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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 09:06

 

Appel du 18 juin 1940 - Armistice du 22 juin 1940

- Gouvernement de Vichy - les chantiers de jeunesse - le STO - le rationnement

 

 

                          Appel du                                  
     GÉNÉRAL DE GAULLE
       à la radio de Londres
             le 18 JUIN 1940

"Les chefs qui, depuis de nombreuses années, sont à la tête des armées françaises, ont formé un gouvernement. Ce gouvernement, alléguant la défaite de nos armées, s'est mis en rapport avec l'ennemi pour cesser le combat. Certes, nous avons été, nous sommes, submergés par la force mécanique, terrestre et aérienne, de l'ennemi. Infiniment plus que leur nombre, ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui nous font reculer. Ce sont les chars, les avions, la tactique des Allemands qui ont surpris nos chefs au point de les amener là où ils en sont aujourd'hui. Mais le dernier mot est-il dit ? L'espérance doit-elle disparaître ? La défaite est-elle définitive ? Non ! Croyez-moi, moi qui vous parle en connaissance de cause et vous dis que rien n'est perdu pour la France. Les mêmes moyens qui nous ont vaincus peuvent faire venir un jour la victoire. Car la France n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle n'est pas seule ! Elle a un vaste Empire derrière elle. Elle peut faire bloc avec l'Empire britannique qui tient la mer et continue la lutte. Elle peut, comme l'Angleterre, utiliser sans limites l'immense industrie des États-Unis. Cette guerre n'est pas limitée au territoire malheureux de notre pays. Cette guerre n'est pas tranchée par la bataille de France. Cette guerre est une guerre mondiale. Toutes les fautes, tous les retards, toutes les souffrances, n'empêchent pas qu'il y a, dans l'univers, tous les moyens nécessaires pour écraser un jour nos ennemis. Foudroyés aujourd'hui par la force mécanique, nous pourrons vaincre dans l'avenir par une force mécanique supérieure. Le destin du monde est là. Moi, Général de Gaulle, actuellement à Londres, j'invite les officiers et les soldats français qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, avec leurs armes ou sans leurs armes, j'invite les ingénieurs et les ouvriers spécialistes des industries d'armement qui se trouvent en territoire britannique ou qui viendraient à s'y trouver, à se mettre en rapport avec moi. Quoi qu'il arrive, la flamme de la résistance française ne doit pas s'éteindre et ne s'éteindra pas. Demain, comme aujourd'hui, je parlerai à la Radio de Londres".

On a dit que 90% des français avaient applaudi en apprenant que Philippe Pétain avait demandé et signé à Montoire, le 22 juin 1940, le traité d’armistice. Auraient-ils applaudi s’ils en avaient connu le contenu ? Ce n’est pas sûr. Voilà ce qui a été paraphé par Pétain et Hitler :

La démobilisation de l’armée française,

La remise immédiate de l’armement collectif de celle-ci, de la flotte et de tous les appareils de  l’aviation 

L’occupation du territoire français entre les Alpes et le Rhône, ainsi que les têtes de pont

rive droite de Lyon, Valence, Avignon et l’occupation de la corse,

L’occupation de la Tunisie et de la côte de Somalie, l’occupation des bases navales d’Alger,

de Mers El-Kébir et de Casablanca,

La neutralisation de Beyrouth et la faculté pour L'’Italie d’occuper le port,

La faculté d’occuper n’importe quel point de métropole ou de l’Empire nécessaire à la

conduite des opérations, au maintien de la paix ou au rétablissement de l’ordre,

L’interdiction de procéder à aucune destruction, ni aucune évaluation de matériel ferroviaire dans la zone destinée à l’occupation Italienne,

La dénonciation de l’alliance avec l’Angleterre,

L’éloignement des forces britanniques se trouvant en métropole ou dans l’Empire,

Le désarmement et le licenciement des forces polonaises, belges… se trouvant en France

La France devait prendre en charge les frais d’occupation fixés à 400 millions de francs par jour, somme calculée pour une occupation par 8.000.000 de soldats. Après de nombreuses négociations la somme a été ramenée à 300 millions par jour soit 100 milliards par an (pour mémoire les recettes budgétaires de l'Etat n’avaient atteint que 54 milliards en 1938).

A la fin de l’année 1940 la France avait déjà versé 80 milliards;

LA FRANCE SOUS L'OCCUPATION

Pourquoi parle-t-on du Gouvernement de Vichy alors que l’Assemblée Nationale est à Paris, Capitale de la France ? Quel rôle va-t-il jouer ?

