissent la prison. Aux angles des préaux, sur les toits, à toutes les portes intérieures, des policiers sont prêts à tirer sur tout ce qui bouge.

Dans l’après midi, Joseph Darnand, le secrétaire d’Etat au maintien de l’ordre, exécuteur des basses œuvres, arrive en personne à Eysses. Une vaste opération de répression se déclenche. Après avoir été fouillés, nous devons rejoindre les chauffoirs. Pas un seul centimètre de notre corps et de nos vêtements n’échappent à cette minutieuse fouille. Les objets familiers : photos de famille, lettres, sont déchirées. Les médaillons avec photo d’un être cher sont brisés sous les talons rageurs des miliciens. Les mouchoirs sont supprimés. Si les policiers de Toulouse ne font pas trop d’excès de zèle, ceux de Limoges par contre sont d’une brutalité extrême, les questions fusent : « Qui commandait ton groupe ? As-tu tiré ? ». Les coups tombent et certains copains sont en sang.

Le surveillant chef Dupin tient le registre d’appel et désigne des copains qui sont mis à l’écart. Au chauffoir du 4, je vois mon ami Louis Guiral être mis de coté, puis Gabriel Pelouse à son tour est désigné par Dupin.

Au chauffoir 2, Dupin s’impatiente car Henri Auzias ne vient pas assez vite à son gré, car il dit à ses copains avant de les quitter : « Dans la lutte, quand le moment est venu de dire adieu à la vie, il faut savoir prendre ses responsabilités. Si j’y suis, soyez certains, amis que je saurai mourir ». « Auzias » répète Dupin furieux..« Voilà j’arrive » répond tranquillement Auzias en regardant une dernière fois ses copains.

Quand les trente gendarmes viennent chercher ceux qui ont été désignés pour les conduire au quartier cellulaire Filhol reconnaît parmi eux un gendarme de Monflanquin avec qui il a pris plusieurs fois l’apéritif, le gendarme a aussi reconnu  l’enchaîné qui marche à coté de lui « que faites-vous là ? » murmure t’il. «  J’y suis contre mon gré » répond le gendarme.« Moi aussi » rétorque Filhol.

Avant de disparaître dans le couloir menant aux cachots du quartier cellulaire Victor Michaut qui nous faisait les cours sur Marx et Engels Lance un : «  Vive la France » qui se répercute vers le préau 2.

La sélection terminée, des camarades sont encore interrogés toute la nuit des 22 et 23 février dans la cave située sous l’appartement de Schivo,  les miliciens voudraient d’autres noms… Mais pas un nom, pas un aveu ne sortira malgré les menaces et les coups.

Darnand n’ayant rien obtenu des suppliciés repart pour Vichy où le conseil des ministres se réunit sur sa demande et nomme une cour martiale qui arrive à la centrale le 22 dans la soirée. Le 23 février, à sept heures du matin douze des cinquante otages sont jugés et condamnés à morts.

A la même heure dans la cour d’épandage de la centrale, douze poteaux d’exécution se dressent à deux mètres l’un de l’autre. Le curé et le Pasteur, aumôniers attachés à la prison arrivent, les condamnés écrivent quelques mots pour leur famille, la plupart seront déchirés.

A quelques pas des poteaux d’exécution Auzias lance d’une voix ferme le verdict de la Résistance : «Schivo : condamné à mort ! Alexandre - condamné à mort ! Lieutenant Martin : condamné à mort ! Dupin : condamné à mort ! »

Les douze condamnés chantent la Marseillaise et refusent qu’on leur bande les yeux mais une cagoule leur est passée de force.

«Vive la France ! Vive la France ! », crient en cœur les douze avant de reprendre la Marseillaise. Le sabre de Martin s’abaisse, la Marseillaise est interrompue par les rafales qui viennent d’ôter la vie aux 12 patriotes, elle est reprise par l’ensemble des 1.200 résistants emprisonnés.

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Monument à la gloire des 13 Patriotes Résistants condamnés à mort par la cour Martiale présidée par Joseph Darnand chef de la milice et collaborateur des nazis. Ce monument se trouve au cimetière d’Eysses, il rend hommage à :   

Louis AULAGNE qui attrapa une grenade lancée par les miliciens du mirador pour la renvoyer aux expéditeurs ; elle éclate dans sa main, il meurt criblé d’éclats et à : Gabriel PELOUSE, Fernand BERNARD, Jean-Joseph STERN, Jean CHAUVET, Roger BRUN, Jean VIGNE, Henri AUZIAS, Bernard-Jaimes SEROT, Emile-Félicien SARVISSE, Baptiste MARQUI, Bertrand SERVETTO, Louis GIRAL.

 

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Sur cette photo : le mur où à l’aube du 23 février 1944 les poteaux d’exécutions se dressent, mes camarades seront fusillés quelques minutes plus tard par des Gardes Mobiles de Réserves (GMR) sous les ordres du lieutenant MARTIN.

Durant la dernière demi-heure, les condamnés écrivent quelques mots à leur famille. Ces lettres seront déchirées par l’épouse de SCHIVO Directeur de la Centrale, milicien, un ami intime de DARNAND.

« Vive la France ! Vive la France ! »

crient en cœur les 12 Patriotes avant d'entonner le chant du départ

"Un Français doit vivre pour elle, pour elle un Français doit mourir"

coupé net par la salve du peloton d'exécution. De tous les préaux de la centrale où sont consignés les Patriotes une vibrante Marseillaise vengeresse s’élève.

 

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Sur cette photo : cérémonie du 23 février 2009 rappelant cette tragédie. Cette partie de la prison centrale toujours en activité est aujourd’hui un lieu historique de  recueillement.

 

L'IMPOSSIBLE OUBLI 

Ne me demandez pas aujourd’hui d’oublier

Même si je le voulais je ne le pourrais point

Il y a tant d’horreurs liées au temps passé

Rien que les évoquer me fait serrer les poings

 

Dans mes cauchemars, dans mes nuits d’insomnie

Je revois les poteaux où furent exécutés

Mes douze compagnons Résistants confirmés

Qui avaient refusé l’occupation nazie

 

Si triste de savoir que ceux qui les ont tués

Croyaient de bonne foi être du bon côté

Aux ordres de leur chef le sinistre Darnand

Qui n’était qu’un servile valet de l’occupant

 

Et je pense au sourire de mon ami Guiral

Lorsque nous partagions l’univers carcéral

Aujourd’hui il est mort, les miliciens l’ont tué

Pour avoir trop aimé la vie, la liberté

 

Je n’oublie pas non plus nos douze compagnons

Tombés aux champs d’honneur pour les mêmes raisons

Que ce soit Jean Chauvet, Aulagne, Brun, Marqui,

Auzias, Serot, Vigne, Pelouse mon ami

 

Stern, Sarvisse, Bertrand Bernard ou Servetto

Dénoncés par Dupin et le sinistre Chivo

Juste avant de mourir, d’une voix de stentor

C’est Auzias qui condamne ses assassins à mort

    Jean Lafaurie  -  Matricule 407 à Eysses

 

Le passage à la centrale d’Eysses a été pour moi riche d’enseignements, je ne parle pas des lieux qui comme toutes les prisons de l’époque étaient lugubres, mais de l’ambiance qui régnait au sein de chaque préau. Nous venions tous de régions différentes, de milieux différents et de sensibilités politiques ou religieuses différentes, mais nous avions en commun au cœur une chose beaucoup plus importante que nos différences géographiques, politiques, sociales ou philosophiques à défendre : libérer notre patrie du joug de l’ennemi nazi et d’un gouvernement à sa botte.

Depuis de nombreuses années, il ne m’est plus possible de me rendre aux rassemblements de notre amicale, ce que bien sur je regrette, car 65 ans après les anciens camarades d’Eysses ou les veuves de nos camarades décédés souvent accompagnées de leurs enfants voire de leurs petits enfants  se retrouvent à Paris ou à Villeneuve-sur-Lot pour rendre à leurs martyrs, l’hommage ô combien mérité. Si ces retrouvailles sont marquées par l’émotion, elles sont aussi marquées par la joie d’être réunis. Dans les instances de l’Amicale, les fils, les filles, conscients de l’importance de pérenniser la mémoire de ces combats pour la liberté viennent reprendre le flambeau de ceux qui vaincus par la maladie ou l’âge avancé ne peuvent plus le faire. Eysses comme tout ce qui a trait à la Résistance ou à la Déportation ne peut pas et ne doit pas s’éteindre. Dans quelques jours, je vais re-commencer mes interventions dans les collèges et lycées, et je sais que les jeunes veulent tout savoir sur cette époque trouble de notre histoire.

 

Question posée par un professeur d’histoire au sujet de cet article :

Pourquoi votre tentative d’évasion collective a-t-elle échouée. Est-elle due à une mauvaise préparation dans la logistique ou à la trahison de certains dirigeants ?

 Non rien de tout ça ! Je vais vous donner les raisons de l’échec que j’appendrai bien plus tard,certaines publiées dans l’Express du 26 mars 1959. trouvées dans les cahiers de l’Histoire de la Résistance

Le 23 décembre 1943, afin d’établir des contacts directs avec les formations de résistants, un de nos camarades Kléber (de son vrai nom Fenoglio) mais qui pour l’opération s’appellera Tanger est désigné pour s’évader et rencontrer les responsables de la résistance.

Pour s’évader, il se cache avec la complicité d’un gardien de la saboterie, dans une caisse, au milieu de sacs remplis de copeaux. Tout est près pour le départ, mais le moteur de la camionnette refuse de démarrer. Des gardiens, dont certains hostiles à notre mouvement, se proposent pour pousser le véhicule, le moteur ronfle c’est gagné. Mais un surveillant chef bloque la camionnette, il veut fouiller minutieusement le chargement. Nos délégués Auzias et Fuchs qui de loin suivent la scène décident de faire intervenir le gardien Patriote Dumas qui arrive au moment où un gardien trop zélé commence le déchargement, il s’interpose : « vous n’êtes pas cinglés ?  - Laissez tomber ! - un camion de bois arrive dans quelques minutes - Il n’y a que des copeaux là-dedans ». Les sacs déchargés sont remis en place et la camionnette,  conduite par Bouvard, un résistant patriote de Villeneuve–sur-Lot auquel les détenus d’Eysses doivent beaucoup, passe la porte de sortie. L’évasion ne sera découverte que le 20 février 1944.

Le 2 janvier 1944, Kléber rencontre Ravanel, le responsable national des Groupes Francs  dépendant directement de la C.O.M.A.C. (Comité d’Action Militaire du CNR) qui sera à la libération le jeune colonel commandant F.F.I de la région de Toulouse. Le lendemain Ravanel repart pour Paris après avoir dépêché Kléber vers Toulouse pour rencontrer Joly, chef régional G.F de R4 du mouvement combat qui doit lui remettre un dépôt d’arme.

Un dispositif assez exceptionnel centralise tout ce que la résistance extérieure peut donner à l’appui du Bataillon d’Eysses lorsqu’il déclenchera l’insurrection.

Quarante résistants des groupes de choc de Lyon, Dix de Marseille et autant de Toulouse soutiendront la sortie des patriotes. Les Soixante hommes munis de mitrailleuses et de mortiers, tiendront les principaux carrefours et interdiront l’arrivée des renforts vichystes. Les soixante résistants sont des combattants entraînés.

En même temps s’organisent le transport, l’habillement, le camouflage des hommes libérés, des dizaines de Citroën sont prévues pour conduire les patriotes évadés vers les régions boisées du Périgord. En moins de 24 heures, l’appareil est mis sur pied. Cette partie de l’opération a pour nom « Monga ». L’action est prévue pour la semaine entre Noël et jour de l’an, mais une confirmation doit être donnée à la direction (notre poste de commandement) du Front National de la prison centrale et bien sur au responsable National des Corps auprès du C.O.M.A .C.  La confirmation tarde et finalement n’arrive pas.

Nous apprendrons en 1959 par le Journal l’Express publiant des extraits de « l’Histoire de la libération) que Joly en apprenant que Tanger était communiste, avait refusé de lui livrer les armes promises. Tanger ayant perdu confiance à la volonté de la C.O.M.A.C, a rompu les contacts. Quelques semaines plus tard, l’état major du bataillon d’Eysses décide de tenter seul sa tentative d’évasion collective sans aide extérieure.. Ce fut l’échec suivi de la répression féroce. Vous connaissez la suite.

Le refus de Joly n'est-il pas une trahison ?

Le refus de Joly peut être considéré comme une trahison, mais à cette époque : on se méfiait de tout. Tout était risqué ! Combien de réseaux sont tombés dans les pièges tendus par la Milice ou la Gestapo Française (*). Le Gouvernement faisait courir des rumeurs prétendant que « l’épouvantail communiste »  faisait de la résistance pour son propre compte, ce qui était faux.

Le mouvement  Franc Tireur et Partisan (F.T.P) a été créé par Charles Tillons sans l’aval du Parti Communiste. S’il se composait de beaucoup d’anciens militants communistes, il y avait aussi beaucoup de volontaires non communistes.

