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18 octobre 2015 7 18 /10 /octobre /2015 08:58

26 avril 2015

Commémoration du 70ème Anniversaire de la libération

des camps de Déportation

Monsieur le Ministre-député-maire de Provins

Madame la Sous-préfète

Messieurs les élus

Mesdames et Messieurs les représentants de la Gendarmerie Nationale

De la Police Nationale et du corps des Sapeurs pompiers

Amis du Monde Combattants et du Souvenir Français

Mesdames, Messieurs

Nous voici de nouveau réunis pour nous souvenir et commémorer ce 70ème anniversaire de la libération des camps d’Extermination et de Concentration, bien que le premier camp libéré, celui de Natzweiler-Struthof l’ait été le 23 novembre1944. Mais lorsque l’on parle de ce camp situé sur une portion annexée du territoire Français, ce camp particulièrement dur car classé NN, peut-on parler de libération quand on sait que les Armées Américaines et Françaises ont découvert en y arrivant plus de cadavres et de moribonds que de déportés aptes à les accueillir. 10 jours avant l’arrivée des libérateurs 7.000 déportés qui pouvaient tenir debout ont été jetés sur la route pour une marche forcée vers Dachau. Parmi eux le Général Charles Delestraint et Gabriel Piguet évêque de Clermont-Ferrand. Ils ne seront que 3.157 à l’arrivée.

40.000 déportés NN sont passés par ce Camp, 22.000 y ont trouvé la mort, parmi eux le Général Aubert Frère et le Général Paul Jouffrault.

Le 2ème camp libéré, le 27 janvier 1945, est celui d’Auschwitz. « Auschwitz, Auschwitz O Syllabes sanglantes ! » dira Aragon dans un poème. Là aussi parler de libération, quand on sait qu’il y a eu 1 Millon cent mille juifs morts dont 200.000 enfants, que 900,000 sont passés directement des wagons à la chambre à gaz. A ce chiffre déjà monstrueux il faut ajouter plus 300.000 non juifs mais Tsiganes, Témoins de Jehova, Homosexuels et Communistes qui eux aussi sont passés par les chambres à gaz et les fours crématoires.

Quand les Soviétiques pénètrent dans ce camp ils ne trouvent que 7.650 malades, plus de 5.000 mourront dans les jours qui suivent. Là aussi, le 18 janvier 1945, les nazis jetèrent sur la route les 200.000 déportés hommes et femmes capables de marcher. Pour le plus grand nombre ce sera la marche de la mort.

Le 3ème camp libéré est celui de Buchenwald, le 13 avril 1945, en partie par la résistance intérieure organisée par le colonel Frédéric-Henri Manhès et Marcel Paul. Quand les blindés Américains arrivèrent, la résistance du camp leur livra les 200 SS qu’ils avaient fait prisonniers. Pour soustraire les déportés à la libération, les Nazis en avaient embarqué 3.000 dans un convoi fait de wagons tombereaux sans toiture avec trois jours de vivre

Il y avait 3.000 morts à l’arrivée en Gare de Dachau. La route d’un autre groupe de 3.000 déportés partis à pieds en direction du camp de Dachau, sera jalonnée de 2.786 cadavres, sur les 214 arrivés à Dachau, 112 sont morts dans les jours qui suivirent. Plus de 80.000 déportés sont passés par ce camp, dont 25.150 Français. 56.000 déportés y ont trouvé la mort.

Une des spécialités de ce camp était le tannage de peaux humaines tatouées. Jorge Samprun dans un livre-témoignage raconte : Dans les wagons aux milieux de cadavres, il y avait une quinzaine d’enfants juifs, 8 à 10 encore vivants, les SS ont lâchés les chiens sur eux en les excitant, les enfants ont couru pour leur échapper. Ne sont restés debout que deux enfants, le plus grand a pris le petit par la main, les SS les ont tués à coups de matraques, ils sont morts en se tenant la main.