  A la demande d’Hitler, l’armistice voulue par Pétain, est signée à Rethondes en forêt de Compiègne, là où fut signer l’armistice du 11 novembre 1918. la France est découpée en plusieurs zones. Paris se trouve en zone occupée et administrée par les nazis. Après avoir cherché refuge dans diverses villes de la zone dite libre, les différents ministères ont enfin trouvé  à Vichy, le moyen de se regrouper : le Gouvernement de Vichy durera de 1940 à 1945.

Ce gouvernement efface des circulaires officielles les trois mots symbolisant notre République : Liberté, Egalité, Fraternité gravés dans la pierre des édifices publics et très profondément dans nos esprits de bons Républicains. Il les remplace par Travail, Famille, Patrie.

Pour les Français, de la zone dite libre comme pour ceux de la de zone occupée, le même cas de conscience se pose : faut-il  accepter sans réagir cette occupation ? Montrer l’hostilité  à cette occupation et  à cette collaboration hors nature par diverses actions, comme nous y invite l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, suivi de bien d’autres appels d’hommes politiques ?

Habitant la zone dite libre, je n’avais pas la honte de voir nos avenues souillées par les bottes nazies, ni à subir l’arrogance de l’occupant, mais pour moi voir la France  une et indivisible amputée des deux tiers est inadmissible, comme la politique de ce nouveau régime instauré par Pétain et ses ministres qui s’alignent de plus en plus sur le régime nazi, avec la restriction des libertés, la création des chantiers de jeunesse (1), l’arrestation d’élus du peuple sous le prétexte qu’ils sont de gauche ou qu’ils s’opposent à Pétain. Restrictions aussi du régime alimentaire (2), avec l’arrivée des tickets pour le pain, pour toutes les denrées alimentaires, mais aussi pour les chaussures, les vêtements, les pneus de vélo, le charbon, pour le chauffage et les ustensiles de cuisine. Les métaux, le cuir et le charbon, eux, sont réservés aux fabrications de guerre.

En mars 1942, Fritz Sauckel responsable du recrutement et de l’emploi de la Main d’œuvre réclame à la France et à la Belgique de lui fournir des ouvriers qualifiés. En juin 1942, il demande à Laval de lui fournir 350.000 travailleurs, en échange, il annonce que pour trois travailleurs volontaires, un prisonnier de guerre serait libéré.

240.000 répondront  à l’appel, mais le nombre de prisonniers rapatriés est en dessous des promesses, ceux qui reviennent sont malades ou blessés.

Le 8 Novembre 1942, les alliés lancent l’0pération « Torch » et débarquent en Afrique du Nord à Casablanca et à Oran (*) créant de nouveaux fronts. Pour répondre à cette attaque Hitler mobilise tous les hommes aptes à se battre. Il déclenche l’Opération Attila et envahit la partie de la France dite Zone libre. Puis,  le 27 novembre c’est l’Opération « Lilas » qui a pour but de s’emparer de la base maritime de Toulon en violation des accords d’Armistice signés à Rethondes. 90 bâtiments Français pour la plupart des bâtiments de Haute Mer, se sabordent pour ne pas tomber aux mains des nazis. C’est un tournant de la guerre.

L’Allemagne nazie a de plus en plus besoin de main d’œuvre pour remplacer les ouvriers allemands mobilisés, car les usines de guerre doivent fonctionner à plein régime.

A la fin de l’année 1942, Sauckel lance le Travail Obligatoire pour la zone occupée. Cette mesure est suivie d’un décret de Laval pour la zone libre, stipulant que les ouvriers Français ne travaillant pas directement pour les Allemands pouvaient être recrutés par les autorités préfectorales et envoyés par trains spéciaux en Allemagne.
Cette décision prise par Laval et datée du 1er février 1943 va encore plus loin, elle complète par « toutes les femmes sans enfant de 18 à 45 ans, et tous les hommes de 16 à 60 ans ». Le 16 février 1943, un texte de loi impose le Service du Travail Obligatoire (STO) (3).

La France de Pétain et Laval est le pays qui a fourni le plus de main d’œuvre à l’industrie de guerre de l’Allemagne nazie.

