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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:03

18 JUIN 1944 DE COMPIEGNE A DACHAU

Dernière étape vers l'enfer - Dachau - Les kommandos - Allach - La Libération pas la fin du calvaire - le rapatriement - l'Hôtel Lutécia - SOUILLAC - Reconnaissance de la Nation - Questions-Réponses -

 

DERNIERE ETAPE VERS L'ENFER

Memorial-de-Royalieu.jpgNous quittons le camp de Royallieu le 18 juin 1944 au petit matin pour rejoindre la gare de Compiègne. Nous ne savons pas dans quel camp nous allons nous retrouver. Nous ne pouvons oublier combien nous avons souffert de la soif dans le premier voyage qui nous amenait de Penne-d’agennais à Compiègne et des 4 jours enfermés dans ces horribles wagons. En France nous avions bénéficié à deux reprises de quelques gouttes d’eau et d’un peu de bouillon, distribués par la Croix Rouge, mais la frontière franchie, que pouvions-nous espérer ? Dans notre carré de cent que les SS à coups de crosse et de hurlements nous avaient fait former, je remarquais le Docteur Ignace Bauer, Résistant Autrichien qui avait quitté son pays pour fuir le nazisme et le combattre avec la résistance Française. Arrêté, il avait été condamné à 15 ans de travaux forcés.

Arrivés en gare de Compiègne, un jeune lieutenant SS nous gratifie d’un petit discours en  français : « Si un tente de s’évader, nous vous tasserons à 200 par wagon, si un s’évade dix seront fusillés, si deux s’évadent tout le wagon sera fusillé ». « Autre chose encore, je sais que vous avez des couteaux, donnez-les, ou je marque votre wagon d’une croix. N’oubliez pas que vous avez fait une faute contre l’Allemagne. Nous vous permettons de la réparer en travaillant honnêtement pour le Grand Reich Allemand ».

Sous les cris et les coups, il nous faut monter dans ces wagons. Les derniers ont du mal à y pénétrer, les coups pleuvent et nous nous serrons pour faire de la place aux camarades poussés sans ménagement par les SS.

Quand le centième est rentré, les portes se referment sur nous. Les quatre vasistas d’aération sont également fermés. Le train n’est pas parti que déjà l’air manque. Notre camarade Bauer fait placer les plus âgés et les plus faibles contre les portes où se glisse un peu d’air frais. Il nous conseille de manger le peu de vivre qui nous a été donné avant le départ, car, dit-il « avec la soif qui va se faire sentir vous ne pourrez rien avaler ensuite ». Nous avons une petite réserve d’eau pour la première journée. Pour la distribution, nous nous groupons par dix et nous faisons circuler la boite de conserve d’un litre où chacun peut boire. La solidarité prend là toute sa mesure car si chacun de nous aurait pu vider la boite pour étancher sa soif,  il restait de l’eau dans la boite : nous avons tous et sans nous concerter, bu moins que nous aurions pu par scrupule pour nos copains. C’est ça la solidarité volontaire d’Eysses. Solidarité qui jouera jusqu’au bout de notre captivité.

Le train roule, arrivé à Avricourt en Meurthe et Moselle, il marque un arrêt prolongé : la garde du train, jusque là assurée par des SS, passe aux mains de soldats Italiens et de soldats de la Wehrmacht. Un  peu plus tard se sont les Schupos (Policiers Allemands) qui prennent la relève.

A chaque arrêt, nos gardes font la sourde oreille lorsqu’on réclame de l’eau. A Haguenau dans le Bas Rhin, les portes sont ouvertes, un peu d’air frais entre dans le wagon où une âcre odeur, difficilement respirable empuantit de plus en plus le wagon. Au milieu de cet espace réduit, il y a un demi bidon qui sert de tinette depuis notre départ.

 Une jeune fille en larmes tente d’approcher avec un cruchon d’eau. Les schupos s’interposent et la repoussent. Minutes d’humanité, quelques gamins font des pieds de nez derrière les gardes.

Certains camarades ont réussi à cacher un petit mot écrit à la hâte pour leur famille les glissent dans l’espace entre la porte et le wagon avec l’espoir qu’il sera ramassé par une âme charitable et transmis à leur famille : quelques uns réussiront.

La marche haletante du convoi se poursuit dans l’angoisse. Les premiers signes de fatigue et de soif se font sentir. Un camarade délire, un autre voit une fontaine et bouscule les copains pour aller boire.

A Karlsruhe, un officier fait ouvrir les portes et nous apporte deux bouteilles d’eau. Des camarades s’évanouissent. Ni les gouttes d’eau versées entre leurs lèvres tuméfiées ni les gifles ne réussissent à les ranimer.  Le docteur Bauer demande à un autre copain de venir près de lui pour le cas échéant le seconder car il craint le pire. Ensuite il nous demande de nous serrer encore davantage pour que 10 camarades, en commençant par les plus fragiles puissent s’allonger et dormir. Par roulement, tous les quarts d’heures et pendant les deux derniers jours du voyage, nous avons tous eu droit à ce repos réparateur.