Début 1942 , Jean Moulin à son retour de Londres, est missionné par le Général de Gaulle pour coordonner les actions et les différents mouvements de résistance.

Le 28 août 1942, les groupements de résistances  F.T.P., Combats et Libération, à la demande de Jean Moulin se placent résolument sous le commandement du général Delestraint au pseudonyme de « Vidal ».

Les rumeurs persistent, Joly croit encore à cette rumeur, il est peut-être plus anticommuniste que résistant et refuse son concours à Tanger, délégué du collectif d’Eysses composé de toutes les tendances politiques.

 D’où l’importance du rôle de Jean Moulin, qui fait taire ces rumeurs mensongères, et au retour de son entrevue avec le général de Gaulle crée le Conseil National de la Résistance (qui se réunit pour le première fois le 27 mai 1943) pour que les nombreux groupes et groupuscules épars, se regroupent et se retrouvent sous une seule et unique formation militaire « les Forces Françaises de l’Intérieur » (FFI) qu’il place sous le commandement  du général Charles Delestraint. Il faudra quelque temps pour que sur le terrain cette volonté devienne réalité.

  (*) voir en fin d'article précisions sur la collaboration : portrait d'un collaborateur.


Villeneuve-sur-Lot

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Cet autre monument érigé par la municipalité de Villeneuve-sur-Lot, prouve l’attachement de cette ville, à ceux qui le 23 février 1944 sont morts pour avoir défendu la liberté. 
Il faut savoir que cette ville a été d'une grande bonté pour les Patriotes Résistants enfermés à la centrale.Chaque jour des vivres collectés dans la ville et la campagne environnante arrivaient à la centrale.

 

Suite à l’exécution des 13 Patriotes, des appariteurs et des gendarmes sillonnaient la villepour demander aux gens de ne pas déposer de fleurs sur les tombes des fusillés, sous peine d’être arrêté. Malgré cette interdiction et les menaces qui l’accompagnaient, chaque matin les tombes étaient couvertes de fleurs, enlevées par les Gendarmes et renouvelées aussitôt. Un matin les gendarmes découvrirent un calicot tendu au dessus des tombes sur lequel on pouvait lire, « Gloire au 13 Patriotes morts pour la France »

 

L'Amicale des Résistants, Patriotes, Emprisonnés à Eysses  a voulu par cet ouvrage redonner au Collectif d'Eysses sa juste place dans l'histoire.

essais642.jpgCe livre   est disponible à : L'Amicale des Anciens d'Eysses - 10 rue Leroux - 75116 PARIS

 

Deux photos de Villeneuve sur Lot et la rivière qui la traverse le Lot

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Si vous passez un jour dans cette belle région du Lot et Garonne et cette belle ville de Villeneuve–sur -Lot arrosées par le Lot et connue pour ses fameux pruneaux d’Agen;je vous recommande d’aller visiter le musée racontant la vie et les luttes des Patriotes embastillés dans cette prison centrale. Vous pouvez même aller voir le mur des fusillés.


(*) La collaboration : Portrait d’Henri Chamberlin.

Henri Chamberlin est une figure dominante de la collaboration entre la pègre et la Gestapo, voire la milice. Pendant quatre ans, ce sinistre individu qui se fait appeler « Monsieur Henri » par ses sous-ordres, interdit de séjour en raison de multiples condamnations, va se mettre à la disposition de la gestapo.

Dès juin 1940, il se lance dans le marché noir pour le compte des services de l’hôtel Lutétia, siège de la Gestapo. Il achète tous les produits alimentaires et avec l’appui d’un ex compagnon de captivité, Max Stoklin, agent de la Gestapo, ouvre un premier magasin, rue Tiquetonne. C’est là que les permissionnaires allemands viennent acheter les produits de qualité qu’ils ramènent en Allemagne.

Les affaires vont tellement bien, qu’il ouvre deux autres magasins, un rue Cadet, l’autre rue du Faubourg  St Antoine. Il achète tout, blé et maïs par tonnes, du bétail, des fourrures, des bons vins, du champagne très apprécié par  les nazis et son ami Max Stoklin, qui le présente aux deux principaux responsables du Lutétia : Otto Brandl, agent spécial de l’Abwehr qui règne durant toute l’occupation sur un empire « bureau des achats », et Radecke, officier de la Wehrmacht, amateur de femmes et de virées nocturnes.

Lafont les amuse,  ils l’admirent malgré une enquête vivement menée qui les éclaire sur le passé de ce repris de justice. Cela ne les inquiète pas, ils pensent même avoir barre sur lui. En fait c’est lui qui, par des manœuvres de compromissions, a barre sur eux. Il devient même « intouchable ». Son commerce devenant de plus en plus  fructueux, il a besoin de personnel. Il pense à ses anciens copains, truands notoires, incarcérés  à la prison de Fresnes. Il va donc, accompagné du capitaine  de la Wehrmacht  Radecke à la prison.

Radecke montre au directeur un ordre qui ne se discute pas, et lui dit d’ouvrir toutes les cellules. Le directeur affairé voit que ce n’est plus le capitaine, mais le français qui commande, montrant du doigt celui qui l’intéresse, c’est lui qui  dit : « libérez-le ! ». 27 truands seront libérés par Lafont.

La libération des 27 truands met le colonel Reile dans une colère noire, il ordonne au capitaine Schaeffer d’arrêter Lafont, mais averti par Radecke, ce dernier se cache.

Depuis Six mois l’Abwechr recherche l’un des chefs de la Résistance Belge Lambrecht qui  serait réfugié dans le Sud-Ouest. Radecke voit là un moyen de remettre Lafont sur les rails. Il doit retrouver Lambrecht et le livrer à la Gestapo.

Une première  piste le conduit à Bordeaux, où un informateur lui dit que Lambrecht  réside à Toulouse, il lui donne même l’adresse. Muni de ces renseignements, il remonte à Paris pour informer ses  acolytes Radecke et Brandl de ses  découvertes, qu’ils vont transmettre au colonel Reile. Lafont a carte blanche, il obtient des armes, des uniformes allemands, les auweiss (laissez-passer) nécessaires, et beaucoup d’argent. Il veut réussir l’affaire sans les Allemands. Pour l’opération, il prend trois de ses hommes : Robert dit le « le fantassin », De Hirbes dit « la rigole » et d’Estebéteguy, un tueur, dit « Adrien la main froide ». Ils louent une voiture et foncent à Toulouse. A l’adresse indiquée, il trouve Lambrecht en train de se raser. Ils l’assomment, ils le ligotent, ils prennent ses documents et l’enferment dans le coffre de la voiture qui se dirige sur Bordeaux où Lambrecht est remis au mains de la Gestapo. C’est Lafont et ses trois autres truands qui vont conduire l’interrogatoire. Pendant trois jours et trois nuits sans interruption  Lafont et ses complice vont s’acharner sur Lambrecht qui brisé, réduit à l’état d’une loque sanglante finira par craquer et donner tous les détails sur le réseau qu‘il dirigeait avec des antennes à Bruxelles, Paris, Anvers, Amsterdam et même à Berlin. Plus de six cents personnes furent arrêtées suite à ses aveux.

Lafont remonte en grâce, il reçoit même l’accolade de celui qui devait l’arrêter.

En mai 1941, il prend pour quartier général un hôtel particulier, au 93 de la rue Lauriston dont le jardin l’enchante. Il continue à recruter dans le milieu, Paulo du Helder dit « la gamberge »

Charles Cazauba, Miclar qui se spécialisera dans la dénonciation des juifs, Riri l’Américain proxénète, Abel Danos dit  « le Danois », dit aussi « le sanguinaire », Chaves dit « nez de braise », Raymond Richard et sa régulière Simone Vernhes qui en mai 1944 feront arrêter en une seule journée soixante Résistants.

C’est en compagnie de cette aristocratie du crime que le sinistre Lafont inaugurera son installation à l’hôtel Lauriston avec comme invités d’honneur le colonel à scrupules Reile, le capitaine Radecke, Otto Brandt et Boemelburg, l’un des maîtres tout puissant de la Gestapo.

Le réseau Lafont est aussi terrible, sinon plus, que la Gestapo pour l’arrestation des résistants. C’est l’un de ses hommes, Daniel Hirbes qui dénonce le groupe 

« Résistance-Fer », Bernard Tertre qui réussit à infiltrer « Libération-vengeance » et fait arrêter tout le réseau. C’est Lafont en 1943, qui élimine le réseau « Défense de la France » et conduit l’arrestation de Geneviève de Gaulle nièce du général de Gaulle.

De juin 1942 à juillet 1944, la « bande à Lafont » participe à de nombreuses opérations et arrestations de résistants, ainsi qu’aux interrogatoires dans les caves de l’hôtel. La baignoire était l’un des procédés le plus employé, mais il y avait aussi la règle triangulaire où le supplicié devait s’agenouiller en suspension par les bras ramenés en arrière, le nerf de bœuf, on limait les dents, on brûlait avec des cigarettes et même avec une lampe à souder, on employait l’électricité un fil à la cheville et l’autre appliqué sur les partie les plus sensibles du corps, on entaillait les plantes des pieds et on faisait marcher les suppliciés sur du sel, on mettait du coton imbibé d’alcool entre les doigts de pieds que l’on enflammait. Lafont poussait même le sadisme jusqu'à demander à ses maîtresses de brûler elles mêmes les seins des femmes.

Si la décapitation des réseaux de résistance était l’une des occupations officielles du réseau, il n’oubliait jamais le côté matériel. C’est ainsi qu’à l’arrestation de la bande, on retrouvera 142 millions dont 17 millions en Livres Anglaises et 9 millions en Dollars, 15 lingots d’or, plus deux de faux, 502 pièces d’or, deux clips et trois diadèmes en or, douze broches incrustées de diamants.

Dans les derniers mois de l’occupation, les hommes de Lafont sillonnent la France à la recherche des Résistants mais aussi pour piller. Plusieurs fois, Lafont participe aux opérations contre les maquis. Après le débarquement un grand nombre de ses complices l’abandonnent.

Lafont et Bony se réfugient dans une ferme près de Bazoches, en Seine et Marne, c’est Joanovici le célèbre « chiffonnier milliardaire » qui va les dénoncer à la police. Leur procès commence le 1er décembre 1944 et va durer dix jours. Lafont ne présentera jamais de regrets, il revendique même la responsabilité de tous ces crimes.

Pour Lafont et ses lieutenants le même verdict : la mort. Le 26 décembre 1944, ils marchent vers le peloton d’exécution, Lafont refuse le secours de l’aumônier, il refuse même de se laisser bander les yeux en disant : « je veux boire jusqu’au dernier rayon de soleil » A 9h50 celui qui se faisait appeler Monsieur Henri, ce chef de la Gestapo Française, ce tortionnaire de nombreux résistants, tombe sous les balles du peloton d’exécution.

( Résumé d’un article d’Alain Decaux paru dans la revue Historia N°411 de février 1981 )

 

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:04

30 MAI / 18 JUIN 1944

Premières étapes vers l'enfer - Tulle : tragédie du 9 juin 1944 - Oradour-sur-Ganes le 10 juin 1944.

 

30 mai 1944, première étape vers l’enfer

Dimanche 30 mai 1944, c’est le jour de Pentecôte, il doit être 5 heures peut être plus, peut être moins quand un bruit de piétinement me réveille, ça vient de la cour, je me penche sur la fenêtre, et je vois la cour pleine  d’hommes en uniforme, des G.M.R (Groupe Mobile de Sécurité) et des SS. Je me retourne vers mon camarade du châlit voisin pour lui dire ce que je vois, mais la porte du dortoir s’ouvre brutalement et les SS hurlants et à coups de crosse nous font comprendre qu’il faut nous lever. Nous n’avons même pas le temps de nous habiller car à l’appui des coups de crosse, ils nous poussent vers les escaliers. Dans la précipitation certains camarades s’entravent dans leur pantalon qu’ils n’ont pas eu le temps d’attacher et tombent. En sortant dans la cour, le premier GMR  que je vois est celui qui m’a arrêté le 14 juillet 1943 en Corrèze. Je constate que ses loyaux services à la collaboration lui ont fait gagner des galons, il n’était que lieutenant et je le retrouve capitaine.

En arrivant dans la cour centrale, je vois d’autres camarades des préaux 2 et 3. Ils sont tous au garde-à- vous avec les mains croisées au-dessus de la tête. Par des hurlements, on nous fait comprendre que nous devons faire comme eux. après avoir vidé nos poches. Nous recevons des gifles, des coups de crosse pour un mouchoir ou une photo que l’on voudrait garder. Schivo le Directeur et sa femme exultent, ils désignent du doigt certains camarades qui sont écartés frappés et jetés à terre. Coups de pieds, coups de crosse s’alternent. Plusieurs camarades gisent ensanglantés sur le gazon. Les SS portent sur leurs manches l’écusson brodé de la division « Das Reich » qui plus tard  mettra à feu et à sang le Sud Ouest, 99 pendus aux lampadaire de le ville de Tulle*, puis la tragédie d’Oradour-sur-Glane (*).