Le 4ème camp libéré le 15 avril 1945, le fut par les troupes Britanniques : c’est celui de Bergen-Belsen : Ce camp prévu pour 20.000 détenus en comptera 60.000 début janvier 1945. Plus de 150.000 déportés sont passés par ce camp, plus de 70 000 malades y sont morts, parmi eux, Anne Frank et sa sœur Margot, mais aussi deux députés Français Claude Jordery et Auguste Malroux. Après la libération le typhus fera encore de nombreux morts.

Le 5ème camp libéré, le 22 avril 1945, par l’Armée Soviétique est celui de Sachsenhausen, il ne restait plus que 3.000 déportés dont 1.400 femmes, complètement décharnés, incapables de tenir debout. Pour soustraire ceux qui pouvaient encore marcher d’une libération qu’ils savaient imminente, les nazis jetèrent 43.000 déportés sur les routes menant à Wittsock et Lubeck.

Ecoutez les réponses du chef de ce camp aux questions posées par Procureur Général du Tribunal de Nuremberg :

Combien de prisonniers ont été exterminés sous votre commandement ?

42.000 et 8.000 malades abandonnés sont morts de faim dans la même période.

Avez-vous reçu l’ordre de détruire le camp pour effacer toutes traces ?

Oui le 1er février j’ai reçu l’ordre de détruire le camp

Auriez-vous exécuté cet ordre ?

Cela va de soi. Mais c’était impossible, un bombardement aurait été remarqué par la population.

Qu’avez-vous fait à la place ?

J’ai ordonné l’extermination de tous les malades inaptes au travail et les prisonniers politiques.

Cela fut-fait ?

Oui fin mars nous avions exterminés 5.000 personnes.

Combien de prisonniers se trouvaient encore dans le camp ?

Environ 43.000. Le 18 avril j’ai reçu l’ordre de les conduire par groupe de 400 jusqu’à Lubeck où ils devaient être embarqués sur des péniches, et de les conduire jusqu’à la Mer Noire pour y être coulés mais nous manquions de péniches.

Qu’avez-vous fait ?

J’ai décidé de les embarquer sur un navire et de le conduire jusqu’à la mer noire pour le couler comme les péniches.

En fait le navire et une péniche contenant 6.000 déportés ont été coulés par un bombardement de la Royal-Air-Force qui a cru que les Nazis prenaient la fuite par ce moyen.

Le 6ème camp libéré, le 29 avril, par une unité du 3ème Bataillon de la 157ème division de la 7ème Armée Américaine sous le commandement du Colonel Félix Sparke, c’est le camp de Dachau. Le 30 avril, c’est celui d’Allach camp annexe situé à 10 kilomètres de Dachau.

Dachau est le premier camp de l’aire Hitlérienne, inauguré le 22 mars 1933, il est conçu à l’origine pour recevoir onze mille prisonniers politiques allemands : des députés communistes, des socialistes et tous les démocrates opposant au système Hitlérien.

Le 22 juin 1944 quand mon convoi est arrivé à Dachau il y avait 37.000 détenus dans le camp, et 40.000 dans les commandos extérieurs. Nous couchions à trois sur des châlits de 70 centimètres de large.

Le jour de la libération, il restait 31.437 déportés à Dachau et 13.500 dans le camp annexe où je me trouvais. 250.00 sont passés dans ce camp, 73.000 y ont trouvé la mort

Le 19 avril, I0 jours avant l’arrivée de nos libérateurs, le Général Charles Delestraint et 9 officiers tchèques ont été lâchement assassinés par les SS.