Au lever du jour, l’air frais  du petit matin nous fait du bien. Nos malades reprennent quelques couleurs. Des camarades placés prés du vasistas voient par les fentes du bois, les faubourgs d’Ulm. Au bruit, nous devinons que nous passons sur un pont « sûrement le Danube » nous dit notre ami Bauer. Arrivé en gare, notre convoi s’arrête. Les portes sont à nouveau ouvertes. Sur une voie, nous voyons des prisonniers de guerre. Nous les interpellons et nous leur disons ce que nous sommes. Plusieurs d’entre eux vont chercher des seaux d’eau qu’ils nous font passer malgré les Schupos qui tentent de les repousser. Nous arrivons à boire quelques gouttes.

Notre convoi repart, tiré cette fois par une machine électrique. 48 heures se sont écoulées depuis notre départ. Le temps se rafraîchit et la pluie se met à tomber. Par les fentes des parois du wagon nous tentons de récupérer un peu de cette eau. Nous arrachons des morceaux de nos chemises pour éponger l’eau qui coule aux joints de la porte pour nous humecter les lèvres qui nous brûlent. A Augsbourg, le train stoppe de nouveau. Par les fentes du wagon, nous voyons sur le quai face à nous une fontaine d’où coule l’eau. Les gardes ouvrent les portes. Un cheminot allemand est interpellé par un camarade qui lui fait comprendre que nous avons soif. Le cheminot va remplir son seau pour nous l’apporter mais il est chassé par nos gardes. Le train repart, la pluie tombe de nouveau. Notre convoi s’arrête, au bruit nous savons que nous sommes sur une voie de garage. Bauer qui regarde par la fente du wagon se retourne vers nous et nous annonce que nous sommes en gare de Dachau.

Nous sommes le 20 juin 1944, une pendule de la gare affiche 14 heures. Notre descente des wagons se fait sans brutalité de la part de nos gardes. Nous avions mis 4 jours pour faire le parcours de Penne-d’agennais à Compiègne, nous n’avons mis que deux jours de Compiègne à Dachau.

A l’arrivée, tous les Eyssois sont vivants, grâce à la discipline volontairement consentie. Sur le chemin nous menant au camp, il y a des mares d’eau, certains camarades se laissent tomber pour boire, car la soif est encore présente. Les plus costauds tentent de les empêcher de boire cette eau croupie, ils ont du mal à les en dissuader. Des gamins font semblant de nous tirer dessus.

 

Un autre convoi de 2.520 déportés, parti de Compiègne le 2 juillet arrive à Dachau le 5 juillet 1944, l2 jours après le nôtre, il y a 984 morts à l’arrivée à Dachau et seulement 121 rescapés de ce convoi à la libération du camp.

Dans ce convoi formé d’hommes venant de différentes prisons, il y a 52 Eyssois, 30 dans un wagon, 20 dans un autre, 2 braves copains dans un autre : Pierre Blattes 22 ans et Marcel Person 20 ans, ouvriers catholiques, les amis du préau 1 les avaient surnommés le « fraternel tandem ». Isolés, parmi des hommes qu’ils ne connaissent pas, ils  seront retrouvés morts au milieu d’autres cadavres,  tellement serrés qu’ils se sont étranglés mutuellement. La barbarie de ce convoi fut évoquée en 1951 au cours du procès du général Oberg « Le boucher de Paris ».

 

Le 20 juin 1944,  à 14 heures nous franchissons les portes de l’Enfer

ô terre de détresse
où nous devons sans cesse
Piocher ... Piocher

 

dachau.jpg

Nous sommes à Dachau, une petite ville tranquille de Bavière. Après une marche qui nous parait interminable, nous arrivons devant le portail d’entrée du camp. Ceux qui connaissent l’allemand peuvent y lire :

« Le travail rend libre ».

Nos gardes silencieux depuis notre descente des wagons hurlent des ordres que nous ne comprenons pas. Un camarade traduit. Nous devons nous remettre en ordre de formation pour entrer dans le camp. Les Schupos nous font ensuite passer la porte de l’enfer et nous conduisent sur une place où ils nous abandonnent. Autour de nous des hommes en tenue rayée vont et viennent, indifférents. Je suis surpris de voir un homme en tenue rayée en frapper un autre. Comment un prisonnier peut-il en frapper un autre ? ça me parait hors nature. Un homme s’approche de nous et nous demande d’où nous venons. « De France » répond Pierre Doize qui est prés de moi. Il a un accent nordique et la lettre TC sur son triangle violet. Nous ne savons pas encore à quoi cela correspond. Il demande s’il y a des prêtres parmi nous, « non » répond Pierre, « mais pourquoi me demandez-vous ça ? » « Je voulais leur dire de ne pas se déclarer prêtre, car ceux qui le disent sont séparés du reste du collectif et en souffrent énormément ».

