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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 08:57

Remise des prix aux lauréats du Concours 2012 sur la Résistance et Déportation

Monsieur le Préfet, M. le président du Conseil Général, M. le représentant de l’Académie de Créteil, M. le Directeur de l’Office des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, M. le Président de l’Association Nationale des Anciens Combattants de la Résistance, Madame la Présidente des Amis de la Fondation

pour la Mémoire de la Déportation, Monsieur le Président Départemental des Anciens Combattants, Mesdames et Messieurs les Enseignants, Mesdemoiselles

et Messieurs les lauréats. Frères et sœurs rescapés de l’enfer

C’est toujours un honneur et un réel contentement pour moi de pouvoir être

face à vous, professeurs et élèves des collèges et lycées de Seine et Marne.

Vous avez donné de votre temps pour comprendre et faire comprendre,

combien il est utile de se pencher sur cette période ô ! Combien tragique

de notre histoire où toutes les facettes de l’âme humaine se sont dévoilées !

Votre engagement dans ce concours est une forme de résistance contre l’oubli,

contre l’indifférence, contre l’ignorance.

Votre volonté de connaître et de comprendre l’histoire de la Résistance et

de la Déportation, votre travail sur cette mémoire est rassurant, un remède

à la fatigue et au découragement qui nous gagnent face au déferlement des

violences d’extrémistes de tous bords, qui se manifestent à nouveau si fort en

France et dans le monde. Nous entendons des discours que nous ne pensions

plus entendre. Des actes criminels sous couvert d’idéologies

discriminantes, xénophobes, racistes, antisémites envahissent nos vies par

le biais des médias, des ondes, de la toile.

Il est bon que vous sachiez comment s’est répandu le nazisme, comment

l’Europe contaminée a pu basculer dans l’horreur, comment des « élites »

politiques, intellectuelles, militaires, pseudo-scientifiques, industrielles et

financières ont pu imaginer, convaincre des foules fanatisées, et surtout

mettre en pratique d’aberrantes et gigantesques solutions pour repenser

un monde dont ils se voulaient les « maîtres », pour programmer l’élimination

brutale et industrialisée de ceux qu’ils jugeaient selon leurs critères

« inutiles » ou « nuisibles », et celle plus lente de tous ceux « utilisables »

réduits en esclavage, corvéables jusqu’à leur dernier souffle de vie,

« livrés » au service d’un projet fou et criminel avec la complicité de

collaborateurs zélés.

Le concours de cette année « La Résistance dans les camps de

Concentration » n’était pas un thème facile. S’imaginer que des femmes

et des hommes  traités en esclaves, maintenus dans le plus total

dénuement, programmés pour travailler et mourir, puissent parler de résistance

quand survivre tenait déjà du miracle !

Pourtant cette résistance a bien existé et sauvé bon nombre d’entre nous.

Notre résistance consistait à refuser la déshumanisation, la désespérance

dans lesquelles nous étions plongés, à ne pas perdre

notre dignité d’homme, de femme, que nos bourreaux niaient.

Résister c’était refuser malgré la faim, de se jeter à terre pour lécher la ration de

soupe qu’un Kapo, par jeu, s’amusait à renverser, c’était ne pas se jeter sur la

mince tranche de pain d’un camarade pour la voler, même si ces cas étaient

rares dans le collectif français, ils ont existé.

Résister c’était ne pas perdre sa dignité, c’était de tenter d’aider le plus grand

nombre à tenir, à ne pas sombrer, à rester humain.

Que peut-on partager, donner, quand on a juste de quoi ne pas mourir de faim,

de froid, de désespoir ?

Notre Résistance, c’était des regards, des mots, des attentions : la solidarité.

La solidarité a bel et bien existé au plus noir de cet enfer. Elle m’a sauvé, comme

beaucoup de camarades. Il suffisait de si peu pour être abattu par nos bourreaux,

pour « s’abandonner » et se laisser mourir, la mort était si présente.

Sans cette solidarité active, je ne serais pas là aujourd’hui.

Chaque soir quand nous recevions notre faible ration de pain, nous en

enlevions un petit morceau de la grandeur d’un morceau de sucre pour le donner

à la solidarité, nous prélevions de notre louche de soupe la valeur de deux

cuillérées pour la solidarité.

Ce n’était pas grand-chose ce petit morceau de pain et ces deux cuillérées de

soupe, mais multipliées par un nombre important de Français, de

Belges et d’Espagnols qui nous avaient rejoints dans cette action, nous

pouvions doubler les rations des plus faibles et ainsi leur redonner l’espoir

qu’ils avaient perdu. Ils savaient ce que coûtait ce partage, nous savions

aussi qu’il pourrait nous sauver quand la détresse nous dévastait.