Les premiers descendus sont là depuis 4h30. Notre supplice durera jusqu'à 14h00. Malheur à celui qui fatigué ou pris de crampes, baisse les bras ; malheur à celui dont le pantalon sans ceinture glisse le long des jambes, la main qui tente de le retenir. Malheur à celui qui plie des genoux, rien n’échappe aux regards des SS qui à coups de crosse viennent leur faire reprendre la position. Le sbire Alexandre, le directeur Schivo, son épouse Allemande brandissent les pieux arrachés à une clôture et frappent à tour de bras ceux qui passent à leur portée. Les officiers nazis se contentent, eux, de rire aux éclats. La femme de Schivo va même cracher, piétiner et frapper les camarades étendus inanimés sur le sol.

Des camions militaires allemands arrivent dans lesquels les détenus doivent s’entasser, ils sont les uns sur les autres. Il n’y a pas suffisamment de camions, ceux qui restent devront donc faire le parcours de la centrale à la petite gare de Penne d’Agenais à pied, les autos mitrailleuses escortent la centaine de  camarades.

Arrivée au carrefour de Tournemolle, la colonne est dirigée vers les bois de la Capelle où quelques jours plus tôt ont été fusillés des résistants, nous avons la sensation que nous vivons nos dernières minutes et que nous allons être abattus là, mais après un bref arrêt, l’ordre est donné de faire demi-tour et sous les coups redoublés, nous reprenons notre course folle.

Un de nos camarades, Huergas, résistant Espagnol ne pouvant suivre ce train d’enfer s’écroule sur le sol, il est lâchement abattu  par un SS, à son tour Gaston Cavaillé tombe sur cette terre qu’il a si souvent retournée et piétinée. Les camarades le soulèvent et le portent jusqu'à la gare où sont déjà nos camarades.

 

 

 

Des wagons à bestiaux qui portent encore les inscriptions datant de la première guerre « Hommes 40 », « Chevaux 8 », sont sur la voie  portes béantes. Une soldate Allemande nous fait le discours suivant. « Si l’un de vous tente de s’échapper  10 seront fusillés - si l’un de vous a un couteau ou autre objet coupant qu’il le remette immédiatement » , cette soldate devait ignorer que nous avions déjà été fouillés. Son petit laïus terminé, c’est à coups de crosse et sous les vociférations de nos bourreaux que nous devons rentrer toujours plus nombreux, nous serons 100 par wagon. Le convoi est resté sous un soleil de plomb, nous sommes en sueur d’avoir couru. Quand les portes se referment sur nous, nous avons l’impression d’être dans une étuve, nous étouffons littéralement. Le train s’ébranle, il n’a pas fait 300 mètres que des rafales de fusil-mitrailleur se font entendre. C’est la troupe de choc du Bataillon « Prosper » qui tente une action pour empêcher ce départ, une charge de plastic a même été placée sur la voie, mais elle n’éclate qu’au passage de l’avant-dernier wagon où je me trouve. Un de mes camarade André Edouin, Lorrain, connu avec son frère Constant dans le groupe Guy Môquet a une partie de la main arrachée. Un autre sera blessé par les balles tirées par un SS. Le wagon n’ayant pas déraillé le train continue sa course, pour se diriger vers le nord en faisant des « zigzags » par la Gironde, la Touraine, Le Mans, Massy Palaiseau et la Grande Ceinture autour de Paris. Au cours d’une halte dans une petite gare pour laisser passer un autre train (un convoi comme le nôtre n’est pas prioritaire), un autre camarade est blessé par balle car un SS inspectant les wagons voit un trou dans le plancher, il passe son arme dans le trou et tire. Le Résistant Polonais Mendrok reçoit une balle dans les reins. Nous ignorons tous le supplice qui nous attend : la soif. Avant le départ, des vivres nous ont été donnés mais notre organisme asséché ne tolère plus la moindre bouchée, il faudra attendre Bordeaux. pour que certains reçoivent un gobelet d’eau, les autres attendront Poitiers pour une nouvelle distribution. La Croix Rouge tente de faire sortir les blessés, les SS refusent. Mon camarade André Edouin a juste droit à une piqûre pour tenter de calmer la douleur, cela permet de prolonger l’ouverture de la porte du wagon qui dégage une puanteur si forte que l’infirmière manque de s’évanouir.

Le 1er juin, nous nous arrêtons à la gare de Tours, puis nous avons un nouvel arrêt prolongé à Saint-Pierre-des-Corps, la soif est de plus en plus horrible à supporter, Nous sommes fatigués, nos jambes ne nous tiennent plus, certains tentent de s’allonger quand nous arrivons au Mans. Il y a 24 heures que nous n’avons pas eu une seule goutte d’eau, nos lèvres sont éclatées, avec des morceaux de pans de chemise arrachée, nous essuyons les parois du wagons où suinte la condensation pour nous mouiller les lèvres tuméfiées . La croix Rouge nous distribue un bol de bouillon chaud, les portes se referment. Le 2 juin nous arrivons à Argenton dans l’Orne puis à Dreux et Versailles. Une autre nuit commence, la marche saccadée du train coupée de haltes fréquentes, indique que les régions traversées sont pleines d’insécurité pour les nazis.

A l’aube du 3 juin, nous passons à Creil puis nous arrivons à Compiègne. Sous les cris de nos gardes, nous devons descendre de nos wagons, nous nous regardons mutuellement, les wagons avant nous transportaient du charbon, nous avons du mal à nous reconnaître, noirs, barbus, les yeux rougis, les lèvres sanguinolentes.

Dans la traversée de la ville, nous formons une longue colonne en haillons de bure déchirés et noircis, escortée par les soldats de la Wehrmacht et des véhicules équipés de mitrailleuses, certains camarades aident les plus mal en point à se traîner jusqu’au camp. Des groupes de 4 portent les blessés, et nous arrivons au camp de Royallieu 5 jours après avoir quitté la prison centrale d’Eysses. Nous y resterons jusqu’au 18 juin date de notre embarquement pour la dernière étape, le camp de sinistre mémoire « Dachau ».


*Tulle : nous n’avons su qu’après avoir été déportés la tragédie du 9 juin 1944.

 

Au lendemain du débarquement en Normandie, la division Das Reich reçoit l’ordre de se positionner dans la région entre Tulle et Limoges pour y réduire les maquis qui depuis l’annonce du débarquement, ont intensifié les actions de sabotage et de harcèlement des garnisons allemandes. La mission contre les partisans porte le nom d’Ordonnance Sperrle. Elle doit dresser la population contre les partisans et par encerclement, anéantir les groupes de Résistance.

Le matin du 9 juin 1944, les SS de la division « Das Reich » considérée par le régime nazi comme l’élite de l’élite, sous le commandement du général Lammerdind rentrent dans Tulle, et réunissent tous les hommes de 16 à 60 ans. Au total 5.000 hommes sont regroupés devant la manufacture. Les représentants des autorités françaises obtiennent la libération de 3.500 hommes.  Une deuxième sélection faite par les nazis débouche sur la constitution de deux groupes de 60 hommes. Walter Schmald veille à maintenir le chiffre de 120 hommes destinés à l’exécution qui n’est pas encore annoncée, mais ne tarde pas à l’être. Conformément à la note de Lammerding du 5 juin et à l’ordre qu’il a donné, en fin de matinée du 9 juin, les 120 otages sont condamnés à la mort par pendaison.

Acte d’accusation : «Quarante soldats allemands ont été assassinés par des bandes communistes (…) pour les maquis et ceux qui les aident, il n’y à qu’une peine, le supplice de la pendaison (…). Quarante soldats allemands ont été assassinés par les maquis, cent vingt maquis ou leurs complices seront pendus. Leurs corps seront jetés dans le fleuve.

Kowatsch qui se vante d’avoir pendu plus de 100.000 russes à Kharkov demande au Colonel Bouty d’annoncer au groupe principal de prisonniers qu’ils doivent assister aux exécutions. Les suppliciés sont conduits sur les lieux de leur exécution et découvrent, sur plusieurs centaines de mètres, des cordes se terminant par des nœuds coulants accrochées aux arbres, aux réverbères et aux balcons. Chacun d’eux,  souvent à coups de crosse, est amené  par un soldat volontaire près de la corde où une échelle est dressée. Un des jeunes hommes sera pendu au crochet de la boucherie de son père.

Comment oublier ? (voir internet site "commémoration des 99 pendus de Tulle".

 

(*) Comment oublier la journée du lendemain, à Oradour-sur-Glane ?

Le 10 juin 1944, la même unité SS sera à Oradour-sur-Glane ce petit village de Haute-Vienne à vingt kilomètres du Nord-Ouest de Limoges.

A 13 heures 45 le village est encerclé, le Docteur Desourteaux désigné par Vichy et qui fait office de Maire fait appel au crieur public pour ordonner aux habitants et aux personnes de passage particulièrement nombreuses en raison d’une distribution de viande et de tabac, de rejoindre le champ de foire. Les SS forcent les habitants de la périphérie à les rejoindre. La rafle inclut les 191 écoliers, les deux instituteurs, les cinq institutrices. Une directrice d’école des filles (en congé maladie) encore en pyjama  est poussée à coups de crosse. Ceux qui tentent de fuir sont abattus. Le rassemblement est terminé. Un Waffen-SS alsacien traduit pour les 250 hommes présents. Les SS ont entendu parler d’une cache d’armes et de munitions dans le village et menacent de mettre le feu à chaque maison pour faire sauter les munitions. Devant l’absence de réaction, l’officier SS demande au Maire de désigné 30 otages, le Maire refuse et se porte volontaire. Ce qui fait rire l’officier.

Vers 15 heures, les femmes et les enfants sont conduits dans l’église. Vers 15 heures 45, un cheminot de la gare de Limoges est abattu. Les 180 hommes dont des jeunes gens de plus de 14 ans sont répartis par groupes de 30 dans six lieux d’exécution. A 16 heures les mitrailleuses fauchent les otages, ceux qui ne sont pas mort sont exterminés à bout portant, puis les corps sont recouverts de  paille, de foin et de fagots et les SS mettent le feu. Seuls Cinq hommes échapperont à la fusillade.

Sur les 350 femmes et enfants enfermés dans l’église, seule Marguerite Rouffanges, âgée de 47 ans parvient à s’échapper par une petite fenêtre et a pu témoigner.  Des soldats, d’une vingtaine d’années placent dans la nef une sorte de caisse  volumineuse d’où dépassent des cordons. Ces cordons ayant été allumés, le feu se communique à l’engin placé dans la caisse d’où une épaisse fumée noire et suffocante se dégage. Les femmes et les enfants à demi asphyxiés, hurlent, affluent vers la partie de l’église où l’air est encore respirable,. C’est ainsi que la porte de la sacristie fut enfoncée. Mme Rouffanges témoigne : « j’y pénétrai à mon tour et résignée, je m’assis sur une marche où ma fille vint me rejoindre. Les Allemands  abattirent ceux qui venaient se réfugier dans cette pièce, ma fille fut tuée près de moi. je dus la vie à l’idée de fermer les yeux et de simuler la mort. Une fusillade éclata dans l’église. Puis de la paille, des fagots, des chaises furent jetés pêle-mêle  sur les corps et les SS mirent le feu ».

(voir archive INA "Oradour sur Glane" vidéo 1er janvier 1945).

 

Deux exemples parmi tant et tant d’autres de la barbarie nazie qui n’empêcheront pas un certain homme politique français de qualifier l’occupation allemande de :

"pas particulièrement inhumaine".

 

 

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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:03

18 JUIN 1944 DE COMPIEGNE A DACHAU

Dernière étape vers l'enfer - Dachau - Les kommandos - Allach - La Libération pas la fin du calvaire - le rapatriement - l'Hôtel Lutécia - SOUILLAC - Reconnaissance de la Nation - Questions-Réponses -

 

DERNIERE ETAPE VERS L'ENFER

Memorial-de-Royalieu.jpgNous quittons le camp de Royallieu le 18 juin 1944 au petit matin pour rejoindre la gare de Compiègne. Nous ne savons pas dans quel camp nous allons nous retrouver. Nous ne pouvons oublier combien nous avons souffert de la soif dans le premier voyage qui nous amenait de Penne-d’agennais à Compiègne et des 4 jours enfermés dans ces horribles wagons. En France nous avions bénéficié à deux reprises de quelques gouttes d’eau et d’un peu de bouillon, distribués par la Croix Rouge, mais la frontière franchie, que pouvions-nous espérer ? Dans notre carré de cent que les SS à coups de crosse et de hurlements nous avaient fait former, je remarquais le Docteur Ignace Bauer, Résistant Autrichien qui avait quitté son pays pour fuir le nazisme et le combattre avec la résistance Française. Arrêté, il avait été condamné à 15 ans de travaux forcés.