Nous avons passé toute la journée sur cette place sans boire, sans manger. Le soir, vers 19 heures, des hommes en tenue rayée, munis de gourdins nous entourent et sous la menace nous font lever et nous dirigent vers un grand bâtiment de douches. Nous avons eu du mal à y rentrer tous. Les gourdins rentrant en actions, nous nous serrons davantage pour que ces messieurs puissent fermer les portes et nous abandonnent à notre sort. Nous étions tellement fatigués que les uns sur les autres, nous avons sombré dans un sommeil de plomb. Nous ne savions pas alors que dans d’autres camps des bâtiments de douches avaient servi à l’exécution de milliers de déportés.

NAZICAMPDACH0018.jpgLe lendemain à l’aube, nous sommes dirigés vers un bâtiment administratif où nous devons donner nos noms aux détenus commis aux écritures. Nous devons ensuite quitter nos vêtements et passer devant les coiffeurs pour être tondus. On nous passe sur la tête et sur les parties génitales un large pinceau trempé dans un acide qui nous brûle les chairs. Puis vient la douche, avec alternance d’eau brûlante et glacée. Nous n’avons ni savon,  ni chiffon pour nous frotter, ce serait exagéré de dire que nous sommes sortis de la douche propres.

Après cette mascarade de douche, nous recevons une chemise, un caleçon, une veste, et de lourdes claquettes à semelles de bois. Toutes ces opérations sont ponctuées de coups de schlague.

Il est 6 heures quand nous allons vers les bâtiments de quarantaine, dirigés par un Blokältester, super Kapo nommé Méanssarian. Un type complètement fou et cruel. Il représente ce qu’il y a de plus fourbe dans la nature humaine. Il a un marteau de carreleur (gros marteau avec boule en caoutchouc) qu’il appelle son « Dolmetscher » (Interprète). Tous les moyens sont bons. Pour une interpellation, un copain se retrouve la tête en sang. Il se plait à dire « vous êtes rentrés par la porte, vous ne sortirez que par là » en montrant la cheminée des fours crématoires. Il se plait aussi à rappeler l’inscription gigantesque qui s’élève sur le bâtiment central : « Un seul chemin vers la liberté : obéissance, zèle, honnêteté, ordre, propreté, sobriété, sincérité, esprit de sacrifice et amour de la patrie ». Citation toujours suivie de coups de son Dolmetscher pour ceux qui se trouvent trop près de lui.

Le convoi des Eyssois est le premier grand convoi arrivant de France. La première tâche est de maintenir sa cohésion dans l’anonymat absolu, car les SS et leurs auxiliaires, chefs de block et kapos créent toutes les conditions susceptibles de déboucher sur des conflits et de porter la haine entre nous, prenant à leur compte la formule de Machiavel : « diviser pour régner ».

Les blocks de quarantaine 19. 20.21 sont composés de 4 chambrées 19/1. 19/2. 19/3. 19/4,

je me retrouve dans la 19/2. Le chef de chambrée Schade est un ancien député communiste allemand de Kassel, arrivé dans ce camp en 1933. Sans répit, il explique comment déjouer les provocations et appelle à la solidarité internationale. A la Chambrée 19/4 les camarades organisent la solidarité. Ils prélèvent une petite part de leur ration pour donner aux plus jeunes.

Il y avait quelques jours que nous étions dans ces blocs de quarantaine, nous couchions à 3 sur une plache de 70 cm de large, comme compagnon de châlit, j'avais Pierre Doize d'un côté et Marius Potavin de l'autre, nous étions tête bèche, je dormais la tête entre leurs pieds.

Théoriquement, nous ne devions pas travailler, mais un matin, alors que j'allais de la chambre 3 à la une pour voir mon camarade Jean Delbos, j'ai été pris pour une corvée avec une dizaine d'autres camarades. Il fallait effacer les traces d'un bombardement dans les jardins des SS en remettant de la terre dans les trous faits par les bombes pour égaliser le terrain. A 5 mètres de moi se tenait une sentinelle, qui alluma une cigarette et la porta à sa bouche, puis une deuxième qu'il envoya à mes pieds d'une pichenette. Pour faire comprendre à ce soldat que je n'acceptais rien de lui, j'ai écrasé rageusement du talon cette cigarette. Geste qui m'a valu coups de crosse et coups de poings, c'est le SS chef du commando qui m'a sorti d'entre ses mains et m'a dit en Français "retourne à ton travail !" : il était Alsacien.

Je me suis fait prendre une deuxième fois pour une autre corvée. C'était quatorze jours après l'arrivée de notre convoi, un convoi parti de Compiègne le 2 juillet qui sera dit "convoi de la mort". Nous devions prendre les morts des wagons, les jeter dans une grande remorque, que nous tirions une fois pleine vers les fours crématoires. C'était la première fois que je voyais tant de morts : il y en avait plus de 800.

Longtemps, après, suite à un cauchemar qui m'avait ramené à Dachau, j'ai composé les rimes du "sinistre chariot".