Les soldats américains rendus fous par ce qu’ils découvraient tuèrent 39 SS

Voilà ce qu’écrit le journaliste de l’armée, Chuck Ferrée : Nous étions à trois kilomètres du camp ; mais nous pouvions déjà sentir quelque chose de désagréable. Je montai dans la Jeep avec un sergent et nous suivîmes la voiture du commandant. Le premier endroit où me mena le sergent confirma les pires des rumeurs, des wagons et des cadavres entassés dans des positions grotesques, sur ces corps, la forme des os apparaissait clairement sous la peau, il n’y avait plus de chair sur les os. Plus loin nous trouvâmes la preuve des monstruosités commises par les SS, des corps entassés pêle-mêle remplissaient deux pièces à ras-bord, heureusement pour nous il faisait froid, sans ce froid l’odeur des cadavres aurait été impossible à supporter.

Quelques jours après l’arrivée de nos libérateurs une section sanitaire s’est mise en place pour détecter les malades. Quand je suis monté sur la balance j’ai vu qu’elle affichait 35 kilos alors que j’en faisais 70 à l’arrivée. On m’aurait ce jour là dit que 70 ans plus tard je serai encore de ce monde, je ne l’aurais surement pas cru, et pourtant je suis bien là.

Le 26 avril 1945, à l’heure où je vous parle, j’étais en gare de Munich pour réparer les dégâts fait dans la nuit par les bombardiers américains, nous devions transporter des rails et des traverses bien plus lourdes que nous et à la moindre défaillance les capots étaient là avec leur gourdin pour nous rappeler que la défaillance n’était pas admise. Dans la journée les cheminots allemands qui ne se faisaient plus d’illusion, nous avaient dit que nous serions très vite libérés car les Américains étaient aux portes de Munich.

Le soir sur la route du retour au camp, les Russes, les Ukrainiens et la tête de colonne se sont mis à chanter, et dans leur répertoire la Madelon chantée en Russe, a été reprise par les Polonais, les Italiens et bien sûr par les quelques Français du commando.

Le lendemain 27 avril, ordre est donné aux Russes et Ukrainiens de se rassembler sur la place d’appel pour être conduits sur un autre lieu, en fait à une dizaine de kilomètres ils ont été massacrés à la mitrailleuse.

Le 28 avril, la sirène du camp ne se fait pas entendre et quelques minutes plus tard nous apprenons que les SS et les capots ont quitté le camp. Nos délégués du comité international nous demande de ne pas manifester en dehors des blocs car ils craignent que les SS soient cachés autour du camp et attendent que nous manifestions notre joie pour nous massacrer comme ils l’ont fait pour les Russes.

Le 7ème camp libéré, le 30 avril, est le camp de Ravensbruck, par les Soviétiques. Quand ils arrivent au camp, ils ne trouvèrent que 3.500 femmes et 300 hommes grabataires. Là aussi, 20.000 femmes ont été jetées sur les routes pour des marches forcées. 7.000 ont pu être prises en charge par la croix rouge Suédoise et 13.000 ont été libérées par une unité d’éclaireurs de l’Armée Rouge.

132.000 femmes et enfants sont passés dans ce camp, 90.000 y ont perdu la vie. Geneviève Antonioz de Gaulle déportée dans ce camp raconte dans un petit fascicule, qu’enfermée dans une cellule sans lumière elle gardait du pain pour les cafards qui allant et venant symbolisaient la liberté.

Le 5 mai, ce sont les camps de Mauthausen et Gusen qui sont libérés. 330.000 déportés sont passés par ce camp, 80.000 ont survécu.

Dans ce camp 1.500 hommes sont morts d’une injection de germe du choléra et 3.000 morts après une douche glacée ils ont été mis dehors par un vent glacial.

L’énumération que je viens de faire ne concerne que les camps les plus connus, mais plus d’un millier de camps annexes sous administration de ses grands camps existaient et là aussi les morts se comptent par milliers.

Que je rappelle cette période douloureuse ne veut pas dire que je vis dans le passé, je reste vigilant, des évènements régulièrement rappellent que tout est toujours possible, même le pire.

L’antisémitisme, le racisme, la xénophobie sont des idées qui font recette dans la crise que nous traversons, nous ne devrions pourtant pas oublier que ses idées porteuses de haine étaient celles du Nazisme et qu’elles ont plongé l’Europe dans le chaos.