Arrivés en gare de Compiègne, un jeune lieutenant SS nous gratifie d’un petit discours en  français : « Si un tente de s’évader, nous vous tasserons à 200 par wagon, si un s’évade dix seront fusillés, si deux s’évadent tout le wagon sera fusillé ». « Autre chose encore, je sais que vous avez des couteaux, donnez-les, ou je marque votre wagon d’une croix. N’oubliez pas que vous avez fait une faute contre l’Allemagne. Nous vous permettons de la réparer en travaillant honnêtement pour le Grand Reich Allemand ».

Sous les cris et les coups, il nous faut monter dans ces wagons. Les derniers ont du mal à y pénétrer, les coups pleuvent et nous nous serrons pour faire de la place aux camarades poussés sans ménagement par les SS.

Quand le centième est rentré, les portes se referment sur nous. Les quatre vasistas d’aération sont également fermés. Le train n’est pas parti que déjà l’air manque. Notre camarade Bauer fait placer les plus âgés et les plus faibles contre les portes où se glisse un peu d’air frais. Il nous conseille de manger le peu de vivre qui nous a été donné avant le départ, car, dit-il « avec la soif qui va se faire sentir vous ne pourrez rien avaler ensuite ». Nous avons une petite réserve d’eau pour la première journée. Pour la distribution, nous nous groupons par dix et nous faisons circuler la boite de conserve d’un litre où chacun peut boire. La solidarité prend là toute sa mesure car si chacun de nous aurait pu vider la boite pour étancher sa soif,  il restait de l’eau dans la boite : nous avons tous et sans nous concerter, bu moins que nous aurions pu par scrupule pour nos copains. C’est ça la solidarité volontaire d’Eysses. Solidarité qui jouera jusqu’au bout de notre captivité.

Le train roule, arrivé à Avricourt en Meurthe et Moselle, il marque un arrêt prolongé : la garde du train, jusque là assurée par des SS, passe aux mains de soldats Italiens et de soldats de la Wehrmacht. Un  peu plus tard se sont les Schupos (Policiers Allemands) qui prennent la relève.

A chaque arrêt, nos gardes font la sourde oreille lorsqu’on réclame de l’eau. A Haguenau dans le Bas Rhin, les portes sont ouvertes, un peu d’air frais entre dans le wagon où une âcre odeur, difficilement respirable empuantit de plus en plus le wagon. Au milieu de cet espace réduit, il y a un demi bidon qui sert de tinette depuis notre départ.

 Une jeune fille en larmes tente d’approcher avec un cruchon d’eau. Les schupos s’interposent et la repoussent. Minutes d’humanité, quelques gamins font des pieds de nez derrière les gardes.

Certains camarades ont réussi à cacher un petit mot écrit à la hâte pour leur famille les glissent dans l’espace entre la porte et le wagon avec l’espoir qu’il sera ramassé par une âme charitable et transmis à leur famille : quelques uns réussiront.

La marche haletante du convoi se poursuit dans l’angoisse. Les premiers signes de fatigue et de soif se font sentir. Un camarade délire, un autre voit une fontaine et bouscule les copains pour aller boire.

A Karlsruhe, un officier fait ouvrir les portes et nous apporte deux bouteilles d’eau. Des camarades s’évanouissent. Ni les gouttes d’eau versées entre leurs lèvres tuméfiées ni les gifles ne réussissent à les ranimer.  Le docteur Bauer demande à un autre copain de venir près de lui pour le cas échéant le seconder car il craint le pire. Ensuite il nous demande de nous serrer encore davantage pour que 10 camarades, en commençant par les plus fragiles puissent s’allonger et dormir. Par roulement, tous les quarts d’heures et pendant les deux derniers jours du voyage, nous avons tous eu droit à ce repos réparateur.

Au lever du jour, l’air frais  du petit matin nous fait du bien. Nos malades reprennent quelques couleurs. Des camarades placés prés du vasistas voient par les fentes du bois, les faubourgs d’Ulm. Au bruit, nous devinons que nous passons sur un pont « sûrement le Danube » nous dit notre ami Bauer. Arrivé en gare, notre convoi s’arrête. Les portes sont à nouveau ouvertes. Sur une voie, nous voyons des prisonniers de guerre. Nous les interpellons et nous leur disons ce que nous sommes. Plusieurs d’entre eux vont chercher des seaux d’eau qu’ils nous font passer malgré les Schupos qui tentent de les repousser. Nous arrivons à boire quelques gouttes.

Notre convoi repart, tiré cette fois par une machine électrique. 48 heures se sont écoulées depuis notre départ. Le temps se rafraîchit et la pluie se met à tomber. Par les fentes des parois du wagon nous tentons de récupérer un peu de cette eau. Nous arrachons des morceaux de nos chemises pour éponger l’eau qui coule aux joints de la porte pour nous humecter les lèvres qui nous brûlent. A Augsbourg, le train stoppe de nouveau. Par les fentes du wagon, nous voyons sur le quai face à nous une fontaine d’où coule l’eau. Les gardes ouvrent les portes. Un cheminot allemand est interpellé par un camarade qui lui fait comprendre que nous avons soif. Le cheminot va remplir son seau pour nous l’apporter mais il est chassé par nos gardes. Le train repart, la pluie tombe de nouveau. Notre convoi s’arrête, au bruit nous savons que nous sommes sur une voie de garage. Bauer qui regarde par la fente du wagon se retourne vers nous et nous annonce que nous sommes en gare de Dachau.

Nous sommes le 20 juin 1944, une pendule de la gare affiche 14 heures. Notre descente des wagons se fait sans brutalité de la part de nos gardes. Nous avions mis 4 jours pour faire le parcours de Penne-d’agennais à Compiègne, nous n’avons mis que deux jours de Compiègne à Dachau.

A l’arrivée, tous les Eyssois sont vivants, grâce à la discipline volontairement consentie. Sur le chemin nous menant au camp, il y a des mares d’eau, certains camarades se laissent tomber pour boire, car la soif est encore présente. Les plus costauds tentent de les empêcher de boire cette eau croupie, ils ont du mal à les en dissuader. Des gamins font semblant de nous tirer dessus.

 

Un autre convoi de 2.520 déportés, parti de Compiègne le 2 juillet arrive à Dachau le 5 juillet 1944, l2 jours après le nôtre, il y a 984 morts à l’arrivée à Dachau et seulement 121 rescapés de ce convoi à la libération du camp.

Dans ce convoi formé d’hommes venant de différentes prisons, il y a 52 Eyssois, 30 dans un wagon, 20 dans un autre, 2 braves copains dans un autre : Pierre Blattes 22 ans et Marcel Person 20 ans, ouvriers catholiques, les amis du préau 1 les avaient surnommés le « fraternel tandem ». Isolés, parmi des hommes qu’ils ne connaissent pas, ils  seront retrouvés morts au milieu d’autres cadavres,  tellement serrés qu’ils se sont étranglés mutuellement. La barbarie de ce convoi fut évoquée en 1951 au cours du procès du général Oberg « Le boucher de Paris ».

 

Le 20 juin 1944,  à 14 heures nous franchissons les portes de l’Enfer

ô terre de détresse
où nous devons sans cesse
Piocher ... Piocher

 

dachau.jpg

Nous sommes à Dachau, une petite ville tranquille de Bavière. Après une marche qui nous parait interminable, nous arrivons devant le portail d’entrée du camp. Ceux qui connaissent l’allemand peuvent y lire :

« Le travail rend libre ».

Nos gardes silencieux depuis notre descente des wagons hurlent des ordres que nous ne comprenons pas. Un camarade traduit. Nous devons nous remettre en ordre de formation pour entrer dans le camp. Les Schupos nous font ensuite passer la porte de l’enfer et nous conduisent sur une place où ils nous abandonnent. Autour de nous des hommes en tenue rayée vont et viennent, indifférents. Je suis surpris de voir un homme en tenue rayée en frapper un autre. Comment un prisonnier peut-il en frapper un autre ? ça me parait hors nature. Un homme s’approche de nous et nous demande d’où nous venons. « De France » répond Pierre Doize qui est prés de moi. Il a un accent nordique et la lettre TC sur son triangle violet. Nous ne savons pas encore à quoi cela correspond. Il demande s’il y a des prêtres parmi nous, « non » répond Pierre, « mais pourquoi me demandez-vous ça ? » « Je voulais leur dire de ne pas se déclarer prêtre, car ceux qui le disent sont séparés du reste du collectif et en souffrent énormément ».

Nous avons passé toute la journée sur cette place sans boire, sans manger. Le soir, vers 19 heures, des hommes en tenue rayée, munis de gourdins nous entourent et sous la menace nous font lever et nous dirigent vers un grand bâtiment de douches. Nous avons eu du mal à y rentrer tous. Les gourdins rentrant en actions, nous nous serrons davantage pour que ces messieurs puissent fermer les portes et nous abandonnent à notre sort. Nous étions tellement fatigués que les uns sur les autres, nous avons sombré dans un sommeil de plomb. Nous ne savions pas alors que dans d’autres camps des bâtiments de douches avaient servi à l’exécution de milliers de déportés.

NAZICAMPDACH0018.jpgLe lendemain à l’aube, nous sommes dirigés vers un bâtiment administratif où nous devons donner nos noms aux détenus commis aux écritures. Nous devons ensuite quitter nos vêtements et passer devant les coiffeurs pour être tondus. On nous passe sur la tête et sur les parties génitales un large pinceau trempé dans un acide qui nous brûle les chairs. Puis vient la douche, avec alternance d’eau brûlante et glacée. Nous n’avons ni savon,  ni chiffon pour nous frotter, ce serait exagéré de dire que nous sommes sortis de la douche propres.

Après cette mascarade de douche, nous recevons une chemise, un caleçon, une veste, et de lourdes claquettes à semelles de bois. Toutes ces opérations sont ponctuées de coups de schlague.

Il est 6 heures quand nous allons vers les bâtiments de quarantaine, dirigés par un Blokältester, super Kapo nommé Méanssarian. Un type complètement fou et cruel. Il représente ce qu’il y a de plus fourbe dans la nature humaine. Il a un marteau de carreleur (gros marteau avec boule en caoutchouc) qu’il appelle son « Dolmetscher » (Interprète). Tous les moyens sont bons. Pour une interpellation, un copain se retrouve la tête en sang. Il se plait à dire « vous êtes rentrés par la porte, vous ne sortirez que par là » en montrant la cheminée des fours crématoires. Il se plait aussi à rappeler l’inscription gigantesque qui s’élève sur le bâtiment central : « Un seul chemin vers la liberté : obéissance, zèle, honnêteté, ordre, propreté, sobriété, sincérité, esprit de sacrifice et amour de la patrie ». Citation toujours suivie de coups de son Dolmetscher pour ceux qui se trouvent trop près de lui.

Le convoi des Eyssois est le premier grand convoi arrivant de France. La première tâche est de maintenir sa cohésion dans l’anonymat absolu, car les SS et leurs auxiliaires, chefs de block et kapos créent toutes les conditions susceptibles de déboucher sur des conflits et de porter la haine entre nous, prenant à leur compte la formule de Machiavel : « diviser pour régner ».

Les blocks de quarantaine 19. 20.21 sont composés de 4 chambrées 19/1. 19/2. 19/3. 19/4,

je me retrouve dans la 19/2. Le chef de chambrée Schade est un ancien député communiste allemand de Kassel, arrivé dans ce camp en 1933. Sans répit, il explique comment déjouer les provocations et appelle à la solidarité internationale. A la Chambrée 19/4 les camarades organisent la solidarité. Ils prélèvent une petite part de leur ration pour donner aux plus jeunes.

Il y avait quelques jours que nous étions dans ces blocs de quarantaine, nous couchions à 3 sur une plache de 70 cm de large, comme compagnon de châlit, j'avais Pierre Doize d'un côté et Marius Potavin de l'autre, nous étions tête bèche, je dormais la tête entre leurs pieds.

Théoriquement, nous ne devions pas travailler, mais un matin, alors que j'allais de la chambre 3 à la une pour voir mon camarade Jean Delbos, j'ai été pris pour une corvée avec une dizaine d'autres camarades. Il fallait effacer les traces d'un bombardement dans les jardins des SS en remettant de la terre dans les trous faits par les bombes pour égaliser le terrain. A 5 mètres de moi se tenait une sentinelle, qui alluma une cigarette et la porta à sa bouche, puis une deuxième qu'il envoya à mes pieds d'une pichenette. Pour faire comprendre à ce soldat que je n'acceptais rien de lui, j'ai écrasé rageusement du talon cette cigarette. Geste qui m'a valu coups de crosse et coups de poings, c'est le SS chef du commando qui m'a sorti d'entre ses mains et m'a dit en Français "retourne à ton travail !" : il était Alsacien.

Je me suis fait prendre une deuxième fois pour une autre corvée. C'était quatorze jours après l'arrivée de notre convoi, un convoi parti de Compiègne le 2 juillet qui sera dit "convoi de la mort". Nous devions prendre les morts des wagons, les jeter dans une grande remorque, que nous tirions une fois pleine vers les fours crématoires. C'était la première fois que je voyais tant de morts : il y en avait plus de 800.