Le sinistre chariot

Je n'oublierai jamais ce sinistre chariot

Que nous tirions à vingt de la gare à Dachau

Derrière nous le kapo, le SS et son chien

L'un guettant nos mollets, l'autre nos bas de reins

Car malheur à celui qui pour se reposer

Laissait le moindre mou à son cruel harnais

Car le kapo guettant nos moindres défaillances

Ne faisait par ses coups qu'augmenter nos souffrances

Dans ce chariot, des morts, nos compagnons, nos frères,

Qui ne connaîtrons jamais la paix d'un cimetière

Car pour eux qui demain ne seront que poussière

Pas de fleurs, pas de tombe, pas la moindre prière

Comme nous, ils pensaient voir un jour la victoire

Et nous les emmenons vers les fours crématoires

Avec pour oraisons les cris de nos bourreaux

Et puis les grincements de l'horrible chariot

En tirant je pensais sans vouloir l'avouer

Qu'un jour ce serait moi que d'autres tireraient

Alors pour m'évader de ses sombres pensées

Et prouver à moi-même que j'étais bien vivant

J'oubliais la douleur faite par le harnais

Et tirait comme un fou tout en serrant les dents.

 

Le CHANT DES MARAIS cher à tous les déportés a été inspiré et écrit au camp de concentration de Dachau

paroles de Hans Esser et Wolfgang Langhoff - musique de Rudy Goguel

 Refrain :

Oh ! Terre de détresse

Où nous devons sans cesse

Piocher, piocher.

 

Loin dans l’infini s’étendent

De grands prés marécageux

Pas un seul oiseau ne chante

Sur les arbres secs et creux.

 

Dans ce camp morne et sauvage

Entouré d’un mur de fer

Il nous semble vivre en cage

Au milieu d’un grand désert.

 

Bruit des pas et bruit des armes

Sentinelles jours et nuits

Et du sang, des cris, des larmes

La mort pour celui qui fuit.

 

Mais un jour dans notre vie

Le printemps refleurira

Liberté, Liberté chérie

Je dirai : Tu es à moi.

 

Dernier refrain :

Oh ! Terre enfin libre

Où nous pourrons revivre

Aimer, Aimer !

Oh ! Terre d'allégresse

Où nous pourrons sans cesse

Aimer ! Aimer !


 

Parlant des Eyssois Edmond Michelet  a écrit dans « rue de la liberté »

«L’irruption dans le camp de ces milliers de Français désordonnés aux mois de juin et juillet 1944, en avait bouleversé la physionomie. Les anciens les plus blasés, étaient obligés d’en convenir. Ils s’en montraient au début, agacés et parfois horrifiés. A la longue, ils se firent une raison. Le jour du 14 juillet 1944, par exemple, dans les blocks envahis par les Tzouganges (nouveaux venus) des trains de Compiègne, il avait été froidement décidé qu’on observerait une minute de silence après l’appel du matin. « Il faut manquer de sens commun comme ces anarchistes, disait Joos, pour ne pas comprendre les conséquences où risque de les entraîner ce geste ridicule »

Le mot d’Anarchiste n’était vraiment pas le mot qui convenait à notre collectif car notre force résidait justement dans notre discipline librement consentie, notre union et notre foi dans ce que nous défendions : « une certaine idée de la France », comme dira plus tard le Général de Gaulle.

 « C’était en effet, une des interdictions les plus formelles du règlement que les convictions nationales ou autres. Il ne faut pas perdre de vue qu’une des données de base de la cité était de considérer les détenus comme des têtes de bétail de la catégorie la plus inférieure. Où serait-on allé, si cette racaille s’était avisée d’avoir une pensée commune et de vouloir mener une activité concertée ?

 « Non contents de cette manifestation silencieuse du jour de leur fête nationale, ils s’étaient déchaînés, le 20 juillet suivant lorsque, l’espace d’une heure, les rapides évènements consécutifs à l’attentat contre Hitler semblaient vouloir marquer un tournant du destin. La nouvelle en était parvenue au camp je ne sais comment. Ce dont je me souviens très bien par contre, c’est la panique des camarades qui avaient en main l’action clandestine lorsqu’ils entendirent s’élever la Marseillaise des blocks 21 et 23 (Blocks où avait été transférés les Eyssois). On courut me chercher au kommandos de la désinfection, où nous ignorions tout ce qui se passait. J’ai découvert ce matin-là combien le sentiment du tragique est éloigné de la mentalité française. De même je n’ai jamais si bien compris pourquoi on nous traitait de peuple léger. Et jamais non plus je ne m’en suis senti si fier. »

Cette relation reproduite intégralement, exige quelques précisions car elle intéresse directement la genèse du Bataillon d’Eysses. La célébration du 14 juillet ne s’est pas seulement bornée à une minute de silence. A l’heure du rassemblement « antreten » les déportés de chaque block français ce sont mis en formation quasi militaire pour se rendre à l’appel général sur l’Appelplatz.