La liberté et la paix nous sont si naturelles qu’on en oublie leur fragilité. Jai connu ces camps de la mort lente ou expéditive parce que je ne voulais pas de ce monde au service d’une poignée d’assassins.

Aujourd’hui j’ai peur, pas pour moi bien-sûr, mais pour mes enfants, petits- enfants, arrières petits enfants, et pour tous les enfants du monde qui ont besoin pour s’épanouir, de paix, de fraternité et de liberté.

Jean Lafaurie, le 26 avril 2015

 

mon-album-3266.JPG Le 27 avril 2014, à Nangis.

Cette année 2014, les célébrations feront d’abord penser pour beaucoup au 75ème anniversaire des débarquements en Normandie et en Provence. Nous ne devons pas oublier que l’action conjuguée de la Résistance Intérieure Française a été un élément essentiel de la réussite de ces débarquements.

 Le 70ème  anniversaire de la libération, jour après jour, des villes et villages Français

ne doit pas nous faire oublier une autre réalité de cette année 1944 : l’aggravation

de la répression par les nazis rendus furieux par les défaites subies sur tous les fronts.

Ils arrêtèrent, fusillèrent et déportèrent,  avec l’aide de la milice et la complicité du

gouvernement de Vichy, plus de 45.000 résistants et opposants politiques qui

allèrent rejoindre dans les divers camps de concentration, les 40.000 autres

déportés entre les années 1940 et 1943.  

Les exactions ne s’arrêtent pas là, entre le 16 février et août 1944 plus de 30.000 civils

et résistants seront froidement exécutés par les barbares nazis.

Le 30 mai 1944, a été livré à la division SS Das Reich, un collectif de 1200 Résistants, dont je faisais partie. Venant de diverses régions de France, de diverses sensibilités politiques ou religieuses et représentant toutes les classes de notre société, ouvriers, paysans, commerçants, enseignants, chercheurs, docteurs et petits patrons, nous

étions incarcérés à la prison centrale d’Eysses et tous condamnés à de lourdes peines

de travaux forcés, par les Sections Spéciales : pour acte de résistance.

Pendant 6 heures, voire 8 heures pour les premiers, nous avons été jetés hors du

dortoir et nous sommes restés au garde-à-vous sous un soleil de plomb les deux

mains sur la tête : malheur à celui qui abaissait une main ou fléchissait des genoux !

Les coups de crosses étaient là pour nous rappeler que nous ne devions pas bouger.

A 15 heures, la majorité d’entre nous fut entassée dans des camions militaires

allemands. Malgré tous leurs efforts pour en faire monter davantage, nous sommes

restés une centaine sur place. Les camions sont partis, nous ne savions pas où.

Nous l’apprendrons très vite, car les SS nous encadrent et nous contraignent à

courir derrière les camions qui disparaissent à nos yeux.

Par un camarade qui est de la région nous apprenons que nous sommes sur le

chemin qui conduit à la petite gare de Penne-D’agennais. A mi-chemin le chef SS

nous fait rentrer dans le bois et nous amène dans une clairière où il crie « halte !»

et nous voyons deux soldats mettre à quelques mètres de nous deux mitrailleuses

en batterie. Nous pensons que notre dernière heure est arrivée, et curieusement

la peur ne se lisait sur aucun de nos visages. Quelques minutes plus tard nous

ressortions du bois pour reprendre notre course folle. Un camarade ne pouvant

tenir ce train d’enfer s’écroule, ses camarades tentent de le redresser pour qu’il

continue, mais les SS les obligent à le lâcher et quand les derniers sont passés

un coup de feu claque, c’est notre camarade que les SS viennent d’abattre.