Longtemps, après, suite à un cauchemar qui m'avait ramené à Dachau, j'ai composé les rimes du "sinistre chariot".

Le sinistre chariot

Je n'oublierai jamais ce sinistre chariot

Que nous tirions à vingt de la gare à Dachau

Derrière nous le kapo, le SS et son chien

L'un guettant nos mollets, l'autre nos bas de reins

Car malheur à celui qui pour se reposer

Laissait le moindre mou à son cruel harnais

Car le kapo guettant nos moindres défaillances

Ne faisait par ses coups qu'augmenter nos souffrances

Dans ce chariot, des morts, nos compagnons, nos frères,

Qui ne connaîtrons jamais la paix d'un cimetière

Car pour eux qui demain ne seront que poussière

Pas de fleurs, pas de tombe, pas la moindre prière

Comme nous, ils pensaient voir un jour la victoire

Et nous les emmenons vers les fours crématoires

Avec pour oraisons les cris de nos bourreaux

Et puis les grincements de l'horrible chariot

En tirant je pensais sans vouloir l'avouer

Qu'un jour ce serait moi que d'autres tireraient

Alors pour m'évader de ses sombres pensées

Et prouver à moi-même que j'étais bien vivant

J'oubliais la douleur faite par le harnais

Et tirait comme un fou tout en serrant les dents.

 

Le CHANT DES MARAIS cher à tous les déportés a été inspiré et écrit au camp de concentration de Dachau

paroles de Hans Esser et Wolfgang Langhoff - musique de Rudy Goguel

 Refrain :

Oh ! Terre de détresse

Où nous devons sans cesse

Piocher, piocher.

 

Loin dans l’infini s’étendent

De grands prés marécageux

Pas un seul oiseau ne chante

Sur les arbres secs et creux.

 

Dans ce camp morne et sauvage

Entouré d’un mur de fer

Il nous semble vivre en cage

Au milieu d’un grand désert.

 

Bruit des pas et bruit des armes

Sentinelles jours et nuits

Et du sang, des cris, des larmes

La mort pour celui qui fuit.

 

Mais un jour dans notre vie

Le printemps refleurira

Liberté, Liberté chérie

Je dirai : Tu es à moi.

 

Dernier refrain :

Oh ! Terre enfin libre

Où nous pourrons revivre

Aimer, Aimer !

Oh ! Terre d'allégresse

Où nous pourrons sans cesse

Aimer ! Aimer !


 

Parlant des Eyssois Edmond Michelet  a écrit dans « rue de la liberté »

«L’irruption dans le camp de ces milliers de Français désordonnés aux mois de juin et juillet 1944, en avait bouleversé la physionomie. Les anciens les plus blasés, étaient obligés d’en convenir. Ils s’en montraient au début, agacés et parfois horrifiés. A la longue, ils se firent une raison. Le jour du 14 juillet 1944, par exemple, dans les blocks envahis par les Tzouganges (nouveaux venus) des trains de Compiègne, il avait été froidement décidé qu’on observerait une minute de silence après l’appel du matin. « Il faut manquer de sens commun comme ces anarchistes, disait Joos, pour ne pas comprendre les conséquences où risque de les entraîner ce geste ridicule »

Le mot d’Anarchiste n’était vraiment pas le mot qui convenait à notre collectif car notre force résidait justement dans notre discipline librement consentie, notre union et notre foi dans ce que nous défendions : « une certaine idée de la France », comme dira plus tard le Général de Gaulle.

 « C’était en effet, une des interdictions les plus formelles du règlement que les convictions nationales ou autres. Il ne faut pas perdre de vue qu’une des données de base de la cité était de considérer les détenus comme des têtes de bétail de la catégorie la plus inférieure. Où serait-on allé, si cette racaille s’était avisée d’avoir une pensée commune et de vouloir mener une activité concertée ?

 « Non contents de cette manifestation silencieuse du jour de leur fête nationale, ils s’étaient déchaînés, le 20 juillet suivant lorsque, l’espace d’une heure, les rapides évènements consécutifs à l’attentat contre Hitler semblaient vouloir marquer un tournant du destin. La nouvelle en était parvenue au camp je ne sais comment. Ce dont je me souviens très bien par contre, c’est la panique des camarades qui avaient en main l’action clandestine lorsqu’ils entendirent s’élever la Marseillaise des blocks 21 et 23 (Blocks où avait été transférés les Eyssois). On courut me chercher au kommandos de la désinfection, où nous ignorions tout ce qui se passait. J’ai découvert ce matin-là combien le sentiment du tragique est éloigné de la mentalité française. De même je n’ai jamais si bien compris pourquoi on nous traitait de peuple léger. Et jamais non plus je ne m’en suis senti si fier. »

Cette relation reproduite intégralement, exige quelques précisions car elle intéresse directement la genèse du Bataillon d’Eysses. La célébration du 14 juillet ne s’est pas seulement bornée à une minute de silence. A l’heure du rassemblement « antreten » les déportés de chaque block français ce sont mis en formation quasi militaire pour se rendre à l’appel général sur l’Appelplatz.

 

Le bloc formé par les Eyssois

est en partie démantelé par la formation des kommandos

Quelques jours plus tard les Eyssois quittèrent le camp central pour divers kommandos. Une formation importante se retrouva au camp kommandos d’Allach pour travailler pour la B.M.W, usine de fabrication de moteurs d’avions. Une partie sera affectée à l’usine, une autre partie à la fortification de l’usine.

Une autre importante formation ira rejoindre le plus terrible des kommandos Hersbrück pour construire une usine souterraine.

Dans ce camp où les conditions de travail sont horribles, on comptera 1.500 morts par mois..

sept Eyssois ne reverront pas leur pays pour lequel ils ont tout sacrifié :

  • Azagra meurt massacré par un kapo
  • Eugène Camarade Dutriévoz  reconnu inapte au travail meurt d’une piqûre à l’essence.
  • René Fontaine refusant de travailler sera abattu sur place.
  • Antonin Dumas perdra la raison et ne reconnaîtra plus personne.
  • André Morcel meurt d’épuisement
  • Georges Luc meurt les reins brisés par cent coups de bâtons
  • Edouard Planque créateur de la solidarité sera la dernière victime.

 

 

Au camp d’Allach

 

NAZIPLANDACH0004.jpg

Je suis affecté au camp  d’Allach kommandos principal de Dachau, créé pour être à proximité de l’usine B. M .W (située à six kilomètres de Munich). Des milliers d’ouvriers esclaves travaillent pour cette firme Allemande. La plus grande partie des déportés est affectée à la fabrication de pièces de moteur, une autre partie  à la fortification de l’usine par une couverture en dôme de plusieurs couches de bétons armés. D’autres le sont dans des petits kommandos moins importants. Le premier block où nous nous retrouvons a un chef Alsacien, bien que triangle vert (Droit Commun), il est assez correct avec nous. Dans ce block nous nous retrouvons une trentaine de Français dont dix anciens d’Eysses et parmi nous un commentateur sportif de Radio France Georges Briquet qui a un moral d’acier. Nos autres compagnons sont des Russes de Mongolie, nous devons nous en méfier car ils sont voleurs.

Mon premier kommandos est un petit groupe de 12 travailleurs. En arrivant sur le site, prés d’une cantine pour travailleurs libres, le kapo nous divise en deux groupes, un de six maçons dont je fais partie : nous devons bâtir des chambres pour les travailleurs libres de la B.M.W.  le  2ème  groupe de six sera affecté aux « pluches ».

Pendant que nous montons des murs en briques, d’autres les plus âgés épluchent des tas de pommes de terres, carottes, raves ou choux, sous la surveillance d’un vieux SS  bourru et de son chien. Le Kapo Frank, triangle vert, est relativement correct, il ne crie que quand le SS est à proximité. Mes camarades Pierrot, Henri, et Marius sont trois copains d’Eysses, 2 maçons Italiens complètent l’équipe.

Il y a cinq mois que nous travaillons sur ce chantier, nous avons tous perdu de nombreux kilos, la faim nous tenaille d’autant plus que nous travaillons à une centaine de mètres de la cantine d’où nous arrivent des odeurs de cuisine. J’ai essayé de manger une patate crue qui avait roulé à mes pieds, ce n’était vraiment pas bon, les carottes auraient été meilleures mais même ceux qui les épluchent n’ont pas le droit d’en manger. Les pelures mêmes devaient être renvoyées aux cuisines. Le soir, nous étions fouillés, rien ne devait être ramené au camp.

Au mois de décembre, en prenant une planche, je me plante un clou dans la main gauche. Le soir même je n’arrive pas à temps pour passer par l’infirmerie. Le lendemain, j’avais très mal, mais impossible d’atteindre l’infirmerie. Le surlendemain, ma main avait pris des proportions inquiétantes. Au quatrième jour mon avant bras avait doublé de volume, je ne pouvais même pas quitter ma veste. Le soir, je réussis à atteindre le lieu magique et enfin me faire soigner. Henri Neveu un camarade d’Eysses m’avait dit « si tu arrives à l’infirmerie demande Boris ».

C’est un camarade infirmier qui a arrêté ses études de médecine pour aller porter assistance aux Républicains Espagnols avec les brigades internationales et qui a fait la Résistance avec le groupe FTP-MOI de Missak Manouchian qui sera fusillé avec 9 autres Résistants de son groupe (voir l’affiche rouge).

A l’infirmerie, tous les docteurs sont Français, un infirmier Victor est Russe, l’autre Boris est Roumain. Quand il regarde ma main, il fait une grimace significative puis fait signe à Victor de s’occuper de moi ce qui me contrarie un peu. Victor me donne un bout de bois qu’il me fait signe de mettre entre mes dents, puis commence à me charcuter la main. Sans le bois que j’ai entre les dents, je pense que j’aurais hurlé de douleur. Il gratte avec un  scalpel ma main douloureuse pour enlever toute l’humeur, ma main est pratiquement traversée de part en part. Quand Boris revient, Victor lui montre la profondeur de la plaie. C’est lui qui me fait le pansement avec des bandes de papier, et qui me dit « tu rentres à l’infirmerie, à l’avenir c’est moi qui m’occuperai de toi ». Il me fit donner un lit et s’occupa vraiment de moi. J’étais tellement mal physiquement et moralement, qu’il tenta tout ce qui était possible pour me remettre sur pieds. Il essaya même, sans y parvenir, de me faire admettre comme aide pharmacien. La pharmacie était réduite à peau de chagrin, il n’y avait plus rien.

Début janvier, un contrôle des blessures est fait par le SS, il me déclare « guéri » en m’accusant d’avoir triché. Je dois reprendre le travail le lendemain, il me condamne à 15 jours de travaux punitifs pour avoir dissimulé ma guérison.

Au retour du kommandos, au lieu de me reposer avant la distribution de soupe du soir, je dois sous la direction d’un kapo brutal faire de la « pelote » : debout, couché, courir, porter des poids d’un point à un autre. Cette punition durera 15 jours.

 A ma sortie de l’infirmerie j’ai été affecté à un kommandos de jardiniers. A longueur de journée nous repiquons poireaux, salades et autres plants. Nous en mangeons autant que nous en repiquons et nous en ramenons pour nos copains cachés dans nos caleçons. Un soir au cours de l’appel à la sortie du kommandos, des plants de légumes tombent du bas de caleçon d’un camarade italien. Le SS l’ayant vu nous fait tous déshabiller et bien sûr nous en avions tous. Le SS hurle sa rage, nous ne comprenons pas grand-chose si ce n’est le mot « sabotage ». Il contrôle même les vestes des soldats qui bien qu’en tenue allemande n’étaient pas Allemands mais Tchèques et Slovènes. Eux aussi avaient bourré leurs vestes de ces plants. Le mot sabotage prononcé, nous nous attendions au pire en arrivant au camp,. A notre surprise et soulagement, le SS n’a pas donné suite à cette affaire. La situation avait bien changé. Les nazis essuyaient défaites sur défaites sur tous les fronts.

Le dernier kommandos où j’ai été affecté au mois de février, consistait à remettre en état des voies de chemins de fer de la gare de Munich, bombardées toutes les nuits. Chaque jour, nous étions deux bonnes centaines à rétablir les voies pour le passage des convois militaires.

Pendant les alertes, nous allions nous mettre à l’abri dans les caves des brasseries près de la gare. Un jour, nous nous sommes retrouvés dans une cave, avec toute une main d’œuvre de prisonniers Russes. Nous avons demandé à boire, au lieu de nous apporter de l’eau, les prisonniers nous apportèrent de la bière. Elle nous monta vite à la tête et nous nous sommes mis à chanter (c’était courant dans les rangs russes), la Marseillaise et même l’Internationale jetèrent un grand désarroi parmi les soldats qui avaient peur que le SS arrive. C’est le cœur léger, presque euphorique que nous avons repris le travail, l’alerte terminée.