 

Le bloc formé par les Eyssois

est en partie démantelé par la formation des kommandos

Quelques jours plus tard les Eyssois quittèrent le camp central pour divers kommandos. Une formation importante se retrouva au camp kommandos d’Allach pour travailler pour la B.M.W, usine de fabrication de moteurs d’avions. Une partie sera affectée à l’usine, une autre partie à la fortification de l’usine.

Une autre importante formation ira rejoindre le plus terrible des kommandos Hersbrück pour construire une usine souterraine.

Dans ce camp où les conditions de travail sont horribles, on comptera 1.500 morts par mois..

sept Eyssois ne reverront pas leur pays pour lequel ils ont tout sacrifié :

  • Azagra meurt massacré par un kapo
  • Eugène Camarade Dutriévoz  reconnu inapte au travail meurt d’une piqûre à l’essence.
  • René Fontaine refusant de travailler sera abattu sur place.
  • Antonin Dumas perdra la raison et ne reconnaîtra plus personne.
  • André Morcel meurt d’épuisement
  • Georges Luc meurt les reins brisés par cent coups de bâtons
  • Edouard Planque créateur de la solidarité sera la dernière victime.

 

 

Au camp d’Allach

 

NAZIPLANDACH0004.jpg

Je suis affecté au camp  d’Allach kommandos principal de Dachau, créé pour être à proximité de l’usine B. M .W (située à six kilomètres de Munich). Des milliers d’ouvriers esclaves travaillent pour cette firme Allemande. La plus grande partie des déportés est affectée à la fabrication de pièces de moteur, une autre partie  à la fortification de l’usine par une couverture en dôme de plusieurs couches de bétons armés. D’autres le sont dans des petits kommandos moins importants. Le premier block où nous nous retrouvons a un chef Alsacien, bien que triangle vert (Droit Commun), il est assez correct avec nous. Dans ce block nous nous retrouvons une trentaine de Français dont dix anciens d’Eysses et parmi nous un commentateur sportif de Radio France Georges Briquet qui a un moral d’acier. Nos autres compagnons sont des Russes de Mongolie, nous devons nous en méfier car ils sont voleurs.

Mon premier kommandos est un petit groupe de 12 travailleurs. En arrivant sur le site, prés d’une cantine pour travailleurs libres, le kapo nous divise en deux groupes, un de six maçons dont je fais partie : nous devons bâtir des chambres pour les travailleurs libres de la B.M.W.  le  2ème  groupe de six sera affecté aux « pluches ».

Pendant que nous montons des murs en briques, d’autres les plus âgés épluchent des tas de pommes de terres, carottes, raves ou choux, sous la surveillance d’un vieux SS  bourru et de son chien. Le Kapo Frank, triangle vert, est relativement correct, il ne crie que quand le SS est à proximité. Mes camarades Pierrot, Henri, et Marius sont trois copains d’Eysses, 2 maçons Italiens complètent l’équipe.

Il y a cinq mois que nous travaillons sur ce chantier, nous avons tous perdu de nombreux kilos, la faim nous tenaille d’autant plus que nous travaillons à une centaine de mètres de la cantine d’où nous arrivent des odeurs de cuisine. J’ai essayé de manger une patate crue qui avait roulé à mes pieds, ce n’était vraiment pas bon, les carottes auraient été meilleures mais même ceux qui les épluchent n’ont pas le droit d’en manger. Les pelures mêmes devaient être renvoyées aux cuisines. Le soir, nous étions fouillés, rien ne devait être ramené au camp.

Au mois de décembre, en prenant une planche, je me plante un clou dans la main gauche. Le soir même je n’arrive pas à temps pour passer par l’infirmerie. Le lendemain, j’avais très mal, mais impossible d’atteindre l’infirmerie. Le surlendemain, ma main avait pris des proportions inquiétantes. Au quatrième jour mon avant bras avait doublé de volume, je ne pouvais même pas quitter ma veste. Le soir, je réussis à atteindre le lieu magique et enfin me faire soigner. Henri Neveu un camarade d’Eysses m’avait dit « si tu arrives à l’infirmerie demande Boris ».

C’est un camarade infirmier qui a arrêté ses études de médecine pour aller porter assistance aux Républicains Espagnols avec les brigades internationales et qui a fait la Résistance avec le groupe FTP-MOI de Missak Manouchian qui sera fusillé avec 9 autres Résistants de son groupe (voir l’affiche rouge).

A l’infirmerie, tous les docteurs sont Français, un infirmier Victor est Russe, l’autre Boris est Roumain. Quand il regarde ma main, il fait une grimace significative puis fait signe à Victor de s’occuper de moi ce qui me contrarie un peu. Victor me donne un bout de bois qu’il me fait signe de mettre entre mes dents, puis commence à me charcuter la main. Sans le bois que j’ai entre les dents, je pense que j’aurais hurlé de douleur. Il gratte avec un  scalpel ma main douloureuse pour enlever toute l’humeur, ma main est pratiquement traversée de part en part. Quand Boris revient, Victor lui montre la profondeur de la plaie. C’est lui qui me fait le pansement avec des bandes de papier, et qui me dit « tu rentres à l’infirmerie, à l’avenir c’est moi qui m’occuperai de toi ». Il me fit donner un lit et s’occupa vraiment de moi. J’étais tellement mal physiquement et moralement, qu’il tenta tout ce qui était possible pour me remettre sur pieds. Il essaya même, sans y parvenir, de me faire admettre comme aide pharmacien. La pharmacie était réduite à peau de chagrin, il n’y avait plus rien.