Nous avions au camp d’Allach (commando le plus important du camp de

Dachau où je me trouvais) la chance d’avoir au Revier (l’infirmerie) des

docteurs français. Je peux vous dire qu’ils se sont dépensés sans compter pour

sauver avec des moyens dérisoires un maximum de leurs concitoyens, certains

d’entre eux sont morts de maladie et d’épuisement peu de temps après leur

libération. J’ai vu, un jour, le Docteur Chrétien pleuré devant un Français

qui venait de mourir, il savait qu’un peu de sulfamide aurait pu le sauver.

Les rescapés de cet univers concentrationnaire, au lendemain de leur

libération, ont fait le serment de s’engager à témoigner pour que cela ne se

renouvelle jamais. Ce serment « de témoignage » a été tenu, un grand nombre

d’entre nous sont allés, dès qu’ils l’ont pu, dans  les collèges et les lycées pour

parler de leurs expériences vécues dans la résistance, dans les prisons et

bagnes où ils ont séjourné avant d’être livrés par le gouvernement

collaborationniste de Vichy aux barbares nazis. Ils avaient, avant tout,

mission d’appeler les jeunes gens à la plus grande vigilance, car l’histoire

peut se renouveler.

Il faut que vous le sachiez, car c’est à vous désormais qu’incombe que

plus jamais ne reviennent ces temps d’épouvantes et d’horreurs.

Les témoins, peu à peu, disparaissent, pour ceux qui restent, les handicaps du

grand âge rendent difficile la poursuite de ce travail de mémoire.

Les négationnistes qui refusent le verdict de l’histoire se réjouissent de ces

lendemains où ils auront le champ libre pour réécrire l’histoire à leur façon.

Déjà certains maires se sont cru autorisés de rayer des journées officielles

commémoratives, la Journée Nationale du Souvenir de la Déportation inscrite

dans la loi N°54-415 du journal officiel du 14 avril 1954. La Loi officialisant la

journée nationale du souvenir de la Déportation précise qu'en cette journée

dédiée au souvenir de la Déportation, il convient d'honorer ses martyrs et

d'en tirer les leçons pour que de tels faits ne se reproduisent jamais.

Chaque année, le 8 mai j’entends certains officiels évoquer « l’Armistice de 1945 »,

oubliant que l’armistice demandé par Pétain le 16 juin 1940 et signé 6 jours plus

tard livrait la France à l’occupant, et que le 8 mai 1945 marque un tout

autre événement : celui de la capitulation sans condition de l’Allemagne nazie

(qui est tout autre chose qu’un armistice) et la victoire des Alliés et de la

Résistance Française, ennemie du pouvoir collaborationniste.

Nous avions cru naïvement que la découverte de ces camps de l’horreur par le

monde entier, aurait enfin permis aux peuples de comprendre que le dialogue

était préférable aux conflits armés. Nous devons malheureusement constater

que d’autres guerres, d’autres génocides et bien d’autres actes de

barbaries se perpétuent et nous révulsent. Ce n’est pas une raison pour se démobiliser, il faut qu’averti, chacun puisse détecter les dangers de certaines idéologies, que chacun reste vigilant et dispose des moyens qui lui sont donnés

pour défendre les valeurs de liberté, égalité et fraternité qui nous sont si chères et garder toujours l’ambition de progrès et de paix pour le monde : parce que c’est possible !

Je voudrais terminer avec un grand merci aux élèves pour le travail accompli,

pour l’espoir qu’ils représentent pour nous « les anciens », pour les encourager à 

approfondir leurs connaissances de « citoyens éclairés ». Un grand merci aussi

aux enseignants-passeurs de mémoire, nous comptons beaucoup sur eux pour

former les hommes et les femmes qui seront la France, le monde de demain.

Je sais que les Amis de la Fondation pour la Mémoire de la Déportation qui

assurent le relais de notre mémoire, seront toujours là pour vous épauler

dans cette passionnante mais difficile transmission culturelle et citoyenne, vous

pouvez compter sur ses adhérents, ils vous attendent et seront très heureux

de vous accueillir et de travailler à vos côtés.

Bon courage pour le prochain concours ! Je vous remercie de votre écoute.

Discours pour le 66ème anniversaire de la libération

des camps de concentration - 2011

Monsieur le Ministre, Député-Maire de Provins

Monsieur le sous Préfet,

Monsieur le Conseiller Général,

Madame et Messieurs les représentants de la Gendarmerie Nationale.