(*)  Des généraux Français de la base de Mers El Kébir, plus carriéristes que patriotes font ouvrir les feu sur les Américains qui ripostent, il y a eu 1.200 morts coté Américain et 3.100 coté Français. Mais la raison l’emporte et Français et Américains feront la paix. 30.000 soldats Français et Arabes rejoindront les forces Américaines pour l’offensive lancée contre les nazis Allemands  et les fascistes Italiens.

 

(1) Les chantiers de jeunesse :

Après la signature de l'armistice, il n’y a plus d'armée. Le gouvernement tient à contrôler  la jeunesse. Il crée pour la zone dite « libre » et pour l'Afrique du Nord dont il garde le contrôle, les « Chantiers de Jeunesse » qui vont remplacer le service militaire.

Les jeunes nés en 1920 - 1921 - 1922 (classes 40 - 41 – 42), sont dès la création de ces chantiers le 30 juin 1940, appelés à faire un temps de stage, qui de six mois passe à huit mois en 1941. Les appelés vivent en camps, à la manière des scouts, à la différence qu'ils ne sont pas volontaires. Ils doivent accomplir des travaux d'intérêt général, encadrés par des officiers de réserve ou d'active démobilisés, avec à leur tête le général Joseph de la porte du Theil.

Le but principal de ces chantiers est d'inculquer aux jeunes les valeurs de la Révolution Nationale prônée par Pétain et le gouvernement de Vichy, à savoir le culte de la discipline et de la hiérarchie et surtout la vénération du soi-disant sauveur de la France : Pétain, dont la  photo est sur tous les journaux, sur tous les murs, sur les timbres postes, sur les cahiers d'écolier et obligatoirement affichée dans les écoles où les enfants doivent chaque matin chanter l'hymne à Pétain " Maréchal nous voilà ».
La radio est interdite ainsi que tous les moyens qui auraient permis aux jeunes de suivre l'évolution de la guerre et de la politique menée par le gouvernement : tout était censuré.
Il faut savoir qu'a la création du STO (voir article suivant ) 16.000 jeunes de ces chantiers ont été envoyés en Allemagne, pendant que 9.000 furent astreints au travail obligatoire en France. Un grand nombre s'enfuit pour rejoindre la Résistance, d'autres partent pour l'Afrique du Nord.
Les stocks de vivres et de vêtements des chantiers devinrent une proie facile pour les maquis qui manquaient de tout.

Quand je suis arrivé au groupe Guy Môquet je n’avais sur moi que des habits de ville  pas très commodes pour vivre dans les bois. La première action a été d’aller dans un chantier de jeunesse récupérer des vêtements plus appropriés. Le jeune qui était affecté à l’habillement nous a donné un coup de main pour emporter tout ce dont nous avions besoin : pantalons, blousons, chaussures, et couvertures. Pour ne pas avoir à subir les reproches de sa hiérarchie il a même décidé de partir avec nous. Arrêté avec nous le 14 juillet, il passe au tribunal en même temps que nous, mais comme nous disons que nous l’avons pris en otage, il est libéré.

Les chantiers ouverts initialement aux jeunes juifs français en France, leur furent interdit en Afrique du Nord, puis à partir de 1942, en France. Certains chefs de ces Chantiers, tout en restant fidèles à Pétain contrecarreront la propagande  extrémiste de la collaboration en dissuadant certains jeunes de s’engager dans la Waffen SS. Un certain jeune chef du nom de Georges Toupet, basé en Silésie participa à une filière d’évasion de prisonniers de guerre et à un réseau de renseignement allié, auquel il communiqua des informations sur le camp de la mort voisin. Une trentaine de chefs de chantiers de jeunesse sur 200 envoyés en  Allemagne avec leurs hommes paieront de leur vie des actes avérés de résistance, autant subiront une arrestation prolongée ou seront envoyés dans les camps de concentration.

Mon frère André né en 1920, classe 40, fait partie des premiers appelés, dès 1941,  pour les chantiers de jeunesse. Il rejoint d’abord le camp situé près de Saint-Gaudens, puis en 1942, Felletin dans la Creuse. Il y occupe les fonctions de maître bottier.

Comme il est marié et père d’un petit garçon,  il ne loge pas au camp mais en ville. Jeanne la sœur de sa femme qui deviendra mon épouse en janvier 1946, les rejoint. Un soir alors qu’ils vont se mettre à table, des coups sont frappés à leur porte. Un couple et ses deux enfants se précipitent à l’intérieur avant même d’y être invités. Ils font signe de fermer la porte, le chef de famille explique qu’ils sont juifs et poursuivis par les SS. Ils cherchent une cache. Mon frère  n’a qu’une cave à leur offrir qui se trouve sous leurs pieds.