Début janvier, un contrôle des blessures est fait par le SS, il me déclare « guéri » en m’accusant d’avoir triché. Je dois reprendre le travail le lendemain, il me condamne à 15 jours de travaux punitifs pour avoir dissimulé ma guérison.

Au retour du kommandos, au lieu de me reposer avant la distribution de soupe du soir, je dois sous la direction d’un kapo brutal faire de la « pelote » : debout, couché, courir, porter des poids d’un point à un autre. Cette punition durera 15 jours.

 A ma sortie de l’infirmerie j’ai été affecté à un kommandos de jardiniers. A longueur de journée nous repiquons poireaux, salades et autres plants. Nous en mangeons autant que nous en repiquons et nous en ramenons pour nos copains cachés dans nos caleçons. Un soir au cours de l’appel à la sortie du kommandos, des plants de légumes tombent du bas de caleçon d’un camarade italien. Le SS l’ayant vu nous fait tous déshabiller et bien sûr nous en avions tous. Le SS hurle sa rage, nous ne comprenons pas grand-chose si ce n’est le mot « sabotage ». Il contrôle même les vestes des soldats qui bien qu’en tenue allemande n’étaient pas Allemands mais Tchèques et Slovènes. Eux aussi avaient bourré leurs vestes de ces plants. Le mot sabotage prononcé, nous nous attendions au pire en arrivant au camp,. A notre surprise et soulagement, le SS n’a pas donné suite à cette affaire. La situation avait bien changé. Les nazis essuyaient défaites sur défaites sur tous les fronts.

Le dernier kommandos où j’ai été affecté au mois de février, consistait à remettre en état des voies de chemins de fer de la gare de Munich, bombardées toutes les nuits. Chaque jour, nous étions deux bonnes centaines à rétablir les voies pour le passage des convois militaires.

Pendant les alertes, nous allions nous mettre à l’abri dans les caves des brasseries près de la gare. Un jour, nous nous sommes retrouvés dans une cave, avec toute une main d’œuvre de prisonniers Russes. Nous avons demandé à boire, au lieu de nous apporter de l’eau, les prisonniers nous apportèrent de la bière. Elle nous monta vite à la tête et nous nous sommes mis à chanter (c’était courant dans les rangs russes), la Marseillaise et même l’Internationale jetèrent un grand désarroi parmi les soldats qui avaient peur que le SS arrive. C’est le cœur léger, presque euphorique que nous avons repris le travail, l’alerte terminée.

La ville de Munich que nous traversions tous les jours n’était plus que tas de ruines.

Le 24 avril, plus de kommandos de travail, un ordre circule : nous devons nous présenter sur la place d’appel non plus par block mais par nationalité. Soviétiques et Allemands doivent  quitter le camp pour une destination inconnue, sans doute vers la mort. Un appel est lancé par le  Comité Français, « arrachez vos triangles d’identification pour que l’on ne puisse pas  distinguer les Soviétiques des autres ». Les Français, les Belges, les Espagnols et la plupart des Soviétiques jouent le jeu et nous nous présentons sur la place d’appel dans la plus grande confusion. Les Soviétiques reconnus par les kapos ou les chefs de bloc sont sortis des rangs,  un convoi est formé et quitte le camp. Nous apprendrons par Victor l’infirmier russe qui réussit à laisser le convoi pour regagner le camp, qu’à quelques kilomètre du camp, les SS ont dit aux Soviétiques qu’ils étaient libres. Mais quand ils ont quitté les rangs ils ont été fauchés par une mitrailleuse.

 

-- La libération mais pas la fin du calvaire.

AllachSurvivors.jpg

Le 26 avril, à notre grande surprise la sirène du camp reste muette et je suis surpris de me réveiller alors qu’il fait grand jour. J’ai d’abord cru que j’avais loupé le réveil et pensé à la correction que j’allais prendre. Mais me penchant vers la couche de Pierrot Doize, mon cher Pierrot, qui m’a souvent empêché par des mots simples de sombrer dans la déprime qui m’aurait été fatale, était là, lui aussi, en dessous de moi. Il ne comprenait pas plus que moi. Un coup d’œil circulaire nous apprit que personne n’avait quitté le block. Il se leva, nous demanda de ne pas bouger : il allait voir ce qui se passait. Quand il revint après avoir rencontré les autres responsables du Comité International, il nous apprit que les SS, les kapos et les chefs de chambres avaient  quitté le camp pendant la nuit. Il nous pria de rester calmes et de ne pas manifester trop d’enthousiasme car les Allemands étaient peut être aux abords, guettant la moindre manifestation pour nous anéantir aux fusils mitrailleurs. Petit à petit, nous sommes sortis. Chaque Nationalité se mit à fabriquer son drapeau qui flotta bientôt au-dessus des blocks.