La ville de Munich que nous traversions tous les jours n’était plus que tas de ruines.

Le 24 avril, plus de kommandos de travail, un ordre circule : nous devons nous présenter sur la place d’appel non plus par block mais par nationalité. Soviétiques et Allemands doivent  quitter le camp pour une destination inconnue, sans doute vers la mort. Un appel est lancé par le  Comité Français, « arrachez vos triangles d’identification pour que l’on ne puisse pas  distinguer les Soviétiques des autres ». Les Français, les Belges, les Espagnols et la plupart des Soviétiques jouent le jeu et nous nous présentons sur la place d’appel dans la plus grande confusion. Les Soviétiques reconnus par les kapos ou les chefs de bloc sont sortis des rangs,  un convoi est formé et quitte le camp. Nous apprendrons par Victor l’infirmier russe qui réussit à laisser le convoi pour regagner le camp, qu’à quelques kilomètre du camp, les SS ont dit aux Soviétiques qu’ils étaient libres. Mais quand ils ont quitté les rangs ils ont été fauchés par une mitrailleuse.

 

-- La libération mais pas la fin du calvaire.

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Le 26 avril, à notre grande surprise la sirène du camp reste muette et je suis surpris de me réveiller alors qu’il fait grand jour. J’ai d’abord cru que j’avais loupé le réveil et pensé à la correction que j’allais prendre. Mais me penchant vers la couche de Pierrot Doize, mon cher Pierrot, qui m’a souvent empêché par des mots simples de sombrer dans la déprime qui m’aurait été fatale, était là, lui aussi, en dessous de moi. Il ne comprenait pas plus que moi. Un coup d’œil circulaire nous apprit que personne n’avait quitté le block. Il se leva, nous demanda de ne pas bouger : il allait voir ce qui se passait. Quand il revint après avoir rencontré les autres responsables du Comité International, il nous apprit que les SS, les kapos et les chefs de chambres avaient  quitté le camp pendant la nuit. Il nous pria de rester calmes et de ne pas manifester trop d’enthousiasme car les Allemands étaient peut être aux abords, guettant la moindre manifestation pour nous anéantir aux fusils mitrailleurs. Petit à petit, nous sommes sortis. Chaque Nationalité se mit à fabriquer son drapeau qui flotta bientôt au-dessus des blocks.

Le Comité international réuni prit les premières mesures d’organisation car il fallait continuer à vivre. Des volontaires prirent en mains les divers services : cuisine, sanitaire, police pour empêcher quelques règlements de compte. Le bruit des canonnades était de plus en plus distinct et le 27, nous avons vu les premiers soldats américains.

Deux jours plus tard, un bloc sanitaire était installé. Nous passions à la douche, à la désinfection, puis devant des docteurs qui nous examinaient. Quand je suis monté sur la balance, l’infirmier annonça en Américain et pour moi en Français : 30 kilos 400, j’avais perdu plus de 43 kilos entre le 14 juillet 1943 et le 30 avril 1945, plus particulièrement du 3 mai 1944 au 30 avril 1945.

Au camp principal Dachau, les bruits sur la libération circulent et se contredisent. Une seule certitude, Himmler, grand policier du Reich a donné un ordre : « liquider tout ». Pour en préparer l’exécution, le chef de camp fixe à midi l’heure du rassemblement sur l’Appelplatz. Obéir équivaut au suicide. La place d’appel restera vide.

Dans l’après midi, les SS forment une colonne de déportés Russes et Allemands pour les amener vers une destination inconnue.  En cours de route les camarades arrivent à désarmer l’escorte SS et prennent contact avec l’organisation de résistance de la ville de Dachau. Le 28 avril, ils lancent une attaque contre les forces nazies qui contrôlent le camp de Dachau et la garnison SS qui occupent la Mairie de Dachau. La garnison SS supérieurement armée, décime les combattants antifascistes.

 

jean-LAFAURIE644-a-copie-1.jpgSur la photo ci-contre, le benjamin des déportés français lors de la libération du Kommando d'Allach.

Sur la Mairie de Dachau une plaque de marbre rend hommage aux combattants tombés pour la liberté.

Le 28 avril a failli être le jour le plus sombre de la tragique histoire de Dachau, car au moment où toute évacuation s’avère impossible, le gauleiter de Munich, Gesiler donne l’ordre de fusiller, gazer ou brûler tous les détenus. Weis qui refuse d’exécuter l’ordre est abattu par Rupert. Weiter, le commandant en titre refusera de prendre une décision, il ne songe qu’à fuir ces lieux devenus maudits. La direction du camp part le 29, au petit jour, laissant le camp aux mains d’une petite garnison. Sur la caserne des SS le drapeau blanc a remplacé l’emblème à croix gammée.

Nous pensions tous, qu’une fois libérés nous serions nourris par nos libérateurs et que nous serions très vite rapatriés dans nos pays respectifs. Ce ne fut pas le cas. Comme les vivres manquent de plus en plus nous mangeons tout  ce qui nous parait comestible comme l’herbe. Nous savons que des vivres ont été stockés à l’usine B.M.W. Nous demandons aux Américains l’autorisation d’aller chercher  ces vivres, ils acceptent. Ce sont des conserves de charcuterie, pas  très recommandées pour nos estomacs atrophiés. Nos camarades docteurs nous mettent en garde et nous recommandent de partager les boites en quatre parts, pour beaucoup la faim n’a pas d’oreille. L’absorption de cette nourriture déclanche une multitude de cas de diarrhée. Nos camarades docteurs et infirmiers sont submergés, et demandent des volontaires pour nettoyer les lieux transformés en cloaque, ils n’ont plus assez de lits et doivent transformer un block dortoir en block hôpital. Je n’échappe pas à cette nouvelle épidémie. En quelques jours je perds 4 kilos de plus. Mes camarades ne me laissent pas aller à l’infirmerie, ils préfèrent me soigner eux-mêmes. Ils brûlent des bouts de planches pour faire du charbon de bois que j’absorbe en quantité, de toute façon il n’y a rien d’autre  pour se soigner.

 

La fin du calvaire  se précise

Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés à attendre notre libération. Un jour nous avons vu arriver le Général Leclerc. En quelques minutes nous étions tous autour de lui en pensant qu’il allait nous sortir de là. Après nous avoir salués, il nous a fait un beau discours en s’adressant à nous comme à des soldats. Lui non plus ne comprenait pas pourquoi nous n’étions pas encore libérés. Il nous promit de revenir dans quelques jours avec des moyens de transport pour nous sortir de là, mais ce sont les soldats de la 1er Armée du Général de Lattre De Tassigny qui viendront nous chercher. Les plus valides seront amenés vers les gares pour regagner la France. Ceux jugés trop faibles dont je fais partie iront se refaire une santé à Reichnau, un village près du lac de Constance (petit Nice pour les pontes nazis). Nous logeons dans des maisons ou des villas évacuées par leurs occupants.

Le Général de Tassigny avait donné une demi-heure aux villageois pour préparer 30 kilos de bagages et se rendre sur la place du village où des cars les attendaient pour les amener dans une grande ville.

Avec trois camarades que je ne connaissais pas, nous nous sommes retrouvés dans une petite maisonnette de pécheur très près du lac de Constance. La maison avait été abandonnée précipitamment car les assiettes sur la table n’étaient même pas vides. Nous avons du péniblement faire un peu de ménage pour rendre cette demeure convenable. Comparé à ce que nous venions de quitter c’était magnifique, derrière la maison il y avait un jardin bien entretenu plein de légumes, des poules et des lapins.

Le midi et le soir une jeep de l’armée venait nous chercher pour nous conduire à la cantine militaire où des repas tenant compte de notre état nous étaient servis. Je repris vite des forces. Au bout de quelques jours nous n’allions à la cantine que le midi, le soir nous nous faisions à manger avec les produits du jardin, les œufs des poules ou même en cuisant un lapin.

Il y avait dix jours que nous étions là, quand un problème survint. Quelques déportés avaient tenté de s’introduire dans une maison bourgeoise sans nul doute avec l’intention de dérober quelque chose. Cette maison était gardée par un couple d’Allemands trop âgés pour être évacués. Ils se plaignirent à un officier, qui à son tour nous en fit part à la cantine. Comme après la libération, j’avais été désigné pour m’occuper avec d’autres camarades de la sécurité, on me proposa de reprendre du service et de faire avec mes compagnons colocataires des rondes de nuit pour que cela ne se renouvelle pas. L’armée mit à ma disposition une jeep avec chauffeur et la nuit nous sillonnions les rues du village. Nous n’avons jamais eu besoin d’intervenir. Au mois de juin, rétablis, notre rapatriement fut organisé.

 

 

Reconnaissance de la nation

1) Chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur.  2) Médaille Militaire.  3) Croix de guerre 39/45.   4) Médaille d’Engagé Volontaire.  5) Croix du Combattant. 6) Croix du Combattant Volontaire de la Résistance. 7) Médaille du Résistant Déporté.

 

 m-dailles656.jpg

 

QUESTIONS CONCERNANT CET ARTICLE :

Delphine élève de 3ème : avez-vous de la haine pour les Allemands ?

La haine ne fait pas partie de mes sentiments. D’autre part, nous ne devons pas oublier que les premiers arrivés dans le camp de Dachau étaient des antifascistes Allemands qui avaient osé s’élever et dénoncer la politique nazie. Plus d’un million de femmes et d’hommes Allemands ont connu les camps de concentrations.

Pour la seule période du 30 janvier au Printemps 1936, 1.359 personnes sont assassinées par les agents nazis. De 1933 à1945, 32.500 personnes sont condamnés à morts par les tribunaux nazis.

Le réseau « La Rose Blanche »

Ils étaient Allemands mais aussi nos frères de combat, dans ceux qui avaient pu fuir ce régime. Certains étaient venus se réfugier dans le pays des droits de l’homme : la France, la plupart d’entre eux ont été arrêtés et livrés aux nazis par le gouvernement de Pétain après un séjour dans un camp des Pyrénées Atlantiques. Ceux qui avaient pu échapper à l’arrestation se sont retrouvés à nos cotés dans la résistance. La veille de notre libération et sur ordre express d’Himmler « Aucun prisonnier ne doit tomber vivant aux mains de l’ennemi (nos libérateurs). Liquider tout », ce sont des antifascistes Allemands de la ville de Dachau qui attaquent les SS pour les empêcher de commettre ce crime. Après quatre heures de combat, la garnison du camp supérieurement armée décimera les combattants antifascistes dont trois sont des évadés du camp. Friedrich Durr, Anton Hackl, Erich Humann. Ils seront fusillés sur place par les SS.

 

Simone élève de 3ème : vous parlez de solidarité, mais comment donner quand on n’a rien ?

La solidarité peut prendre plusieurs formes, quelques paroles d’encouragement dites au bon moment peuvent sauver un individu en pleine détresse physique ou morale.

Le coup de pied dans les fesses de mon Camarade Pierre Doize, accompagné de mots durs pour me forcer à réagir à un moment où la mort me paraissait la seule échappatoire, a fait plus pour ma survie qu’un somptueux repas.

En dehors de ces deux exemples, le collectif venant d’Eysses avait organisé une vraie solidarité. Quand, au repas du soir nous touchions notre tranche de pain, nous découpions de notre maigre ration un bout de la grandeur d’un morceau de sucre. Ce petit bout de pain peut paraître ridicule, mais la réunion de 200 bouts de pain, formait un stock apte à sauver les plus déficients de nos camarades qui, comme ça m’est arrivé, ne parvenaient plus à lutter pour survivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:03

 

DACHAU CAMP MODELE PARFAITEMENT ORGANISE

Dachau camp modèle - le chant des Marais - notre tenue - programme journalier - frais d'entretien des détenus par jour - Expériences médicales - les punitions - nombre de détenus - les exécutions - Mots d'ordre d'Eisenhower  à la libération du camp -

 

Dachau le premier camp de concentration, ouvert en 1933

Camp « modèle » pour la formation des bourreaux

futurs commandants de camp

Sur le portail d’entrée du camp on pouvait lire : « Le travail rend libre »

 

Administration du camp :

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L'hymne des déportés du camp : le chant des Marais.

 

 

 

En 1933 le camp de Dachau est créé. Il est le produit d’une collaboration institutionnelle entre la police officielle du Land de Bavière qui va fournir les détenus et la SS qui doit gérer et administrer les lieux.

Ce camp de concentration pour prisonniers politiques a pour but de « rééduquer» les détenus, alors en majorité communistes, des sociaux démocrates opposés aux nazis, en vue de leur réinsertion dans la nouvelle société. La libération des internés « rééduqués » est même prévue. Ce camp « serait » même une mesure de clémence envers les détenus. «Au moins n’avons-nous pas dressé de guillotine » dira Hitler dans un entretien avec la presse. Ce camp et les autres venus plus tard seront  bien les piliers de la nouvelle société totalitaire nazie. La presse de Bavière se félicite de la création de Dachau, mais un dicton local « mon dieu ! rends-moi muet que je n’aille pas à Dachau » résume la terreur suscitée dans la population environnante par ce camp. Ce camp qui anticipe le futur monde parfait de la SS doit être modèle.