Jeanne l’aide à déplacer la table, sous une sorte de tapis se cache une trappe, le couple et les deux enfants y descendent sans plus d’explication. Le tapis et table sont vite remis en place, le repas est servi. A peine le temps de s’asseoir, que des coups violents sont frappés contre la porte qui s’ouvre. Deux soldats allemands pénétrent dans la pièce en vociférant et en les menaçant de mort s’ils cachaient des juifs, tout en visitant les deux chambres avant de repartir. Par la porte qu’ils laissent grande ouverte ils entendent le rapport lancé à leur chef SS par les soldats qui fouillent le secteur,  et les aboiements de chiens. Avec un chien, la cache eut été découverte, ils ont eu chaud !

Les camions repartis et le calme revenu, ils firent sortir le couple et les enfants de leur cachette. L’homme prit dans sa poche deux cigares qu’il offrit à mon frère. Mon frère fit un petit tour dehors pour s’assurer que tout danger était écarté, et la famille disparut dans la nuit.

Le lendemain mon frère ne se rendit pas au chantier de jeunesse, ils quittèrent Felletin pour rejoindre Souillac dans le Lot  où ils habitaient avant la guerre. Mon frère confia son épouse enceinte et son fils aux religieuses  avant de rejoindre un réseau de résistance F.T.P situé dans le Lot sous les ordres du capitaine Philippe, alias  Jean-Jacques Chapou.

En évoquant ce souvenir, ma femme Jeanne se rappelle la terreur de sa sœur qui tremblait de peur, tandis qu’avec André ils étaient pris d’un fou rire nerveux irrépressible … et toujours ils espéreront que les inconnus de cette nuit  auront échappé et survécu à la guerre.

 

(2) Le rationnement en France pendant la 2e guerre mondiale
tickets-de-rationnement665.jpg

Le dimanche 10 mars 1940, un décret et un arrête interministériel paraissent au Journal Officiel, fixant la date du recensement et les conditions d’établissement des cartes de rationnement : chaque personne doit remplir une déclaration le 3 avril au plus tard, afin d’être classée dans une des catégories prévues pour l’alimentation et le charbon.

Les premières cartes de  rationnement sont distribuées dès octobre 1940 pour les produits de base : pain, viande, pâtes, sucre : le rationnement s’est mis en place par le biais de cartes d’alimentation et de tickets.

La population Française (à l’exception des militaires) était partagée à l’origine en sept catégories. A chacune correspondait une carte spécifique :

Arrêté du 20 octobre 1940, publié au J.Q du 23 octobre, page 5395.

Catégorie E : Enfants des deux sexes âgés de moins de 3ans.

tickets-de-rationnement666.jpgCatégorie J1 : Enfants des deux sexes âgés de 3 à 6 ans révolus

Catégorie J2 : Enfants des deux sexes âgés de 6 à 12 ans révolus

Catégorie A : Consommateurs de 12 à 70 ans ne se livrant pas à des travaux de force

Catégorie T : Consommateur de 14 à 70 ans se livrant à des travaux nécessitant une grande   dépense musculaire.

Un arrêté du 11 décembre 1940 publié au J.O. du 12 décembre, page 6103, fixe les travaux, professions, emplois et situations spéciales dont les consommateurs peuvent se prévaloir d’être classés en catégorie T.

tickets-de-rationnement667.jpgCatégorie C : Consommateur de 12  ans sans limite d’âge se livrant aux travaux agricoles.

Catégorie V : Consommateurs de plus de 70 ans sans occupation réelle

Plusieurs changements interviendront ultérieurement dont la création de la catégorie J3.

Les rations journalières oscillaient entre 100 et 300 grammes de pain par jour, 180 grammes de viande par semaine, 500grammes de sucre par mois, le lait était réservé pour les catégories E, J et V, le vin à la catégorie T  des travailleurs de forces.

Exprimée en ration journalière individuelle, la moyenne est de 250 grammes de Pain, 25 grammes de viande, 17 grammes de sucre, 8 grammes de matière grasse, 6 grammes de fromage. Avec un tel rationnement, la nourriture d’un homme ne dépasse pas les 1200 calories par jour alors qu’il est généralement admis qu’il en faut 2400 par jour. 