Le Comité international réuni prit les premières mesures d’organisation car il fallait continuer à vivre. Des volontaires prirent en mains les divers services : cuisine, sanitaire, police pour empêcher quelques règlements de compte. Le bruit des canonnades était de plus en plus distinct et le 27, nous avons vu les premiers soldats américains.

Deux jours plus tard, un bloc sanitaire était installé. Nous passions à la douche, à la désinfection, puis devant des docteurs qui nous examinaient. Quand je suis monté sur la balance, l’infirmier annonça en Américain et pour moi en Français : 30 kilos 400, j’avais perdu plus de 43 kilos entre le 14 juillet 1943 et le 30 avril 1945, plus particulièrement du 3 mai 1944 au 30 avril 1945.

Au camp principal Dachau, les bruits sur la libération circulent et se contredisent. Une seule certitude, Himmler, grand policier du Reich a donné un ordre : « liquider tout ». Pour en préparer l’exécution, le chef de camp fixe à midi l’heure du rassemblement sur l’Appelplatz. Obéir équivaut au suicide. La place d’appel restera vide.

Dans l’après midi, les SS forment une colonne de déportés Russes et Allemands pour les amener vers une destination inconnue.  En cours de route les camarades arrivent à désarmer l’escorte SS et prennent contact avec l’organisation de résistance de la ville de Dachau. Le 28 avril, ils lancent une attaque contre les forces nazies qui contrôlent le camp de Dachau et la garnison SS qui occupent la Mairie de Dachau. La garnison SS supérieurement armée, décime les combattants antifascistes.

 

jean-LAFAURIE644-a-copie-1.jpgSur la photo ci-contre, le benjamin des déportés français lors de la libération du Kommando d'Allach.

Sur la Mairie de Dachau une plaque de marbre rend hommage aux combattants tombés pour la liberté.

Le 28 avril a failli être le jour le plus sombre de la tragique histoire de Dachau, car au moment où toute évacuation s’avère impossible, le gauleiter de Munich, Gesiler donne l’ordre de fusiller, gazer ou brûler tous les détenus. Weis qui refuse d’exécuter l’ordre est abattu par Rupert. Weiter, le commandant en titre refusera de prendre une décision, il ne songe qu’à fuir ces lieux devenus maudits. La direction du camp part le 29, au petit jour, laissant le camp aux mains d’une petite garnison. Sur la caserne des SS le drapeau blanc a remplacé l’emblème à croix gammée.

Nous pensions tous, qu’une fois libérés nous serions nourris par nos libérateurs et que nous serions très vite rapatriés dans nos pays respectifs. Ce ne fut pas le cas. Comme les vivres manquent de plus en plus nous mangeons tout  ce qui nous parait comestible comme l’herbe. Nous savons que des vivres ont été stockés à l’usine B.M.W. Nous demandons aux Américains l’autorisation d’aller chercher  ces vivres, ils acceptent. Ce sont des conserves de charcuterie, pas  très recommandées pour nos estomacs atrophiés. Nos camarades docteurs nous mettent en garde et nous recommandent de partager les boites en quatre parts, pour beaucoup la faim n’a pas d’oreille. L’absorption de cette nourriture déclanche une multitude de cas de diarrhée. Nos camarades docteurs et infirmiers sont submergés, et demandent des volontaires pour nettoyer les lieux transformés en cloaque, ils n’ont plus assez de lits et doivent transformer un block dortoir en block hôpital. Je n’échappe pas à cette nouvelle épidémie. En quelques jours je perds 4 kilos de plus. Mes camarades ne me laissent pas aller à l’infirmerie, ils préfèrent me soigner eux-mêmes. Ils brûlent des bouts de planches pour faire du charbon de bois que j’absorbe en quantité, de toute façon il n’y a rien d’autre  pour se soigner.

 

La fin du calvaire  se précise

Je ne sais plus combien de temps nous sommes restés à attendre notre libération. Un jour nous avons vu arriver le Général Leclerc. En quelques minutes nous étions tous autour de lui en pensant qu’il allait nous sortir de là. Après nous avoir salués, il nous a fait un beau discours en s’adressant à nous comme à des soldats. Lui non plus ne comprenait pas pourquoi nous n’étions pas encore libérés. Il nous promit de revenir dans quelques jours avec des moyens de transport pour nous sortir de là, mais ce sont les soldats de la 1er Armée du Général de Lattre De Tassigny qui viendront nous chercher. Les plus valides seront amenés vers les gares pour regagner la France. Ceux jugés trop faibles dont je fais partie iront se refaire une santé à Reichnau, un village près du lac de Constance (petit Nice pour les pontes nazis). Nous logeons dans des maisons ou des villas évacuées par leurs occupants.