Quelques minutes plus tard, la gare de Penne-D’agennais, cernée par des gendarmes

est devant nous, et nous retrouvons nos camarades partis en camion. Sur la voie

des wagons à bestiaux surchauffés par le soleil qui tape dessus, nous attendent

portes béantes. Accompagnés par les hurlements et les coups de crosse de

nos bourreaux, nous devons y monter, la moindre hésitation s’accompagne d’un coup

de crosse. Nous nous retrouvons à 100 dans l’espace réduit

du wagon avec au centre un demi bidon comme tinette. J’ai encore dans la tête

le bruit sec du verrouillage du wagon.

Nous sommes en sueur, le wagon se transforme vite en étuve. Nous sommes

tous fatigués par les longues pauses au soleil et la course folle, mais il est impossible

de nous asseoir tous. Nous savons que nous allons au camp de Compiègne et ce

voyage qui ne devrait durer que quelques heures,  met en fait 3 jours pour arriver,

à plusieurs reprises notre convoi est mis sur voie de garage : les trains normaux

de voyageurs et de militaires allemands sont prioritaires.

Ce n’est que le 3 juin au petit matin que nous arrivons en gare de Compiègne.

De là, entourés de soldats et d’autos mitrailleuses, nous regagnons le camp de

Royallieu, triste cortège qui traverse la ville. Nous sommes noirs, avant nous les

wagons ont dû transporter du charbon, nous avons les yeux rouges de 3

nuits sans sommeil et les lèvres sanguinolentes.

3 jours plus tard, le 6 juin 1944, c’est le débarquement en Normandie.

Nous ne l’apprendrons que le 12 juin par de nouveaux arrivants qui nous

apprennent aussi la libération de Bayeux.

Nous commençons à rêver d’échapper à la déportation, pas longtemps, le 17 juin nous

apprenons que notre départ est pour le lendemain.

Si ce 6 juin 1944 est synonyme de début de libération de la France, il ne doit pas

nous faire oublier que ce même 6 juin 1944, le chef de la Gestapo, Claus Barbie,

le tortionnaire de Jean Moulin est venu chercher les 44 enfants juifs et leurs 7

éducateurs réfugiés dans cette maison de Izieu dans l’Ain pour les envoyer deux

jours plus tard au camp d’Auschwitz d’où aucun d'eux ne reviendra.

C’est aussi le 6 juin 1944 que 87 Résistants de la maison d’Arrêt de Caen ont été exécutés.

D’autres exactions vont suivre : le 8 juin, 44 personnes sont exécutées à Issendolus

petit village du Lot, 70 autres seront déportées. A Montgueux, 15 personnes sont

exécutées, 29 à Rouffillac et 32 à Rennes.

 Le 9 juin 1944, 72 heures après le débarquement, les barbares nazis de la 2ème 

division SS Das Reich arrivent à Tulle, rassemblent les 5.000 hommes de la commune

et le tri commence :10 par 10, des jeunes sont mis de côté, 120 sont ainsi sortis pour

être exécutés.

Des soldats accrochent aux arbres et lampadaires de la ville des cordes avec nœud coulant. Au Préfet de Tulle qui intervient pour que les otages ne soient pas exécutés

par pendaison, le chef de la section SS Kowatsch a répondu « Nous avons l’habitude

de pendre, nous avons pendu plus de 100.000 Russes entre Kharkov et Kiev ». Il poussera la barbarie jusqu’à exiger que tous les otages assistent à la pendaison du premier groupe. Un témoin raconte que quand un supplicié mettait trop longtemps à mourir un soldat se pendait en riant à ses jambes. 99 otages seront ainsi pendus aux arbres et lampadaires.

Les 21 qui échappent à la pendaison vont rejoindre un groupe de 128 hommes

désignés pour être déportés. 101 n’en reviendront pas.

Ce même 9 juin, 38 habitants de Bretenoux dans le Lot sont exécutés,

56 à Argenton-sur-Creuse, 31 à Janaillat, 11 à Issoudun, 32 à Marsoulas et parmi

eux 6 femmes et 12 enfants.