Mesdames et Messieurs les représentants de la Police Nationale.

Messieurs les représentants du corps des Sapeurs Pompiers.

Mesdames et Messieurs les représentants des organisations patriotiques.

Et des Anciens Combattants,

Mesdames, Messieurs.

Nous voici de nouveau réunis pour commémorer le 66ème anniversaire de la libération par les Armées alliées des rescapés de ces camps de d’exterminations et de Concentration où tout était programmé pour nous détruire moralement et physiquement.

Sur les 76.000 juifs partis de France, 73.000 périront dans ce sinistre camp d’Auschwitz ou de Bergen-Belsen (où Anne Frank et sa jeune sœur Margot n’ont pas survécu). Peut-on parler de libération du camp d’Auschwitz, le 27 janvier 1945 par l’armée soviétique ? Plus d’un million cent milles morts dont plus de  deux cent milles enfants. Pour le camp de Bergen-Belsen et ses 35.000 morts  entre le mois de février 1945 et le 15 avril 1945 date de la libération de ce camp par l’armée britannique, et ses 15.000 morts dans le mois qui suivit la libération.

Sur les 85.000 Français envoyés dans les camps de concentration plus de la moitié n’ont pas revu la terre pour laquelle ils s’étaient battus.

Depuis notre libération nous témoignons des millions de morts et de disparus dans ces camps, nous rappelons les dangers que font courir à l’humanité tout entière les idées xénophobes, racistes, antisémites, ultra nationalistes et les  régimes qui les incarnent et nient les droits élémentaires de l’être humain. Nous savons pour avoir été les témoins, et pour avoir vécu dans nos chairs, comment CELA a commencé, mais aussi comment cela s’est terminé, le monde, doit se souvenir de ces années terribles.

Aujourd’hui, je ne vous cacherai pas, que comme tous les derniers survivants revenus de l’enfer, j’ai parfois peur, pas pour nous bien sûr, mais pour les générations futures. Les idées que nous pensions éteintes avec la fin du nazisme, reprennent de la vigueur. Des actes antiracistes se multiplient, lieux de culte et de souvenirs profanés, discrimination de personnes. Des groupes néo-nazis voient le jour un peu partout en Europe et s’affichent ouvertement, même dans notre pays berceau des droits de l’Homme.

A Lyon près du stade de Gerland a été découvert un local baptisé Bunker Korps où un groupuscule néonazi propage la haine raciale et appelle à la violence.

En Loire Atlantique, le prochain festival de Clisson en juin prochain, programmait  un groupe du Massachusetts aux titres explicites « Hitler was a sensitive man »  (Hitler était un homme sensible) et « j’espère que tu seras déporté ».

Il y à 17 jours deux professeurs d’histoire du lycée-collège de l’Assomption de Forge (que vous connaissez bien Monsieur Jacob puisque nous avons ensemble inauguré la salle Geneviève Antonioz de Gaulle il y a 4 ans.) Ces deux Professeurs qui ont amené 40 élèves dans le cadre du Concours National sur la Résistance et la Déportation au camp NN de Natzweiler-Struthof, ont été scandalisées par le comportement d’un groupe d’élèves allemands accompagné d’un enseignant qui riaient et crachaient sur les panneaux rappelant les horreurs commises par les nazis, ils ont même enfermé une fille de leur groupe dans une des cellules et parodié le rôle de la victime et du bourreau. Face à ce comportement une jeune élève qui savait que plusieurs membres de sa famille  avaient péri à Auschwitz a eu un malaise.

L’Université de musicologie de la Sorbonne avait de décidé de baptiser son nouvel auditorium en hommage à Jacques Chailley. Ce musicologue et compositeur  secrétaire général puis sous Directeur du conservatoire sous le gouvernement de Vichy et son Directeur Henri Rabaud,  ont anticipé le statut des juifs et remis à l’occupant « la déclaration du caractère racial du personnel administratif et enseignant », 2 enseignants juifs furent suspendus, Jacques Chailley dressa de sa main la liste des étudiants juifs et demi-juifs qui quelques jours plus tard furent exclus du Conservatoire.

Tout cela peut paraître anodin comme paraissaient anodines les premières manifestations conduites par Hitler en 1923 jugé à l’époque d’agitateur mineur.  Nous savons aujourd’hui  où cet agitateur mineur nous a menés.

Si nous ne voulons pas voir revenir ces temps de divisions, de souffrances et de malheur, nous ne pouvons que lancer un appel à la vigilance.

 

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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