Ce n’est pas pour rien que Heinrich Himmler chef de la Gestapo nomme en Avril 1934 Théodor Eicke comme administrateur de ce camp « modèle », inspecteur des camps à venir.  Dachau doit servir de « centre de formation » pour un grand nombre de SS. Parmi eux,  Rudolf Höss, chef de camp d’Auschwitz; Josef Kramer, chef du camp de Birkenau ou encore les chefs des camps de Sachsenhausen, de Flossenbürg, de Ravensbrück et Mathausen.

Sa Kommandantur comprend trois grands services : le Schutzhafilager chargé du contrôle de l’effectif et des sanctions, l’Arbeitseinsatz qui gère les travaux, l’intendance et le fonctionnement du camp.

A côté de la Kommandantur : la Politische Abteilung gère les immatriculations. Les Lagerkommandants ont les pleins pouvoirs pour l’administration de son camp. Ils forment eux-mêmes parmi les concentrationnaires, la hiérarchie du camp. Aux politiques, ils préfèrent les criminels, les grands bandits toujours prêts à servir pour une ration supplémentaire, mais parfois désignent les doyens du camp, anciens opposants au régime nazi internés depuis 1933. Ces auxiliaires, une fois investis par nos bourreaux, avaient droit de vie et de mort sur nous, alors que les anciens détenus politiques allemands tentaient plutôt de soulager nos conditions de vie.

La hiérarchie interne du camp était composée d’un chef de camp (lagerältester), d’un chef de block (Blockältester), d’adjoint au chef de Chambrée (Stubendienste), de la police interne du camp (Lagerschutz), du secrétaire du camp (lagerschreiber).

La hiérarchie des kommandos de travail comprenait un chef  (Kapo : triangle vert et brassard jaune) qui avait lui aussi, droit de vie et de mort sur nous, et puis les sous-chefs (Vorarbeiter : triangle vert et brassard vert). L’organisation des kommandos de travail était faite par le bureau de répartition des travailleurs (l’arbeitsstatistik).

 

Notre tenue :

Pendant la quarantaine, nous avions un habillement civil, vêtements pris sur les précédents arrivés. Ces vêtement étaient bariolés de peinture rouge avec une cible dessinée dans le dos.

La quarantaine passée, la tenue se composait d’une chemise, d’un caleçon, d’un pantalon et d’une veste rayée bleu et blanc. Nous devions fixer notre numéro de matricule, un triangle rouge à gauche sur la veste, à droite sur la jambe droite du pantalon.

Qu’il fasse froid : moins 35° en hiver, ou qu’il fasse chaud : plus 35° en été, nous avions la même tenue. Aux pieds des claquettes à semelles de bois avec dessus en toile. sur la tête un béret de la même toile que la tenue.

En même temps que notre tenue nous recevions une gamelle que nous devions accrocher à notre ceinture le jour et cacher sous notre oreiller la nuit, pour ne pas la perdre. Sans elle, nous ne pouvions pas avoir notre ration. Nous n’avions ni cuillère, ni fourchette, ni couteau.

Dans chaque block nous pouvions lire « un pou c’est la mort » mais nous n’avions ni savon, ni serviette, le moindre bout de chiffon nous était interdit.

La tondeuse nous laissait 2 millimètres de cheveux coupés par une raie (strass) dessinée au rasoir, de 4 centimètres de large, partant du front à la nuque, destinée à aligner les rangs au moment des appels. Cette partie du crâne devait être rasée chaque semaine.

Nous n’avions plus de nom, pour nos bourreaux chacun de nous devenait stuk (morceau). Aux différents appels, ils ne disaient pas 30 ou 50 hommes, mais 30 ou 50 stuks.

 

Note de service N°13 adressée au chef de camp

le 6 août 1942 :

Suite à un rapport, le SS Obergruppenführer  Pohl, chef du Wirtsschaftsverwaltungshauptamt; vient d’ordonner que les cheveux en provenance des détenus soient conservés pour une utilisation industrielle.

Le cheveu humain sert à la fabrication de feutre et de fil. Ainsi les longs cheveux de femmes sont utilisés dans la fabrication de chaussons pour les équipages de sous-marins et de bas en feutrine pour les cheminots.

Vous avez par conséquent l’ordre de conserver, après désinfection les cheveux que vous aurez fait couper aux femmes. Les cheveux d’hommes ne sont utilisables qu’à partir de 20mm.

C’est pourquoi le SS Obergruppenführer  Pohl a donné son accord pour qu’à titre d’essai on ne coupe les cheveux aux hommes que lorsqu’ils ont dépassé les 20 mm de longueur. Pour éviter que du fait des cheveux plus longs ne soient facilitées les évasions, il faudra – si le commandant du camp le juge nécessaire – procéder à l’aide d’une petite tondeuse à la découpe sur le haut du crâne d’une bande longitudinale  de cheveux, ce qui permettra infailliblement d’identifier un détenu en fuite.         
                                                                                                    Signé Glücks

 

 

Programme Journalier :

 

Eté :

4 heures : réveil. Dans les secondes qui suivaient il fallait être aux pieds de son lit car c’est avec un gourdin que le Blockältester vous faisait descendre.

4 heures 15 : distribution de liquide appelé « café » avec une fine tranche de pain

4 heures 30 : sortie du block et dénombrement de l’effectif par le chef de block

5 heures : rassemblement général sur la place d’appel en présence des autorités SS du camp.

En semaine, nous ne devions pas être en retard au travail, les appels étaient rapides, par contre les appels pris sur nos temps de sommeil ou de repos pouvaient durer des heures.

L’appel du soir durait dans le meilleur des cas une bonne heure. Ceux du dimanche bien davantage : deux voire trois heures selon les humeurs des autorités.

5 heures 20 : formation et départ pour les  Kommandos de travail

6 heures à 12 heures : travail.

12 heures 10 : distribution du repas  par les Vorarbeiter

Si votre tête avait le bonheur de plaire au chef de block, il plongeait la louche d’un litre dans le bouteillon (Marmite Norvégienne) pour en extraire une soupe relativement épaisse, si votre tête ne lui plaisait pas, il écumait le dessus du bouteillon et vous n’aviez que du liquide. Nous devions manger debout, et il y avait toujours un petit malin pour vous bousculer et faire tomber votre maigre ration.

12 heures 30 : reprise du travail jusqu’à 18 heure 30 puis retour au camp

19 heures à 20 heure (dans le meilleur des cas) : appel.

20 heures 10 : distribution du repas du soir par le Blockältester et ses aides. Une louche de liquide insipide, plus une tranche de saucisson ou un petit carré de margarine et une fine tranche de pain.

Dans le rationnement initial il était prévu à notre arrivé 2 600 grammes de pain par semaine soit 371 grammes par jour, mais au mois de janvier 1945 la ration de pain était de 291 grammes par jour et par personne.

21 heures : théoriquement nous devions être couchés.

Mais là encore, tout dépendait de l’humeur du chef de block. Il pouvait décréter un contrôle de poux. Dans ce cas nous devions nous mettre nus et nous présenter devant lui et ses aides, la chemise dans une main, le caleçon dans l’autre, que nous remettions pour contrôle aux aides, pendant que le chef de chambrée muni d’une torche fouillait notre anatomie à la recherche de poux. Malheur à celui qui en avait un, non seulement il était roué de coups, mais en plus il lui supprimait ses vêtements, sa couverture et sa paillasse, le tout allant à la désinfection.

Un soir, il nous a fait sortir, par moins 15 degrés, sous prétexte qu’il avait entendu un bruit suspect. Nous sommes restés dehors, serrés les uns contres les autres pour ne pas mourir de froid.

 

Frais d’entretien des détenus par jour :

Les frais d’habillement, de logement et de nourriture ne doivent pas dépasser hpour les femmes la somme de 1,32 R.M (Reich Mark), pour les hommes 1,34 R.M.

Les frais d’habillement y compris nettoyage et raccommodage pour les femmes 0,27 R.M, pour les hommes 0,39 R.M.

Les frais de logement femmes et hommes 0,30 RM se décomposent comme suit :

  • matériel  d’équipement lit (châlit à 3 étages) : 0,05 RM 
  • frais d’entretien (chauffage, éclairage, nettoyage, eau, évacuation d’eau  0,15 RM
  • location des bâtiments : 0,10  R M                                                           
  • nourriture, y compris suppléments pour travailleurs de force :  0,65 RM

Expériences médicales faites sur les déportés :

Le camp de Dachau servait également de laboratoire pour des expériences médicales demandées par les corps d’armée nazis.
             
Munich, le 17 février 1943

                 Au Reichsführer  et chef de la police allemande

Monsieur Heinrich Himmler

Berlin SW 11

Prinz-Albrecht-Strasse 8

 Mon Vénéré Reichsführer !

Veuillez trouver ci joint, un compte rendu des résultats obtenus lors des essais de réchauffement par chaleur animale sur des sujets réfrigérés.

En ce moment même, je me préoccupe de prouver par des expériences appropriées, que les sujets humains refroidis par un froid sec, peuvent être réchauffés aussi rapidement que ceux refroidis par immersion prolongée dans l’eau froide. Ma théorie, cependant, est fortement mise en doute par le médecin chef de la SS le SS Gruppenführer Gravitz.

Jusqu’à présent, j’ai fait baisser à un niveau de moins 27-29° la température corporelle d’une trentaine d’individus, laissés en plein air complètement dévêtu, pendant 9 à 14 heures.

On peut lire plus loin :

S’il est dans vos intentions, mon vénéré Reichsführer de faire avancer le plus rapidement possible- soit à Auschwitz, soit à Lublin, ou dans tout autre camp de l’Est – ces expériences d’une importance essentielle pour l’armée de terre, je vous prie, en toute soumission, de bien vouloir me donner très rapidement les ordres nécessaires, pour que je puisse encore profiter des derniers froids de l’hiver.

                                                              Heil Hitler

                                      Votre toujours obéissant, reconnaissant  et dévoué

                                                             S. Rascher

 

 

Les expériences faites à Dachau sont multiples et variées :

Le Reichsführer SS

Le Médecin en chef de la SS et de la police

Objet :traitement  biochimique de la septicémie etc. avec des moyens biochimiques

Au Reichsführer Himmler.

Je me permets de vous soumettre le rapport provisoire suivant, sur les résultats actuels du traitement biochimique de la septicémie et autres cas de maladies.

Durant la période de référence, les 40 cas suivants ont été traités dans l’infirmerie de Dachau avec les moyens  biochimiques :Affections purulentes phlegmoneuses, Septicémie, Furonculose et abcès, Infection de plaies opératoires, Malaria, Pleurésie purulente, Endocardite infectieuse, Nephropyose, Sciatique chronique, Calculs biliaires

La plupart des cas de septicémie ont été inoculés, Les premiers résultats démontrent que dans le cas d’affection grave l’évolution négative n’a pratiquement pas pu être stoppée par les moyens biochimiques. Tous les cas ont été mortels.

En conclusion, sur un total de 40 cas, on peut noter 1 cas positif, 4 cas positifs avec réserves, et 35 échecs, dont 10 cas mortels.

 

Il y a eut un troisième type d’expériences, appelées expériences sur les phlegmons et pratiquées sur ordre de Himmler durant les années 1942 et 1943, des sujets parfaitement sains étaient sélectionnés, contaminés avec du pus prélevé sur des malades souffrant de phlegmons.

( Extrait de l’acte d’accusation du procès des Nazis à Dachau)

Au début pour les expériences, les cobayes devaient être pris parmi les asociaux Tsiganes, mais comme ces asociaux étaient de sang mêlé se nourrissant de manière autre que les nôtres, un dignitaire nazi suggéra de faire ces expériences sur des sujets plus en rapport avec la race germanique et proposa de prendre des prêtres supposés avoir une vie plus saine.

 

Les Punitions

Lettre du 4 avril 1942 : Le Reichsführer aux Commandant des camps de concentrations.

Le Reichsführer SS et chef de la police Allemande vient de décréter que dans les cas où ses ordres d’application de la bastonnade comportent la mention  « peine aggravée» la dite bastonnade est à administrer aussi bien pour les hommes que pour les femmes en détention selon les instructions antérieures du Reichsführer SS.

Lettre du 13 octobre 1943 : En accord avec le chef de la sûreté et du SD, la Bastonnade est à supprimer avec effet immédiat pour les sujets Français étant donné que cette peine corporelle pourrait  après la remise en liberté des détenus, être exploitée à des fins de propagande anti-Allemande.

  Les autres sanctions pouvaient être : la privatisation de nourriture, les stations prolongées sur la place d’appel, jusqu’à  trois heures aux appels du soir, six heures aux appels du dimanche puisque cela  était pris sur notre temps de repos, les travaux supplémentaires  totalement inutiles après le retour du Kommando, bastonnades et flagellation 25 coups de Schlague sur les fesses, suspension par les bras à un poteau, puis la pendaison pour tout acte considéré comme sabotage.