Le Général de Tassigny avait donné une demi-heure aux villageois pour préparer 30 kilos de bagages et se rendre sur la place du village où des cars les attendaient pour les amener dans une grande ville.

Avec trois camarades que je ne connaissais pas, nous nous sommes retrouvés dans une petite maisonnette de pécheur très près du lac de Constance. La maison avait été abandonnée précipitamment car les assiettes sur la table n’étaient même pas vides. Nous avons du péniblement faire un peu de ménage pour rendre cette demeure convenable. Comparé à ce que nous venions de quitter c’était magnifique, derrière la maison il y avait un jardin bien entretenu plein de légumes, des poules et des lapins.

Le midi et le soir une jeep de l’armée venait nous chercher pour nous conduire à la cantine militaire où des repas tenant compte de notre état nous étaient servis. Je repris vite des forces. Au bout de quelques jours nous n’allions à la cantine que le midi, le soir nous nous faisions à manger avec les produits du jardin, les œufs des poules ou même en cuisant un lapin.

Il y avait dix jours que nous étions là, quand un problème survint. Quelques déportés avaient tenté de s’introduire dans une maison bourgeoise sans nul doute avec l’intention de dérober quelque chose. Cette maison était gardée par un couple d’Allemands trop âgés pour être évacués. Ils se plaignirent à un officier, qui à son tour nous en fit part à la cantine. Comme après la libération, j’avais été désigné pour m’occuper avec d’autres camarades de la sécurité, on me proposa de reprendre du service et de faire avec mes compagnons colocataires des rondes de nuit pour que cela ne se renouvelle pas. L’armée mit à ma disposition une jeep avec chauffeur et la nuit nous sillonnions les rues du village. Nous n’avons jamais eu besoin d’intervenir. Au mois de juin, rétablis, notre rapatriement fut organisé.

 

 

Reconnaissance de la nation

1) Chevalier dans l'ordre de la Légion d'Honneur.  2) Médaille Militaire.  3) Croix de guerre 39/45.   4) Médaille d’Engagé Volontaire.  5) Croix du Combattant. 6) Croix du Combattant Volontaire de la Résistance. 7) Médaille du Résistant Déporté.

 

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QUESTIONS CONCERNANT CET ARTICLE :

Delphine élève de 3ème : avez-vous de la haine pour les Allemands ?

La haine ne fait pas partie de mes sentiments. D’autre part, nous ne devons pas oublier que les premiers arrivés dans le camp de Dachau étaient des antifascistes Allemands qui avaient osé s’élever et dénoncer la politique nazie. Plus d’un million de femmes et d’hommes Allemands ont connu les camps de concentrations.

Pour la seule période du 30 janvier au Printemps 1936, 1.359 personnes sont assassinées par les agents nazis. De 1933 à1945, 32.500 personnes sont condamnés à morts par les tribunaux nazis.

Le réseau « La Rose Blanche »

Ils étaient Allemands mais aussi nos frères de combat, dans ceux qui avaient pu fuir ce régime. Certains étaient venus se réfugier dans le pays des droits de l’homme : la France, la plupart d’entre eux ont été arrêtés et livrés aux nazis par le gouvernement de Pétain après un séjour dans un camp des Pyrénées Atlantiques. Ceux qui avaient pu échapper à l’arrestation se sont retrouvés à nos cotés dans la résistance. La veille de notre libération et sur ordre express d’Himmler « Aucun prisonnier ne doit tomber vivant aux mains de l’ennemi (nos libérateurs). Liquider tout », ce sont des antifascistes Allemands de la ville de Dachau qui attaquent les SS pour les empêcher de commettre ce crime. Après quatre heures de combat, la garnison du camp supérieurement armée décimera les combattants antifascistes dont trois sont des évadés du camp. Friedrich Durr, Anton Hackl, Erich Humann. Ils seront fusillés sur place par les SS.

 

Simone élève de 3ème : vous parlez de solidarité, mais comment donner quand on n’a rien ?

La solidarité peut prendre plusieurs formes, quelques paroles d’encouragement dites au bon moment peuvent sauver un individu en pleine détresse physique ou morale.

Le coup de pied dans les fesses de mon Camarade Pierre Doize, accompagné de mots durs pour me forcer à réagir à un moment où la mort me paraissait la seule échappatoire, a fait plus pour ma survie qu’un somptueux repas.

En dehors de ces deux exemples, le collectif venant d’Eysses avait organisé une vraie solidarité. Quand, au repas du soir nous touchions notre tranche de pain, nous découpions de notre maigre ration un bout de la grandeur d’un morceau de sucre. Ce petit bout de pain peut paraître ridicule, mais la réunion de 200 bouts de pain, formait un stock apte à sauver les plus déficients de nos camarades qui, comme ça m’est arrivé, ne parvenaient plus à lutter pour survivre.

 

 

 

 

 

 

 

 

  

 

 

 

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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