En janvier 1941, la vente du café et succédanés purs  est interdite. Seuls les mélanges agréés peuvent être vendus. C’est également le mois de la mise en place du rationnement du charbon, en trois couleurs différentes correspondant aux critères suivants (Rouge prioritaire pour les foyers ne disposant pas de gaz ou d’électricité pour cuisiner), violette prioritaire pour les foyers sans gaz ni électricité et ayant des enfants de moins de 6ans ou des vieillards de plus de 70 ans, jaune : attribuée à tous les foyers, mais ne pouvant être servi que s’il restait un tonnage de charbon disponible après avoir servi les catégories Rouges et Violettes.

Mi-février 1941 : le rationnement pour les vêtements et autres articles textiles est institué, avec mise en place de bons d’achats et autorisations spéciales. Il y a 3 catégorie ; 1) enfants de moins de 3 ans, (E) : délivrance de droit pour les besoins normaux. 2) enfants de 3 à 17 ans (J1 + J2 +J3 partiel) délivrance de bons en cas de besoins urgents justifiés.3) toutes personnes de 17 ans : Aucun bon d’achat, sauf en cas de mariage, grossesse, deuil, et pour les prisonniers en retour de captivité.

Mars 1941 voit la création de bons d’achats spécifiques pour les femmes enceintes, regroupant les besoins d’un enfant de moins d’un an. Une liste très précise est établie comportant entre autre : 3 langes de coton, 24 couches, 2 langes en laine, 6 brassières de laine premier âge, 100 grammes de laine à tricoter, etc.

En 1942, la ration journalière maximale de pain descendra à 275 grammes. Le pain était constitué de farine de maïs, de fèves, ou d’orge à laquelle était ajouté des brisures de riz.

Les carnets de tickets avaient une validité de six mois et devaient obligatoirement porter le tampon de la ville de sa résidence . Tous les achats particuliers étaient notés au dos des carnets de tickets

Pour les périodes 1943/1944 le manque de produits était tel que de nombreux coupons de rationnement ne furent pas utilisés ! Il fallait se débrouiller pour survivre.

Le marché noir (marché parallèle) était de plus en plus florissant pour les trafiquants, ceux qui avait de l’argent trouvaient toujours à se ravitailler, pour les autres c’était beaucoup plus dur.

tickets-rationnement-710.jpgLa carte de pain supprimée en mai 1945, puis rétablie en décembre 1945, n'a disparu que le 1er février 1949. Pour le sucre, l'essence, le café et diverses denrées, il a fallu attendre le 1er décembre 1949 pour voir la fin des derniers tickets de rationnement.

Avant mon arrestation avec un camarade de travail, nous avions loué un terrain en friche que nous avions du  mettre en état (après nos journées de travail qui étaient de 10 heures par jour) pour y planter des pommes de terre (très recherchées à cette époque) Tous les soirs nous allions voir notre plantation. Nous les avions traitées contre les doryphores, nous les avions buttées, surveillées régulièrement. Nous nous régalions à l’avance de ce complément de nourriture. Mais le jour J, nos pommes de terres avaient disparu, volées. Plus d’un mois de travail, l ‘achat des plans et du traitement anti-doryphore :  tout cela pour rien, nous en aurions pleuré de rage.

 

Pour avoir du ravitaillement nous allions proposer nos bras aux villageois, aux fermiers pour travailler les jardins ou pour faire divers travaux d’entretien dans les fermes, aider même les femmes pour faire les lessives, en échange de produits : pomme de terre haricots, farine, œufs, beurre, du blé que nous portions au meunier qui, lui, nous donnait  de la farine. ou du tabac.

Nous étions dans une région productrice de tabac qui  était une bonne monnaie d’échange. Avec du tabac,  on pouvait se procurer des pneus pour la bicyclette ou des chaussures pas faciles à trouver même avec des tickets.

 

 

(3)Le Service du Travail Obligatoire (S.T.O) :

96-7-142Jusqu’en 1942, les usines allemandes fonctionnaient avec un personnel allemand et des travailleurs volontaires d’origines étrangères venus de Pologne, de Russie, d’Italie et de France. 200.000 Français se seraient portés volontaires dont 70.000 femmes..

En automne 1940, les nazis procédèrent à des rafles arbitraires de main-d’œuvre dans les départements du Nord et du Pas de Calais, rattachés à Bruxelles.

En 1942  suite à la multiplicité des zones de combat ou d’occupation, la demande devenait de plus en plus pressante avec la mobilisation de tous les Allemands aptes à porter une arme.