Les bastonnades et les pendaisons se faisaient aux moments des appels du soir. Pour les bastonnades, des tables étaient amenées face à la place d’appel, les condamnées étaient couchés le buste sur la table, un Kapo lui baissait le pantalon puis mettait la schlague dans la main d’un autre détenu (qui pouvait être son meilleur copain, voire son frère ou son père) et il recevait l’ordre d’administrer les 25 coups que le supplicié devait compter tout haut.

Si un déporté travaillant sur une machine outil cassait un foret ou une pièce de sa machine et que le surveillant Allemand ne confirme pas l’incident comme naturel, le déporté pouvait être considéré comme saboteur et pouvait être condamné à la pendaison. J’ai assisté à 6 pendaisons.

Quand les pauvres déportés étaient pendus, nous devions défiler devant les corps, mais en passant devant eux il fallait détourner la tête, car les regarder aurait été un dernier hommage, ce que les nazis voulaient pas.

A l’origine notre extermination systématique n’était pas prévue, mais par les sévices, le travail harassant, la faim et le froid, elle devenait plus que probable. Ci-dessus les fours crématoires de Dachau.

 

Nombre de détenus arrivés à Dachau : Statistique sur le nombre d’arrivées enregistrées à Dachau, d’après les investigations du service international de recherches.

 

1933 –   4 821

1934 –   1 990

1935 –   2 111

1936 – 2 323

1937 –  2 015

1938 – 18 681

1939 –   3 932

1940 – 22 675

1941 – 6 135

1942 – 12 572

1943 – 19 358

1944 – 78 635

1945 – 30 958

 

 

Soit au total 206 206 déportés, dont 31 591 morts déclarés.

N’ont pas pu être authentifiés, ni dénombrés, tous les décès survenus des personnes transférées à Dachau pour y être exécutées, les prisonniers de guerre Russes, les morts aux cours des marches forcées du départ de Dachau ou des camps annexes.

Le camp avait été prévu à l’origine, pour 5.000 détenus. En 1945 les nouveaux arrivés, mes compagnons et moi-même, dormions à 3 par planches  de 70 centimètres de large sur 2 mètres de long (châlits). Dans les Réviers (Infirmeries), ils étaient à deux par lits.

 

Les exécutions au camp de Dachau :

Novembre  1940 : 55 détenus d’origine Polonaise

1941/ 1942 : plusieurs milliers de prisonniers Russes

Février 1944 : 31 prisonniers officiers Russes

Septembre 1944 : 90 prisonniers Officiers, sous officiers et soldats

Quelques jours avant la libération, en avril 1945 : le général Delestraint et 11 officiers Tchèques

 

Le général Dwight Eisenhower, commandant des forces armées alliées, lorsqu’il découvrit la réalité des Camps de la mort en Europe, ordonna de prendre toutes les photographies possibles, et que les Allemands des villages voisins soient guidés à travers les camps et même qu’ils enterrent les morts. Il le fit parce que comme il le dit lui même à ce sujet : « Que tout soit enregistré – Obtenez des films, des témoins : parce qu’au cours de l’histoire, il se trouvera un enfant de salaud qui se lèvera et proclamera que cela n’a jamais existé » ». Le site « Mémory of the camps », chapitre 4, sur Dachau, vous aidera à comprendre pourquoi inlassablement nous témoignons.

 

 

Il faudra que je me souvienne

Poème écrit  au camp de Ravensbrück en décembre 1944

par Micheline Maurel

 Il faudra que je me souvienne,

Plus tard, de ces horribles temps,

Froidement, Gravement, sans haine,

Mais avec franchise pourtant.

 

De ce triste et laid paysage,

Du vol incessant des corbeaux,

Des longs blocks sur ce marécage

Froids et noirs comme des tombeaux.

 

De ces femmes emmitouflées,

De vieux papiers et de chiffons

De ses pauvres jambes gelées

Qui dansent dans l’appel trop long.

 

Des batailles à coups de louche,

A coups de seau à coups de poing.

De la crispation des bouches

Quand la soupe n’arrive point.

 

De ces « coupables » que l’on plonge

Dans l’eau vaseuse des baquets,

De ces membres jaunis que rongent

De larges ulcères plaqués.

 

De cette toux à perdre haleine,

De ces regards désespérés

Tournés vers la terre lointaine.

O mon Dieu, faites nous rentrer !

 

 

 

 

 

 

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:02

Avez-vous pu parler de vos souffrances endurées en rentrant chez vous ?

Nous avons tous essayé, mais nous n’étions pas écoutés. Les gens venaient de subir 5 ans d’occupation et pensaient avoir souffert autant que nous. J’ai tenté, comme d’autres, plusieurs fois d’en parler, mais au bout de quelques minutes nous n’intéressions personne. Sans doute pensaient-ils que nous exagérions. De là sans doute notre peur d’être pris pour des affabulateurs.

Qui pouvait penser qu’une telle barbarie pouvait exister ? Que des hommes soient capables d’infliger ce que nous avons subi. Nous n’avons su nous-mêmes, que petit à petit, toute l’ampleur de la monstruosité nazie. C’était trop horrible pour être cru. C’est sans doute pour cette raison que nous avons eu tant de mal à reprendre le cours d’une vie « normale ». Seuls, ceux qui avaient partagé notre sort savaient et pouvaient comprendre. Aujourd’hui les historiens, les films, la littérature parlent de cette période, les gens prennent enfin conscience de l’horreur incommensurable de cette période … cela a été bien long.

Pour le 1er anniversaire de notre libération, avec mon camarade d’infortune Jean Delbos (Renard), nous avons décidé de faire venir de notre amicale des photos prises par les photographes de l’armée pour faire une exposition. Nous pensions que nos éventuels visiteurs seraient plus sensibles aux photos qu’à nos récits. Nous n’avons vu qu’une dizaine de personnes. Les gens avaient préféré aller danser dans un bal du quartier de la gare. Ils auraient pu passer voir l’exposition avant ou après, mais non, cela ne les intéressait pas. Nous comprenions bien cette envie de s’amuser après tant d’interdictions, de restrictions : les bals avaient été interdits pendant la période 1940/1945.

Après le triste constat d’échec de notre tentative, je suis  allé, moi aussi, voir cette fête. L’orchestre jouait « La Marseillaise », si souvent reprise par les Résistants, si lourde de souvenirs douloureux, elle était devenue un air sur lequel on dansait. Cela m’a bouleversé et mis dans une colère folle, j’ai interpellé les musiciens et prenant le micro j’ai rappelé aux danseurs combien de fois cet hymne avait été chanté par ceux qui allaient être fusillés. Vous avez déjà oublié ! ». C’est une rafale qui a fait taire la Marseillaise chantée par mes camarades fusillés à Eysses.

Ils ne m’ont pas jeté hors du bal, ils savaient que je venais de rentrer de déportation. Pour eux, j’étais un peu dérangé, sans plus.

 

Le Rapatriement

Le 16 juin 1945, nous avons embarqué dans un train pour la France en traversant la Suisse. Je ne me souviens plus de la gare, mais je n’oublie pas la longue table dressée sur le quai où nous venions de nous arrêter. Sur cette table : des pots de café, de lait, de chocolat fumant, des brioches et des croissants, du pain frais : pour nous ! J’ai en mémoire ces dames souriantes qui nous servaient, je crois bien que j’ai goûté à tout. C’était tellement bon !

Une rétention anormale d’eau, résultat d’une alimentation riche après de longs mois de malnutrition, me gonfla d’œdème, si bien, que certains émirent des doutes quand je disais que je rentrais d’un camp de concentration.

 

Passage à l’hôtel Lutècia et rencontre avec mon ami George Lévy

Le passage au centre de rapatriement a été très pénible. Le nombre de questions qui nous étaient posées démontrait que nous étions suspectés d’affabulation malgré la tenue rayée que nous portions encore. Je fus soulagé quand enfin je reçus ma carte de rapatrié, un peu d’argent et le bon de transport qui me permettrait de rejoindre mon village Souillac.

J’allais quitter le centre quand je fus appelé au micro pour me rendre à l’accueil. Quelle ne fut pas ma surprise de voir un ami : Georges Lévy à qui j’avais fourni une fausse identité pour lui permettre de travailler comme secrétaire dans l’entreprise où je travaillais moi-même, ainsi qu’une chambre chez ma grand-mère.

George représentant en chaussures, se trouvait à Souillac quand la grande rafle des juifs a eu lieu à Paris. Il apprit par un ami que les siens avaient été arrêtés, ainsi que le patron de la société qu’il représentait. Sans ressources, il cherchait un emploi, je le fis embaucher par mon oncle, chef de chantier, récemment rentré d’un stalag pour raison sanitaire
Comme il était interdit d’embaucher du personnel juif, je francisais son nom pour le rendre acceptable, il n’avait pas oublié. Il me fit différer mon départ de 24 heures car il voulait me présenter à sa famille, et me faire découvrir Paris que je ne connaissais pas.

Les visites à sa famille étaient jalonnées de pleurs et de lamentations, chez une tante quatre de ses cousines n’étaient pas revenues, chez une autres six, en tout vingt-sept parentes n’étaient pas revenues d’Auschwitz.

Ensuite, il m’amena à la tour Eiffel fermée au public mais ouverte pour les rapatriés des Stalags et des camps de Concentration, et aux militaires. Puis il me conduisit à la gare d’Austerlitz d’où mon train partait vers minuit. Des wagons étaient réservés pour les rapatriés d’Allemagne et les permissionnaires.

Ce court séjour passé à Paris m’a privé d’une cérémonie officielle prévue pour mon retour par le Maire, avec fleurs et discours, car mon arrivée avait été signalée par le centre de rapatriement, au Comité de réception mis en place dans chaque gare. J’avais donc manqué la réception officielle du Maire faute d’avoir pensé à prévenir de mon retard.

 

Mon arrivée à Souillac.

Dans le wagon qui me ramenait, je fis la connaissance d’une jeune fille qui avait passé deux ans dans le camp de Ravensbrück et j’appris qu’elle descendait, elle aussi, à Souillac. Elle était du petit village de St Denis près martel situé à une dizaine de kilomètres de Souillac. Nous avons parlé tout le long du voyage de nos expériences réciproques. Au bruit que fit le train en passant sur le pont de fer, je compris que nous approchions de Souillac. J’avoue que j’étais un peu fébrile à l’idée de revoir mon village quitté précipitamment deux ans plus tôt presque jour pour jour. Le train s’arrêta au son de « Souillac, ici Souillac ». Et surprise ma mère, une tante et un oncle étaient là à m’attendre, ma mère pleurait de joie.

La dernière fois que je l’avais vue, c’était au parloir d’Eysses, nous étions séparés par deux grilles avec entre les grilles, entre nous, un surveillant qui faisait les cents pas. On ne pouvait se voir que par intermittence entre deux passages du  surveillant. Comme nous étions nombreux, il fallait presque crier pour se comprendre. Devant les pleurs de ma mère, je lui avais demandé de ne plus venir. Mon frère André venu avec elle, n’avait pas pu me voir car un homonyme André Lafaurie était recherché pour un délit. Le temps d’apporter la preuve qu’il n’était pas l’individu recherché, l’heure des visites était passée.

Comme j’aidais la jeune fille à descendre du train, ma mère crut que j’amenais une fiancée.

Mon oncle qui faisait partie du Comité de réception nous amena au local situé dans un salon mis à la disposition du comité par l’Hôtel Bellevue et me tendit la gerbe de fleurs apportée la veille par le Maire. Je lui fis comprendre qu’il devait la remettre à la jeune fille qui m’accompagnait en expliquant  d’où elle venait et où elle allait pour que mon oncle fasse le nécessaire. Pendant que nous dégustions un bon chocolat avec des tartines beurrées mon oncle téléphona au centre d’accueil de St Denis–près–Martel pour venir chercher la jeune fille, et à un taxi pour me ramener chez ma grand-mère.

Quand le taxi pour la jeune fille arriva, accompagné d’une dame âgée habillée tout en noir, la jeune fille qui avait pourtant parlé normalement tout le long du voyage et en arrivant au centre, se mit à prononcer des paroles incompréhensibles. En voyant les gens de son village et sa mère, il semble qu’elle a perdu la raison.

Un taxi que je connaissais bien était là, j’y fis monter ma mère. Mais j’ai voulu descendre à pieds cette avenue de la gare que j’avais tant de fois arpentée, revoir chaque maison, les arbres en fleurs, entendre le gazouillement des oiseaux, respirer à plein poumon, me gaver de cette liberté retrouvée. C’est seulement à cet instant que je me suis senti libre, je me suis mis bêtement à rire. Je fis le tour du village pour revoir mes oncles, mes tantes, mes cousins et cousines, et  retrouver quelques copains. 

 

ô terre enfin libre
où  nous pourrons revivre


 

                                     Aimer ... Aimer !                                      

 



 

 

 

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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