Entre le 10 et le 12 juin, même sort pour 57 habitants de Trébons et là encore des

femmes et des enfants. Le même jour 100 civils et 238 résistants sont exécutés à Mont-Mouchet et 42 à Ussel.

C’est aussi le 10 juin 1944, que cette même division SS Das-Reich est arrivée à

Oradour-sur-Glane où un autre crime odieux sera perpétré contre les 642 habitants

de ce village martyr. 181 hommes divisés en 6 groupes de 30 seront enfermés dans

6 locaux différents avant d’être exécutés à la mitrailleuse pendant que d’autres SS fouillent et incendient les maisons. Les femmes et les enfants seront enfermés dans l’église, où, au préalable les barbares avaient mis de la paille et une caisse d’explosifs qu’ils allumèrent avant de sortir : 191 enfants et 270 femmes périront dans les

flammes, ceux qui tentent de fuir les flammes sont abattus à la mitraillette. Une femme

et Cinq hommes réussiront à échapper au massacre.

Le même jour à la Ferté-Saint-Aubin, 17 étudiants et 25 résistants sont massacrés

par les nazis.

Dans toute la France les exactions se poursuivent : le 7 juillet, 3 résistants et 5 civils

sont massacrés à Mussidan, 90 à Meilhan, 32 à Portes lés Valence, 46 à Bélâbre.

Plus prés de chez nous, le 24 Juillet, a lieu le massacre des Oblats à la Brosse-Monceaux.

Le 16 août veille de la libération de Paris, 35 jeunes résistants sont massacrés prés

de la cascade du bois de Boulogne.

Et le 25 août, c’est le petit village de Maillé qui est la cible des SS : 40 hommes sont fusillés. Les enfants et les femmes sont exécutés à la baïonnette ou périssent dans

les flammes de leurs maisons incendiées.

Et je pourrais égrener encore et encore de nombreux carnages perpétrés par les

barbares nazis, puisque nous déplorons plus de 30.000 victimes civiles.

1944, fut aussi l’année où les convois de déportés s’accélérèrent, un convoi tous les

deux jours entre avril et mai, 18 convois en juin, 15 en juillet et une dizaine en août.

Je fais partie du convoi de 2.139 résistants partis de Compiègne le 18 juin 1944,

1.200 viennent de la prison centrale d’Eysses dont j’ai déjà parlé. Nous nous

connaissons tous, solidarité et discipline sont nos maîtres mots et grâce à cela nous sommes tous arrivés vivants à Dachau après trois longues journées éprouvantes.

Le 2 juillet, un autre convoi est parti de Compiègne avec 2.162 déportés, certains

raflés quelques jours plus tôt, les autres venant de diverses prisons. Ils ne se

connaissent pas et n’ont pas cette discipline de groupe de notre convoi. Rendus fous

par la soif, ils se sont battus. 846 étaient morts à leur arrivée à Dachau.

D’autres convois vont suivre, et dans chacun d’eux il y aura des morts. Le dernier de la

région parisienne partira de la gare de Pantin le 16 août et sera arrêté dans le tunnel de

Nanteuil bombardé par la Royal-air-force. Les détenus devront à pieds, rejoindre un convoi de remplacement, tout en portant les bagages des soldats et soldates

allemands fuyant la France en emportant ce qu’ils avaient volé.

Le dernier train partira le 25 août de Bordeaux et pour éviter les villes libérées, il fera

de nombreux détours et mettra 27 jours pour arriver en Allemagne.

 Que cherchons-nous à travers la remémoration de ces évènements tragiques vieux

de 70 ans ?

Simplement à rappeler encore et encore que si nous baissons notre vigilance, le

scénario d’il y a 74 ans, qui a plongé notre pays et l’Europe entière dans le chaos

risque de se reproduire, car comme l’a dit le dramaturge Bertolt Brecht :

«Le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde ».