Le 21 mars 1942, le gauleiter Fritz Sauckel, surnommé “le négrier de l’Europe “ fut chargé d’amener la main-d’œuvre de toute l’Europe, par tous les moyens. Il trouva à la tête du régime de Vichy des hommes prêts, en particulier Pierre Laval, à lui donner satisfaction en utilisant la législation française et des forces de l’ordre au profit du recrutement forcé.

En juin 1942, l’Allemagne exige 350.000 travailleurs. Pierre Laval pour maquiller cette sommation, annonce la “relève“ qui consiste à rapatrier un prisonnier de guerre contre trois travailleurs volontaires, mais seuls les ouvriers spécialistes sont pris en compte pour cet échange et les prisonniers rapatriés sont bien souvent des malades, des personnes déjà âgées ou des paysans. Seulement 17.000 travailleurs se porteront volontaires fin août 1942.

Face à cet échec, le 4 septembre 1942, la loi de réquisition est promulguée, cette loi permet l’envoi de  250.000 travailleurs forcés en six mois.

Le 16 février 1943, pour satisfaire ses maîtres, Pierre Laval instaure le Service Obligatoire du Travail, le « STO ». Ce recrutement concerne les jeunes nés en 1920 – 1921 –1922, les exemptions ou sursis initialement promis aux agriculteurs et étudiants disparaissent très vite. Les filles étaient aussi théoriquement concernées, mais à part quelques unes, elles ne furent jamais envoyées.

Né en 1923, j'ai été appelé en 1943. Dès mars 1943, nous avions avec Jean Vincent mon voisin du même âge que moi, édité un tract, rédigé à la main, demandant aux jeunes de notre classe de ne pas répondre à la convocation de la commission de recensement. Nous avons distribué ce tract au rassemblement des  jeunes du Canton qui attendaient leurs passages devant cette commission. Le résultat n'a pas été à la mesure de nos espérances : nous n’avons été que 4 jeunes sur une trentaine à sortir des rangs. Même en sachant que j'aurais pu être affecté dans le même groupe que mon frère aîné André, à Felletin dans la creuse, où il était  second du maître bottier, ce qui n’était pas une mauvaise place, il était hors de question pour moi de répondre à cet appel.

A partir de fin 1942, des négociations sont menées entre l’épiscopat français représenté par le cardinal Suhard et le Dr Brandt pour officialiser la présence d’aumôniers parmi les STO. En mai 1943, Brandt oppose un refus définitif. Les aumôniers déjà partis n’auront pas le statut d’aumônier mais celui de travailleur. A la suite du père Bousquet, pionnier, 25 prêtres sélectionnés par le père Jean Rodhain aumônier National des prisonniers de guerre et futur fondateur du secours catholique, sont envoyés clandestinement en Allemagne. D’autres partiront de leur propre initiative, parfois même contre l’avis de leur évêque. 273 prêtres prisonniers de guerre deviennent « travailleurs libres ». Avec les 3.200 séminaristes et les militants de l’Action catholique, partis contraints ou volontaires cela représente un effectif de quelques 10.000 militants.

Le 3 décembre 1943, le chef de la sécurité du Reich Ernst Kaltenbrunner adresse une note à tous les fonctionnaires de la Gestapo : la consigne de rechercher tous les prêtres camouflés en civils, de les expulser ou de les emprisonner, de dissoudre les groupes actifs de JOC (Jeunesse Ouvrière Catholique) sous peine d’emprisonnement. 12 prêtres sur les 25 des prêtres envoyés clandestinement se retrouveront au camp de Dachau. 

99-2-19Jacques Doriot, chef du Parti Populaire Français (PPF) extrême droite et ultra-collaborationniste, mit sur pied en 1944, des groupes d’action pour la justice sociale, chargés de traquer les réfractaires.

Entre 600.000  à 650.000 travailleurs français seront envoyés de force vers l’Allemagne nazie, la France fut le 3e fournisseur de main-d’œuvre, derrière la Russie et la Pologne, c’est elle qui fournit le plus d’ouvriers qualifiés.

Selon la Fédération Nationale des Victimes et Rescapés des camps nazis du Travail Forcé, 60.000  seraient morts en Allemagne dont 15.000 fusillés, pendus ou décapités pour « actes de résistance ». Les historiens jugent ces chiffres excessifs, mais ils estiment qu’entre 25.000 et 35.000 ont néanmoins perdu la vie en Allemagne.

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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