Il y a encore de par le monde des apprentis dictateurs. En Grèce, le Parti Aube dorée

qui se prétend héritier d’Hitler et des idées Nationales Socialistes a fait son entrée au parlement Grec avec 12 députés. Dans 18 pays allant de la Suisse à la Serbie,

l’extrême-droite ultranationaliste, raciste, antisémite et xénophobe engrange des

succès électoraux qui s’inscrivent dans la durée.

En France le F.N gagne du terrain à chaque élection. Avons-nous oublié que

M. Le Pen considère les chambres à gaz et les fours crématoires où ont péri

72.000 juifs (dont 2000 enfants) sur les 75.721 déportés partis de France et 52.000 Résistants et Opposants sur les 85.000 déportés de France comme

« un simple détail de l’histoire » ?

Avons-nous oublié que dans une interview au journal « Rivarol » oubliant les

massacres de Tulle, Oradour-sur-Glane, Maillé et combien d’autres, M. Le Pen

déclarait :

"qu’en France l’occupation allemande n’avait pas été particulièrement inhumaine" ?

Voir ces partis populistes gagner des voix à chaque élection devient préoccupant

pour la France, l’Europe et toutes les démocraties.

« Attention ami, je l’ai vue.

Méfie-toi : la bête est revenue !

C’est une hydre au discours enjôleur

Qui forge une nouvelle race d’oppresseurs.

Y’a nos libertés sous sa botte.

      Ami, ne lui ouvre pas ta porte… »

chantait Pierre Perret en 1998.

 

Le 4 septembre 2013, nous avons  vu à la télévision ce village martyr d’Oradour-sur-Glane et les deux Présidents : l’Allemand Joachim Gauk et François Hollande

serrant dans leurs bras Robert Herbas l’un des 6 rescapés de la Barbarie nazie.

Je revois ce bloc formé par ces trois hommes dans cette nef sans toit, et j’entends

notre Président dire dans son discours à l’adresse du président Allemand :

« Vous êtes la dignité de l’Allemagne d’aujourd’hui, capable de regarder en face la barbarie nazie d’hier. Aujourd’hui votre visite confirme que l’amitié entre nos deux pays

est un défit à l’histoire et un exemple pour le monde entier ».

Ces propos tenus par notre président rappelaient une conviction que nous partageons tous. Une conviction qui est aussi une promesse que nous devons renouveler

génération après génération au nom des sacrifices de ceux qui ont permis aux générations qui ont suivi de vivre dans la paix et la liberté.

  " Donnez- moi la mémoire "

  Poème d’Isaïe  SPIEGEL

Rescapé d'Auschwitz

 

De tant de morts donnez- moi la mémoire,

De tous ceux-là qui sont devenus cendre

D'une génération, donnez-moi la mémoire

Sa dernière  fureur, sa dernière douleur.

 

Des cheveux roussis par les flammes rouges,

De la chair nue dans le feu de l'enfer,

De tant de morts donnez-moi la mémoire.

Et donnez-moi, sacrés les mots vengeurs

 

Et les yeux par millions enfermés avec toi,

Et la prière étouffée dans ta bouche.

De tant de morts donnez-moi la mémoire.

De la fournaise et des gibets et de l'horreur.

 

Des mains par millions dans le vent me poursuivent

Incendiant les nuits, les aubes apeurées,

De tant de morts donnez-moi la mémoire

Que je ne puis avec des mots pleurer.

 

Car muets sont les mots comme les sables

Lorsqu'en eux le sang s'est glissé.

De tant de morts donnez-moi la mémoire

Et leur souffle sur le chemin des suppliciés.

 

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Published by jean lafaurie - dans MEMOIRE 1940-1945
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commentaires

Ortensi 23/09/2014 13:36

Bonjour, Je suis enseignante à Néfiach et nous avons toujours beaucoup d'émotions quand mes élèves récitent certaines de vos poésies ; aujourd'hui pour la commémoration du centenaire de la 1ère
guerre mondiale nous allons choisi "11 novembre à Nesle" Bien cordialement à vous Monsieur Lafaurie